Nicolas Sarkozy. Quel surnom lui donner ? Le Véloce ? Le Bateleur ? Le Réac ? L’Hyper-répressif ? L’Anti-Raffarin ? Monsieur le (futur) président de la République ? Nous avons choisi de l’évoquer sous la figure du Grand Vaporisateur. 

Le projet de loi sur la sécurité intérieure n’est pas encore voté. Aussi nous garderons-nous de tout procès d’intention puisque des amendements peuvent encore modifier le texte gouvernemental, très dur pour les mendiants, les prostituées, les sans-abri, les Roms.

Espérons simplement que « l’amendement Abbé Pierre », notamment soutenu par L’Entraide protestante, ATD-Quart Monde, le Secours catholique et Médecins du Monde ramèneront le législateur à une plus juste appréciation des menaces qui pèsent sur les citoyens. Criminaliser la misère, dans un pays qui recense aujourd’hui plus de quatre millions de personnes vivant au-dessous du seuil de pauvreté, ce serait faire preuve d’aveuglement, ou de cynisme. Quel effet provoquera dans l’opinion l’annonce, le 16 novembre, du rejet de l’amendement Abbé Pierre » par le Sénat et les informations publiées le même jour sur les énormes dépenses effectuées par le couple Chirac à la mairie de Paris sans motif d’intérêt public ? Nul ne peut en préjuger.

Au risque de surprendre, nous nous contenterons pour le moment d’évoquer l’Ancien régime (auquel ne se résume certes pas la monarchie capétienne). Comme nous l’expliquait naguère une historienne, l’Etat absolutiste prenait souvent des mesures terrifiantes dans les termes, mais jamais appliquées dans les faits (1).

Notre sémillant ministre de l’Intérieur manifeste à la fois cette surpuissance théorique et cette inertie pratique – quant au règlement des problèmes mineurs et à la répression de la délinquance ordinaire. Nicolas Sarkozy est un hyperactif qui n’agit pas. Au lieu de résoudre, il disperse, il vaporise. Les réfugiés qui étaient à Sangatte ont été expulsé en douceur mais ils reparaissent déjà dans d’autres ports de la Manche – faute qu’on veuille aborder la question du droit d’asile. On veut chasser les mendiants et les prostitué (e)s des quartiers bourgeois, mais on se refuse à définir et à mettre en œuvre une politique sociale quant à ces deux catégories de citoyens.

On proclame sa volonté de restaurer partout le sécurité mais on se prépare à supprimer le seul commissariat qui existe dans plusieurs dizaines de petites villes. Là encore on ventile, sans mieux protéger ni guérir.

L’expérience du gouvernement Jospin devrait faire réfléchir Nicolas Sarkozy : la technique des effets d’annonce augmente à très court terme les déceptions et durcit les réactions.

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(1) Arlette Lebigre, La Justice du roi, La vie judiciaire dans l’ancienne France, Albin Michel, 1988.

 

Article publié dans le numéro 804 de « Royaliste » – 25 novembre 2002