Déjà militant de gauche lors du Front Populaire -il dirigeait le groupe parisien des étudiants communistes- Gilles Martinet, qui a rompu avec le P.C. en 1938, participé à la Résistance et milité au P.S.U. avant d’adhérer au Parti socialiste, a accumulé une longue expérience. Même si l’on ne partage pas ses choix, il faut lui reconnaître une grande lucidité. Son bilan de « Cinq communismes » et son analyse du « Système Pompidou » ont montré que Gilles Martinet se méfie, comme il le dit lui-même, des « récits de complaisance, des romans édifiants et des dépliants de propagande ». C’est pourquoi son étude de sept syndicalismes mérite d’être lue et méditée.

D’abord parce qu’elle nous permet de mieux connaître des expériences lointaines, comme celle du syndicalisme japonais qui agit dans des structures sociales et mentales très différentes des nôtres. Ou encore le syndicalisme italien, plus proche mais très original et qui constitue un exemple intéressant pour l’ensemble du mouvement ouvrier. Mais surtout, en quelques pages claires, Martinet montre la « complexité française et les nombreuses contradictions que doivent vivre nos syndicats. En particulier la question, née en même temps que le mouvement ouvrier français, du rapport entre les partis politiques et les syndicats -ou encore celle de l’attitude du syndicalisme face au pouvoir.

En se cantonnant dans leur rôle revendicatif, les syndicats risquent de devenir des organismes de pure défense corporative ; en se rapprochant trop du pouvoir, ils risquent de perdre leur autonomie et de devenir de simples rouages de la machine bureaucratique. Enfin se pose le problème de l’efficacité même du mouvement syndical puisque, comme l’écrit Gilles Martinet, «la plupart des grands changements intervenus depuis un siècle au sein de ce mouvement ont une origine extérieure : renaissance des organisations socialistes après la Commune, repli des anarchistes sur les syndicats à partir de 1890, Première guerre mondiale, Front populaire, Résistance et Libération, début de la guerre froide, guerre d’Algérie, explosion universitaire de mai 1968 ».

Bureaucratique, souvent dépourvu d’imagination, menacé par le corporatisme, le syndicalisme français paraît mal armé pour affronter les problèmes des années 1980. Constatation qui n’est pas une condamnation même si la politique syndicale agace par ses hésitations, ses hypocrisies et son dogmatisme, le syndicalisme n’en joue pas moins un rôle fondamental dans la défense de la liberté et de la justice. Alors qu’il se réforme, ou se révolutionne !

***

Article publié dans le numéro 305 de « Royaliste – 13 décembre 1979