La victoire de Valérie Pécresse au terme du congrès des Républicains est un événement qui intéresse le bloc oligarchique et lui seulement. Vainqueur du clan Macron, le clan Pécresse appliquerait les mêmes recettes ultralibérales, les yeux tournés vers Berlin et Washington.

D’abord, bien situer le lieu de l’affrontement qui se situe à l’intérieur du bloc oligarchique, qu’on appelle aussi bloc élitaire. Il s’agit d’un électorat minoritaire composé de ceux qui sont dans les centres de décision politiques, financiers, économiques et médiatiques, de ceux qui voudraient faire partie de la caste dirigeante et des retraités aisés qui sont les défenseurs discrets mais résolus du capitalisme rentier. Cette bourgeoise qui vit dans les métropoles ou qui s’est retirée sur le littoral cultive des désaccords mais se retrouve sur l’essentiel : le maintien en l’état d’un système résolument inégalitaire et remarquablement fructueux.

Rien de fondamental ne sépare Valérie Pécresse et Emmanuel Macron, Xavier Bertrand et Edouard Philippe. Dans la droite classique, il y a eu simplement des paris différents. Certains, comme Bruno Le Maire, ont estimé que le candidat Macron leur offrait un emploi de haut niveau, qui leur suffisait. D’autres ont choisi l’opposition comme tremplin vers l’Elysée, au sein de LR, en dehors, puis à nouveau dans la maison-mère, quand il s’est agi d’emporter le morceau.

Qui ne le voit ? La grande affaire est de prendre le pouvoir suprême. Les programmes sont des exercices obligatoires mais de pure convenance : on veille à s’habiller avec soin pour la promenade sur les marchés électoraux. Avec des nuances commentées par les experts du Point et du Figaro, les principaux candidats à la candidature ont promis la baisse des cotisations sociales et des impôts de production, la réduction de la dette publique, la suppression massive de fonctionnaires et bien sûr l’ordre dans la rue et la sévérité en matière d’immigration – mais en ces domaines on n’aura pas plus de résultats que Charles Pasqua et Nicolas Sarkozy.

Au lendemain de sa victoire, Valérie Pécresse a rassemblé ses rivaux, qui resteront unis autour de la candidate pour une simple et froide raison : une victoire à la présidentielle assurera une très rentable distribution de postes ministériels. Xavier Bertrand à Matignon ? Eric Ciotti à l’Intérieur ? Michel Barnier aux Affaires étrangères ? Voilà qui soude les anciens rivaux… le temps d’une campagne. Bien entendu, on mélangera les éléments des divers programmes en gommant les aspérités : on mettra du Ciotti, du Bertrand et du Barnier dans le Pécresse mais pas de “Guantanamo à la française” comme en rêvait le député des Alpes-Maritimes. Il va sans dire qu’on en rajoutera sur les travailleurs clandestins et l’islamisme si les candidats d’extrême droite se montrent trop entreprenants.

Pendant la campagne, il ne sera pas nécessaire de commenter longuement les circonvolutions programmatiques de la droite. Ce ne sont que des mots alignés, des “éléments de langage », de la poudre aux yeux communicationnelle. C’était la même chose aux temps du RPR chiraquien et de l’UMP sarkozyste dont Valérie Pécresse et Xavier Bertrand sont les purs produits. Les carrières et les fonctions ministérielles de l’un et de l’autre sous l’égide de François Fillon en font des hiérarques typiques, sinueux dans leur parcours politicien mais serviteurs toujours déférents du Capital – et point différents d’Emmanuel Macron.

Cela dit, avec ses habits rouges et son programme usé jusqu’à la corde, Valérie Pécresse a de bonnes chances de l’emporter. Elle dispose d’un parti solidement implanté dans le pays – à la différence de La République en Marche -, elle a le soutien du premier groupe parlementaire du Sénat et de cent députés à l’Assemblée nationale. La candidate peut donc affirmer avec vraisemblance que son parti peut l’emporter aux législatives et lui donner la majorité parlementaire dont son gouvernement aura besoin. En octobre 2018, la “dame du faire”, qui se dit “un tiers Thatcher et deux tiers Merkel”, est allée se faire adouber à Berlin par le président du Bundestag, Wolfgang Schaüble, connu pour son rigorisme fanatique. Le nouveau gouvernement allemand peut donc envisager avec faveur la victoire de dame Pécresse. On dit qu’elle bénéficie d’une prime à la nouveauté alors qu’elle fait de la politique depuis vingt ans. C’est surtout le rejet d’Emmanuel Macron qui peut la conduire à la victoire, dès lors que la rivalité entre Éric Zemmour et Marine Le Pen écarterait cette dernière du second tour.

Rien n’est joué, bien entendu. Valérie Pécresse va devoir disputer à Emmanuel Macron les voix de la bourgeoisie à coup de promesses sur la transmission des patrimoines et d’annonces fiscales. Tout cela sous couvert de grands discours sur l’immigration et la sécurité, sur la réindustrialisation du pays et la souveraineté. En écoutant disserter Dame Pécresse et ses compagnons, on gardera en mémoire ce que déclarait Jean-Louis Bourlanges au Figaro du 15 novembre : N’oublions pas que le scénario le moins improbable pour LR serait de voir tout ou partie de ses dirigeants participer demain à une majorité plurielle conduite par un Emmanuel Macron réélu.

En toutes choses, il faut savoir rebondir à temps…

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Article publié dans le numéro 1223 de « Royaliste » – 19 décembre 2021