Notre confrère Le Monde s’interrogeait voici peu : « où va M. Raffarin ? ». Il aurait fallu commencer par se demander d’où il revient.

De trois semaines de vacances, pardi ! Alors qu’il venait de prendre des fonctions qui sont en elles-mêmes écrasantes, dans une période historique à tous égards dangereuse, le Premier ministre a choisi le farniente, comme d’ailleurs le président de la République. Lionel Jospin aimait lui aussi les longues vacances… Comme je les comprends ! Mais, en ce cas, il ne faut pas prendre en charge la politique de la nation.

C’est ainsi :  de gauche ou de droite, les oligarques goûtent les charmes de la gouvernance. Cette notion floue peut être définie de plusieurs manières mais l’application ressemble fort à un pilotage automatique – à ceci prêt que le commandant de bord et son équipage aiment les siestes en fond de cabine.

Il est vrai que les gouvernants n’ont plus grand chose à faire. Les Etats-Unis sont les maîtres du jeu diplomatique et militaire. Le Pacte de stabilité limite les choix budgétaires à une adaptation aux contraintes imbéciles que les Quinze ont confirmées lors du sommet de Copenhague, le 7 septembre. La politique monétaire dépend des décisions de la Banque centrale européenne, et le cours de l’euro est fonction des évolutions du dollar. La politique industrielle est entre les mains de capitaines d’industries incapables et prétentieux, tels Jean-Marie Messier, où de prédateurs qui mettent leurs profit au-dessus de leur pays. La politique des salaires et des revenus, qui échappe pour l’essentiel à la volonté gouvernementale, consiste à louvoyer, pour ce qu’il en reste, entre les intérêts du Medef et de la FNSEA et les pressions syndicales. Restent la sécurité publique, les prisons, et la préparation des lois qui permettront à l’Etat de se débarrasser de ses responsabilités par la décentralisation. J’allais oublier l’enseignement, qui sera « géré » aux moindres coûts.

Jean-Pierre Raffarin a bien fait de partir en vacances. Il est rentré, détendu, pour procéder à quelques adaptations et arbitrages qui font grand bruit, mais qui sont sans grande importance puisque la ligne générale a été fixée voici plusieurs années lors des sommets européens, puis adaptée par MM. Chirac et Jospin. Il est donc oiseux de se demander où va M. Raffarin. Le premier ministre ne va nulle part. Il est content d’être là, du moins pour le moment. Sans états d’âme, il fait ce qu’on lui dit de faire. Il annonce la baisse des impôts et la hausse de certaines dépenses tout en promettant la réduction du déficit alors que nous sommes dans une période de faible croissance – ce qui exigerait une relance globale des investissements publics. Il veut baisser les charges et augmenter un Smic qui sera réunifié. Il veut la rigueur et la démagogie…

Peu importe les contradictions, les inepties, les mensonges, les manipulations : notre homme de « terrain », front bas, tourne en rond les yeux rivés au sol. A-t-il oublié que le candidat Chirac avait obtenu au premier tour de la présidentielle 5 665 855 suffrages, soit 13,75% des électeurs inscrits, alors que plus de dix millions d’électeurs avaient choisi des candidats contestataires ?

Voilà qui crée dans notre pays une situation pré-révolutionnaire. Ce qui ne signifie pas qu’une révolution aura lieu puisque personne n’est aujourd’hui en mesure de la conduire.

Faut-il en conclure qu’il n’y a rien à faire, sinon attendre que M. Raffarin et son gouvernement sombrent, de leur propre fait, dans le discrédit ? Certes non. Selon le projet politique de restauration de l’Etat et de défense de la nation, dont nous avons pour notre part précisé les modalités, il faut dégager la perspective et empêcher que le Parti socialiste ne bénéficie une fois de plus d’une réaction de rejet. Depuis la rentrée, M. Hollande s’indigne, s’agite, prend des poses. Les champions des privatisations, qui préparaient entre autres la liquidation d’EDF-GDF, les défenseurs de Claude Allègre, ministre détesté de l’Education, les partisans de la guerre d’agression contre la Yougoslavie, les alignés sur le gouvernement des Etats-Unis, les responsables de la situation désastreuse dans les hôpitaux, de la flexibilité des salaires et de cent autres maux sont mal placés pour se plaindre. Nous dénoncerons sans relâche leurs reniements et leur hypocrisie : de gauche ou de droite, c’est le pouvoir oligarchique qu’il faut détruire si nous voulons sauver notre patrie.

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Editorial du numéro 799 de « Royaliste » – 16 septembre 2002