Ah ! Non, Fodé, pas ça !

Vieux compagnon de la lutte contre la xénophobie, Fodé Sylla s’est laissé allé à des critiques insensées du principe monarchique au fil d’un dialogue avec Stéphane Bern. Comment un licencié d’histoire, actuellement député européen, peut-il professer de telles sornettes ?

L’amitié, l’ancien compagnonnage politique, ne changent rien à l’affaire. Dans VSD (30/12/99), Fodé Sylla dit son respect pour les militants de la Nouvelle Action royaliste. Lesquels respectent l’ancien président de SOS Racisme.

Bien. Mais notre ami Fodé est depuis le mois de juin député européen : c’est un responsable politique qui porte une parole politique et qui doit, par définition, en répondre. Il le doit, et il le peut d’autant plus sûrement qu’il est titulaire d’une licence d’histoire, et d’une maîtrise de sciences politiques. Or Fodé Sylla a tenu, sur l’institution monarchique, des propos d’une étonnante absurdité.

Avant de les relever, nous lui accorderons des circonstances atténuantes : la reproduction du dialogue qu’il a eu avec Stéphane Bern est manifestement bâclée, ce qui n’est pas étonnant puisque l’arbitre du « duel » n’est autre que Paul Wermus – qui n’est pas, c’est le moins qu’on puisse dire, un modèle de rigueur professionnelle.

Cependant, trois assertions de Fodé Sylla ne peuvent pas rester sans réponse de notre part :

Etre monarchiste à l’heure d’Internet, c’est vouloir ramener l’homme dans les cavernes (…). Ineptie ! Même Robert Hue, marxiste lunaire, ne pense pas qu’un régime politique est fonction d’un état de la technique. L’invention de la boussole n’a pas détruit les monarchies, et les épidémies ravageaient la République de Venise comme les royaumes alentour. Fodé a-t-il oublié que l’Angleterre était « mère des parlements », et que la France capétienne avait posé les fondements de l’Etat de droit, et affirmé le principe du jus soli ?

En France, si je ne suis pas d’accord, je peux descendre dans la rue. En monarchie, je me retrouve en prison. Ridicule et fallacieux ! La Déclaration des droits de l’homme a été rédigée par des monarchistes, et Fodé Sylla devrait se souvenir que les effets juridiques de cette Déclaration n’étaient pas reconnus sous nos quatre premiers régimes républicains. On s’excuse de rappeler que la tolérance c’est Henri IV, pas Robespierre, que la monarchie britannique c’est l’habeas corpus qui n’est toujours pas reconnu en France.

Il faut abolir tous les privilèges du sang, la République étant (je résume) le régime où des enfants de l’immigration peuvent devenir député, acteur, sportif de haut niveau. Inconséquence ! Si le régime républicain garantit naturellement le respect des différences et la promotion sociale, pourquoi la Ligue des Droits de l’Homme, pourquoi SOS Racisme ? On attend toujours un Premier ministre issu de l’immigration – comme Mazarin ! Les reines de France étaient presque toutes des immigrées, donc les princes et les rois étaient tous des enfants d’immigrés.

J’en viens aux privilèges. Ce point ne souffre pas la simple réplique ironique. Comment oser dénoncer les privilèges de l’Ancien régime (abolis par des monarchistes lors de la Nuit du 4 août) alors qu’on appartient à l’élite de cette « majorité plurielle » où l’on fraye avec l’aristocratie financière (Pierre Bergé, François Pinault), ou l’on encensait il y a peu un ancien consultant peu scrupuleux (Dominique Strauss-Kahn), où l’on fait des croisières aux frais d’une mutuelle étudiante, où l’on disserte sur les banlieues avant de courir les marchands de montres anciennes (Julien Dray). Si Fodé Sylla ne supporte pas, ou plus, le monde des privilégiés, qu’il rompe publiquement et totalement avec ces gens-là. Sinon, qu’il ne vienne pas nous donner des leçons. De lui, de ses amis, nous ne les acceptons pas.

***

(1) Stéphane Bern qui a répondu à son interlocuteur avec pertinence, s’est cru obligé d’attaquer la Nouvelle Action royaliste pour ses « chimères » et ses « théories utopiques ». Dès lors, pourquoi est-il resté adhérent à notre mouvement,pourquoi a-t-il contribué, en collaborant à Royaliste pendant une vingtaine d’années, à concevoir et à diffuser ces prétendues chimères et autres utopies ?

 

Article publié dans le numéro 742 de « Royaliste » – 1999