Dans un nouveau livre personnel et engagé, Fatiha Agag-Boudjahlat nous dit les difficultés et les douleurs de l’appartenance, quand on n’a pas eu le bonheur de naître tout simplement français.

D’innombrables concitoyens se sont seulement donné la peine de naître français. Il faut s’en réjouir et leur rappeler, de temps à autre, qu’ils ne connaissent pas leur bonheur. Puis suggérer à celles et ceux qui vivent dans le confort identitaire de s’intéresser aux nouveaux venus dans la collectivité nationale – qu’on regarde trop souvent comme des immigrés, des maghrébins, forcément musulmans.

Certes, le débat bientôt quarantenaire sur l’immigration ne cesse de malaxer les concepts d’intégration et d’assimilation. A la lecture du nouveau livre de Fatiha Agag-Boudjahlat (1), ces deux mots paraissent étranges et inadaptés parce qu’ils simplifient à l’excès des situations familiales complexes et des itinéraires personnels souvent douloureux. D’ailleurs, il faut se méfier de son propre regard et des répliques qu’on entend. Quand Fatiha passe une djellabah pour se rendre au bureau de vote le dimanche matin, le passant qu’elle croise la classe immédiatement dans la “communauté maghrébine” et s’il s’agit d’un journaliste en quête de couleur locale, ou pire d’un sociologue, elle peut très bien surjouer son identité.

Il est vrai que Fatiha se déclare maghrébine et musulmane et revendique ses nom et prénom qui la relient à une dure histoire familiale. “J’ai connu la misère”, nous dit-elle. “J’ai grandi avec sept frères. L’un d’entre eux a fait 14 ans de prison en trois condamnations […]. Nous avons dépendu des années des Restos du cœur […], le Secours catholique nous a habillés des années durant”. Quand Fatiha a obtenu son CAPES d’histoire-géographie, elle est repartie faire du ménage en usine tandis que ses camarades prenaient des vacances.

C’est cette française, républicaine longtemps engagée aux côtés de Jean-Pierre Chevènement, qui subit le mépris de fer de divers sociologues de gauche, outrés qu’elle ne tienne pas le rôle qu’ils lui assignent, selon la norme qu’ils ont fabriquée.

C’est cette féminisme universaliste qui est considérée comme une “racisée” par les indigénistes, comme une “native informant” – un informateur indigène – harcelée et censurée par les bourgeoises ultra-féministes et les journalistes complices qui voudraient qu’elle se conforme aux codes de sa communauté supposée… pour que le féminisme ne tombe pas dans le péché d’islamophobie.

Exclue par les racistes de droite et dénoncée par les racialistes de gauche,

Fatiha Agag-Boudjahlat, aujourd’hui privée d’enseignement, apprenait à ses élèves immigrés ou issus de l’immigration à cheminer vers la commune appartenance nationale. Elle qui connaît mieux que personne la douleur de ce cheminement n’y va pas de main morte. Il faut voir dans son livre comment elle brise le mythe de l’Algérie, pays de cocagne où, dit-elle, “nous sommes des immigrés français”. Mais Fatiha nous fait aussi mesurer toute la difficulté d’une rupture avec le pays d’origine et avec sa propre famille, qui engendre une double culpabilité à laquelle s’ajoute, pour les femmes, la violence du patriarcat couverte par l’hypocrisie religieuse. Le témoignage de Fatiha est à cet égard accablant.

Il faudrait que les enfants dont nous parle Fatiha puissent aimer le bled et la France. Mais qui se soucie, à l’école, au lycée, de faire aimer la France ? Souvent, les trois couleurs gênent moins les collégiens que leurs professeurs…

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(1) Fatiha Agag-Boudjahlat, Les nostalgériades, Nostalgie, Algérie, Jérémiades, Le Cerf, 2021.

 

Article publié dans le numéro 1217 de « Royaliste » – 25 septembre 2021