Malgré la protestation populaire, le gouvernement russe a imposé en 2018 une réforme des retraites régressive et mène une politique économique néo-libérale qui lui vaudra d’autres révoltes.

En septembre 2018, les députés russes ont adopté une réforme du système de retraites impliquant un très important allongement de la durée du travail. Après la publication du projet, la Russie avait connu un important mouvement de révolte, tellement important que Vladimir Poutine a demandé que le projet soit amendé. Ainsi, les femmes qui partaient à la retraite à 55 ans travailleront jusqu’à 60 ans – et non 63 ans comme dans le projet. Les hommes qui travaillaient jusqu’à 60 ans sont maintenant obligés de travailler jusqu’à 65 ans – ils n’ont rien obtenu – mais les mères de famille pourront partir plus tôt et des statuts spéciaux ont été conservés pour certaines professions. Comme l’espérance de vie est très basse en Russie (66 ans), beaucoup d’hommes ne connaîtront pas le “dimanche de la vie”.

Il reste que la campagne menée par le Parti communiste russe contre la réforme a fait sérieusement chuter la popularité de Vladimir Poutine ; le fait est que le président de la Fédération laisse les néo-libéraux gouverner le pays. Pour quels résultats généraux ?

On ne le dit jamais dans les médias français alors qu’il s’agit d’une vérité éclatante : la gestion russe de l’économie devrait être encensée par nos propres oligarques !  Le budget fédéral russe est excédentaire (+1,7%) et les réserves financières sont plus importantes que toute la dette, publique et privée. Quels formidables résultats ! Et quel génie ce Poutine – puisque, en Russie, tout ce qui se fait est paraît-il l’œuvre de Vladimir Vladimirovitch !

Eh bien non ! Ces résultats soulignent l’incohérence de la politique économique russe et sa nocivité pour la société. Le gouvernement dit qu’il veut la croissance pour combler les retards mais en même temps il frappe les consommateurs qui forment le seul moteur de la croissance, dans un pays où l’investissement est faible et où le dynamisme de l’activité industrielle repose surtout sur le secteur des matières premières. L’excédent budgétaire est obtenu grâce à l’augmentation de la TVA et d’autres taxes et la hausse des prélèvements obligatoires est supérieure à celle des revenus. Quant aux retraites, elles n’augmentent pas non plus et les ménages russes, fortement endettés, subissent des taux d’intérêts assassins.

Il n’est pas étonnant que la popularité de Vladimir Poutine soit récemment tombée de 75% d’opinions favorables à 53%, ce qui permet d’imaginer la froideur des sentiments que les Russes éprouvent à l’égard des ministres en charge de la politique économique et sociale. Si le gouvernement s’obstine dans sa politique néo-libérale, les conséquences seront les mêmes qu’à l’Ouest du continent : les populations pressurées sans aucune raison se révolteront de plus en plus souvent et massivement. Jusqu’au jour où les mouvements sociaux provoqueront des transformations politiques de plus ou moins grande ampleur…

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Article publié dans le numéro 1181 de « Royaliste » – Janvier 2020