Des centaines de milliers de manifestants (1) défilant à Florence le 9 novembre à l’occasion du Forum social européen ! Nul ne conteste le caractère massif du mouvement protestataire, présenté par les médias comme un jeu spectaculaire donnant une apparence d’équilibre à une modernisation irréversible. D’un côté les dirigeants du monde globalisé, leurs serviteurs, leurs clients ; de l’autre la « société civile mondiale »… Quelle vision rassurante d’une lutte des classes où c’est toujours le plus riche qui gagne !

Une autre analyse est possible, qui fera sourire les oligarques de toutes tendances :

– Rythmé par les rassemblements de Seattle, de Gênes, de Porto Allegre, le mouvement qui se développe a une portée historique. Il est de même ampleur que le mouvement révolutionnaire européen, pendant et après la première guerre mondiale, de même importance que les luttes sociales des lendemains de la Libération. Mais nos immenses rassemblements ne sont pas de même nature : le bolchevisme n’est plus l’horizon radieux, le collectivisme n’est pas le modèle économique de référence, le Parti communiste n’est plus l’avant-garde omnisciente du prolétariat mondial.

– Très composite à l’origine et simplement réactif, avec une forte empreinte écologisante et anarchiste, le mouvement actuel ne cesse de se renforcer et de s’élargir. Depuis quelques mois, une convergence s’opère entre les  anti-mondialistes (écologistes, groupes d’extrême gauche, militants d’Attac), le syndicalisme de résistance à l’ultra-libéralisme (plus fort et plus déterminé en Italie qu’en France) et les diverses forces qui s’opposent au bellicisme américain. Se constitue ainsi un vaste front anti-impérialiste qui attire nombre de cadres et de militants des partis de gauche et d’innombrables jeunes inorganisés mais décidés à en découdre. Tel est l’esprit de Florence.

Il se confirme que nous sommes dans une situation pré-révolutionnaire (2). Encore faut-il que nous soyons capables de passer de la révolte à la révolution. C’est possible, au regard du chemin parcouru.

La victoire intellectuelle est certaine : la déroute idéologique des ultra-libéraux est confirmée chaque jour par les événements qui scandent la crise mondiale, et la fraction social-démocrate ralliée à l’oligarchie (dirigeants « communistes » et « socialistes », Verts de toutes tendances) sont à l’agonie. Il suffit de maintenir un feu roulant.

L’internationale anti-impérialiste doit maintenant se renforcer partout en Europe, et notamment en France. Notre pays semble en retard à cause de la faible publicité donnée au mouvement Attac et parce que beaucoup de Français privilégient les formes classiquement politiques de l’expression et de la représentation des courants d’opinion. Mais la fragilité de notre classe dirigeante et la généralisation du sentiment de révolte montrent que les choses ne resteront pas en l’état.

Il est maintenant possible de passer à l’offensive, ce qui suppose plusieurs conditions.

La critique de l’ultra-libéralisme doit conduire à la formulation d’un ensemble cohérent de propositions. Nous avons notre propre programme, mais nous proposons que le projet révolutionnaire reprenne et développe l’ensemble des principes de la République et de la démocratie, tels qu’ils ont été approuvés par le peuple français : ceux qui sont inscrits dans la Déclaration de 1789, dans le Préambule de 1946 et dans la Constitution de 1958.

Cela signifie qu’il importe de politiser au plus vite les enjeux : en France et en Europe, les batailles politiques prennent tout leur sens et leur pleine force lorsqu’elles se déroulent pour la nation conçue comme collectivité historique et juridique orientée par l’idéal du bien commun.

Contre l’impérialisme, lutte nationale de libération – dans une perspective inter-nationale. Contre l’ultra-libéralisme, révolution sociale par la loi. Contre les oligarques de droite et de gauche, mobilisation militante pour l’Etat. Voilà qui peut rassembler à nouveau les communistes, les démocrates-chrétiens, les royalistes et les gaullistes pour la plus décisive de toutes nos batailles.

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(1) entre 500 000 et un million selon les estimations.

(2) cf. l’éditorial du n° 798 – juillet-août 2002.

 

Editorial du numéro 804 de « Royaliste » – 25 novembre 2002