Certains parmi vous le savent : je suis né en 1970 à Trélazé, dans l’agglomération d’Angers. Trélazé est une ville minière, avec une forte tradition syndicaliste, et c’est une terre d’immigration. Mes parents sont des Berbères du Moyen-Atlas, mon père a combattu dans l’Armée française et a fait ensuite une carrière de mineur, ma mère était femme de ménage.

Dès mon adolescence, j’ai pris conscience de ma condition sociale, de la condition des personnes qui m’entouraient et de la grande diversité culturelle qui existait à l’école primaire. J’ai donc commencé à militer et j’ai été amené à rencontrer des personnalités du monde culturel. Je suis autodidacte mais j’ai beaucoup lu, sur les questions sociales, sur la politique et la géopolitique. En grandissant, j’ai vu que ce que proposaient les politiques de l’époque n’étaient pas en adéquation avec nos attentes. J’en ai conclu qu’il fallait qu’on se prenne en main, sans attendre les propositions des partis. J’ai pris contact avec des éducateurs et des personnalités du monde de la culture et nous avons entrepris des actions en direction des habitants, jeunes et moins jeunes, pour les rapprocher.

Ensuite j’ai réuni un petit groupe et après un an de discussion nous avons créé en 1992 l’Association pour la Jeunesse, l’Éducation et la Culture (AJAC). L’un des premiers objectifs, c’était de provoquer par nos actions des questions chez les gens, et d’élever leur niveau de conscience politique. Nous avons organisé des débats réguliers le mardi – nous avons invité Bertrand Renouvin qui nous avait présenté les différents courants politiques du pays – et nous avons organisé des représentations théâtrales. Nous avons aussi participé à d’autres structures, notamment État de droit qui rassemblait des personnes de différents horizons, et nous avons participé aux luttes contre les discriminations, par exemple dans les boîtes d’intérim où existait un racisme décomplexé. Puis nous avons intégré le réseau Droit de cité, au sein duquel nous avons joué un rôle de leader. Nous y avons rencontré la NAR, où nous avons trouvé une grande source de réflexions politiques. J’ai d’ailleurs eu l’occasion de participer à de nombreuses reprises aux Mercredis de la NAR, qui ont été pour moi une véritable école – l’école de ce qu’on n’apprenait pas à l’école. Je suis aussi allé au Rwanda, au Chiapas et ces voyages m’ont beaucoup appris.

A la différence de nombreuses associations de quartier, qui organisaient des cours de couture et de cuisine, l’AJAC s’intéressait au théâtre, à l’écriture, montait des projets d’insertion, nous nous sommes mobilisés pour que les jeunes filles et les femmes des quartiers populaires s’impliquent dans la vie collective. Du coup, nous avons été au cœur de la politique de la ville et, en 2015, comme je sentais que la situation était dangereuse, j’ai réactivé l’AJAC et j’ai été nommé au Conseil national des villes.

Au sein de ce Conseil, j’ai pu dire que les grosses structures qui sont consacrées à la politique de la ville sont des machines stratosphériques – complètement déconnectées des réalités du terrain. Je constate que les ministres et les parlementaires vivent, encore en 2021, dans la méconnaissance totale de la banlieue. On a injecté 50 milliards pour financer la politique de la ville, et les résultats sont pires qu’il y a vingt ans parce que les préfets se désintéressent de la destination des crédits – qui trop souvent sont utilisés par les maires pour des objectifs qui n’ont rien à voir avec la politique de la ville.

A l’exception de l’AJAC, la plupart des associations de quartiers qui faisaient le lien avec la population et qui permettaient la réussite des politiques publiques ont complètement disparu. Elles ont été tuées par les maires qui voulaient les contrôler et abandonnées par les militants parce que la vie associative est trop sacrificielle. Comme la nature à horreur du vide, il y a eu un repli identitaire, vers la religion musulmane, et les cadres islamistes ont profité de ce vide. Il faut dire aussi que certains maires ont nourri la bête, par clientélisme, et ils ont maintenant des islamistes dans leur entourage. Dans les banlieues, les islamistes visent les jeunes générations et cherchent à éduquer les enfants. Beaucoup de femmes musulmanes résistent à cette pression, comme je le vois dans notre association. L’AJAC a d’ailleurs demandé et obtenu que les associations soient ouvertes le soir et le week-end, pendant que les jeunes ne sont pas à l’école. C’est ce qui a été expérimenté dans plusieurs quartiers, où les incivilités ont diminué de 80%. L’AJAC a aussi pu orienter 120 jeunes vers l’Université, avec un excellent taux de réussite. Nous voulons continuer à être un modèle de l’action civique et elle constitue une digue républicaine contre l’islam intolérant et intrusif qui a conquis cent cinquante quartiers.

Quand je fais l’histoire de l’AJAC, je constate que la Nouvelle Action royaliste est le seul mouvement politique qui s’est réellement intéressé à notre association et à la vie dans nos quartiers.

Ahmed IMZIL

Entretien publié dans le numéro 1224 de « Royaliste » – Décembre 2021