Les gens de médias ont décidé que le débat électoral s’organiserait sur le thème sécuritaire. Ils ont par ailleurs choisi de commenter les sondages sur une campagne de deuxième tour opposant Jacques Chirac à Lionel Jospin. Tel est le cadrage médiatique, qui n’est pas sans intention maligne : enfermer Jean-Pierre Chevènement dans un rôle répressif, alors que sa politique de la sécurité publique est d’une tout autre ampleur ; renvoyer le candidat républicain sur les pourtours d’un terrain réservé aux deux candidats officiels. C’est ainsi que l’on tente, par l’image trompeuse et le sondage hasardeux, de réduire à un sursaut nostalgique et droitier la portée d’une candidature qui est authentiquement révolutionnaire.

La révolution, vraiment ? N’est-il pas acquis que « la Révolution française est terminée » ? Aurions-nous oublié que les révolutions du siècle passé ont enfanté la terreur et le totalitarisme ? Après avoir rejoint le Pôle républicain, l’ultime provocation des royalistes consisterait-elle à célébrer la logique infernale qui a détruit la monarchie royale ?

Il serait facile de répondre en évoquant le rôle des monarchiens dans la Révolution de 1789 et l’opposition constante de notre mouvement aux entreprises totalitaires. Tenant nos références à la disposition de chacun (1) et toujours prêts à rafraîchir la mémoire des gauchistes qui ont basculé sur le tard dans l’hystérie anticommuniste,  je préfère placer la question de la révolution dans la perspective du salut public.

D’abord un rappel. La France du 20ème siècle a réussi deux révolutions politiques. L’une, commencée à Londres le 18 juin 1940, a permis l’insurrection nationale de 1944 et l’adoption du Préambule de 1946 qui fonde la République sociale. L’autre, qui commence avec le retour du général de Gaulle aux affaires en Mai 1958, a institué notre monarchie républicaine, restauré l’Etat, rétabli l’indépendance de notre nation, réaffirmé le rang et la puissance de la France dans le monde.

Ensuite une précision idéologique. La révolution en France n’est pas l’affaire de la gauche, contre une droite contre-révolutionnaire, mais une nécessité qui s’impose dans certaines conjonctures historiques. La pitoyable prestation jospiniste prouve qu’une certaine gauche peut organiser la régression économique et sociale avant de s’évanouir dans la « modernité ». L’aventure gaullienne prouve qu’un général monarchiste peut conduire le peuple de France « de la Résistance à la Révolution » pour reprendre le mot d’ordre du journal Combat. Et la Nouvelle Action royaliste, fidèle à l’esprit gaullien, n’a cessé de penser et d’agir selon l’injonction de Georges Bernanos : « la France doit au monde une révolution. Et cette révolution, elle la lui donnera ». Avec l’auteur des Enfants humiliés, nous n’avons cessé de dire que cette révolution nécessaire se ferait par la loi, pour la justice et la liberté.

Or voici que Jean-Pierre Chevènement invoque et annonce (2) les « révolutions légales nécessaires ». Les grands commentateurs auraient dû s’interroger sur le sens de cette formule : elle tranche avec les rodomontades du pauvre Robert Hue, elle renvoie au répertoire parodique le révolutionnarisme sectaire de Lutte ouvrière, elle s’oppose à la modernité chiraco-jospiniste de manière tellement radicale qu’elle prive de sens l’accusation de « dérive droitière » lancée contre le candidat républicain.

La régression morale est telle que le simple fait d’être honnête à une portée révolutionnaire. Pour engager la lutte contre la délinquance financière, il faut être soi-même exemplaire.

Notre liberté d’action économique et monétaire est à ce point réduite qu’il suffit d’exiger le contrôle politique de la Banque centrale européenne pour déclencher les révolutions qui permettront de rassembler toutes les nations européennes en vue de leur plein développement.

La souffrance sociale est si grande qu’il suffit d’annoncer de fortes augmentations de salaires pour qu’une révolution dans la répartition des revenus du travail et du capital puisse être envisagée.

Nous voulons que ces révolutions adviennent.

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(1) cf. Royaliste n° 662, 1-14 avril 1996 : « Révolution et légitimité » et n° 755, 18 septembre-1er octobre 2000 : « Notre tradition républicaine ».

(2) Dans son discours au Cirque d’Hiver, le 5 mars.

 

Editorial du numéro 790 de « Royaliste » – 18 mars 2002