Quand on est fils d’un grand dirigeant du Parti communiste – désigné de son vivant comme « celui de France que nous aimons le plus » -, quand on a cru avec ferveur à l’Union soviétique et que le voile se déchire, il ne devrait plus y avoir place, dans le cœur et dans l’esprit, que pour l’amertume, la révolte, voire la haine.

Or ce que dit Paul Thorez ne correspond pas à ce que l’on pouvait attendre, ou redouter. Son livre témoigne d’une vraie tendresse pour la terre et pour le peuple russes, et surtout d’un très grand amour pour son père.

Certes, on trouvera dans « Les Enfants Modèles » la description de la vie des jeunes privilégiés du communisme, dans un camp de cocagne au bord de la Mer Noire, et du lent désenchantement qui devait amener le fils de Maurice Thorez à rompre avec le communisme. Dans un très beau style, et sans jamais recomposer ses souvenirs à la lumière de ce qu’il a compris par la suite, Paul Thorez brosse la peinture exacte et vivante d’une certaine jeunesse soviétique, gaie mais conformiste, idéaliste mais vivant dans une aisance matérielle qui contraste avec les conditions de vie du peuple russe. Les « enfants modèles » du communisme, qui s’ébattent si joyeusement au camp d’Artek, sont des enfants que l’on protège de la vie, et de la vérité.

Mais il y a dans ce livre un autre témoignage, d’une portée beaucoup plus grande, qui touche à l’homme communiste et qui fait entrevoir une réalité que nous ne parvenons pas encore à bien cerner. Maurice Thorez le « déserteur », « l’homme de Moscou » et de l’Internationale communiste est d’abord le père qui fait aimer la France au petit Pavlik, né en Russie pendant la guerre et qui se déclare « russe, soviétique et moscovite » lorsqu’il arrive à Paris. « L’amour de la France m’a été insufflé par mes père et mère avec les premiers mots qu’ils me dirent » écrit Paul Thorez qui rend à son père le très bel hommage que voici : « Enfant, j’avais une admiration absolue pour le savant qui m’enseignait tant de choses, dans le peu de temps qu’il pouvait me consacrer (…). Il nous racontait tout sur les pays où nous passions : la géologie, la géographie, l’histoire… et ce commentaire n’avait rien d’académique. Il nous apprenait surtout à aimer. Derrière chaque monument, il voyait le travail de tout un peuple et les mains des bâtisseurs. Je lui dois, entre autres inclinations, mon goût pour l’architecture religieuse. Il m’a fait prendre conscience non seulement de la somme de travail et de temps, mais encore de la foi que demandent la beauté et l’harmonie des formes qu’a élaborées au fil des siècles la France chrétienne ».

Maurice Thorez, « Fils du Peuple » et produit du système communiste, était d’abord un vrai fils de notre pays.

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Paul Thorez, Les enfants modèles, Ed. Lieu Commun.

Article publié dans le numéro 373 de « Royaliste » – 6 janvier 1983