Dans le cadre d’une campagne de propagande en faveur des « minorités visibles », un rapport adressé au ministre de l’Intérieur préconise la promotion de deux ethnies supposées dans plusieurs secteurs de la fonction publique.

A tous égards, le texte commis par M. Begag constitue un exécrable rapport.

Quant à la forme : c’est mal construit et répétitif.

Quant à la démonstration qui utilise les artifices et les ruses d’une propagande misérable. Recours à l’image qui fait joli : la « République à ciel ouvert », titre du rapport, n’a aucun sens juridique ou politique. Dolorisme à fonction culpabilisante : ma souffrance (« auto-mutilation identitaire ») légitime mon discours sur l’Etat. Inflation verbale (sur la République) qui masque la destruction des valeurs proclamées.

Quant à l’idéologie : elle nie les principes de notre droit pour mieux bricoler une reconstruction « ethnique » de la société française.

Sociologue de son état, mais piètre historien, M. Begag soutient que, depuis 1789, l’esprit français accepte « aveuglément » le principe d’égalité et que l’Etat n’a ouvert les yeux que très récemment sur « la réalité des inégalités et des discriminations ». C’est faux juridiquement : l’égalité n’a jamais empêché le législateur de prendre des dispositions différenciées afin de protéger ou d’aider certaines catégories de citoyens : interdiction du travail de nuit pour les femmes et les enfants, attribution de bourses d’études etc. C’est faux politiquement : les courants marxistes et socialistes, longtemps prédominants, n’ont cessé de dénoncer l’enfermement de la classe ouvrière dans une situation d’infériorité.

Sociologue de son état, mais frappé de cécité économique, M. Begag semble ignorer les ravages du chômage – un mot qui n’apparaît qu’une fois dans son rapport. Ce qui lui permet de tirer un trait sur les politiques d’intégration – effectivement contredites par l’application des recettes ultralibérales.

C’est sur ce tissu d’ignorances que M. Begag brode son discours sur l’égalité des chances, paré des fleurs d’une rhétorique républicaine. La malhonnêteté intellectuelle est ici flagrante : elle permet d’adoucir les premiers éléments d’un programme racialisant (1) qui séduit une fraction croissante de l’oligarchie.

L’accusation est grave. Elle s’appuie sur des citations que M. Begag ne saurait contester.

L’intégration, dit-il, doit être remplacée par la « promotion sociale des Français issus de l’immigration visible » Il est précisé que « l’individu ethnicisé dans l’espace public, tout comme l’Etat, doivent participer chacun de son côté à la levée des barrières à l’égalité des chances ». Il est souligné que l’Etat doit cette inégalité qui « affecte souvent en France les Maghrébins et les Noirs, plus que les autres ». Les discriminations selon le patronyme ou la couleur de peau ne sont pas niables mais faut-il en tirer argument pour renier le principe d’égalité (au nom desquelles ces discriminations sont légalement condamnées) et favoriser le recrutement dans la police, la gendarmerie et les sapeurs-pompiers de jeunes à la peau noire ou plus ou moins bronzée ?

M. Begag répond par l’affirmative. Il propose l’aménagement de certaines épreuves de concours, la création de brigades ethniques opérant à l’entrée des discothèques et dans les quartiers visiblement « colorés », et la création d’une « statistique des origines » qui est contraire à la Déclaration de 1789 et au Préambule de 1958 affirmant « l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion ».

Le rapport de M. Begag est dangereux : sa mise en œuvre susciterait les revendications de multiples groupes « ethniques » et engendrerait la haine raciale. Le rapport de M. Begag est odieux : des statistiques ethniques impliquerontl’établissement d’un statut des Juifs, lorsque M. Begag nous aura dit si ces citoyens français constituent ou non une « minorité visible ».

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(1) Le préjugé raciste porte sur l’infériorité supposée de certains groupes. La conception racialisante représente la société comme une juxtaposition d’ethnies définies selon leurs origines et leur apparence physique.

 

Article publié dans le numéro 850 de « Royaliste » – 2004