L’attitude observée par l’Église catholique lors du bicentenaire de la mort de Louis XVI a suscité des polémiques déplacées et des indignations factices qui ont masqué de véritables enjeux.

Le cardinal Lustiger ne pouvait manquer de refuser que Notre-Dame de Paris soit le lieu (ou plutôt le théâtre) d’une cérémonie à la mémoire du roi tant la requête était maladroite, tant les requérants étaient peu fondés à la présenter : un comité placé sous l’égide d’un grand journal de droite et surtout animé par un écrivain raciste était fort mal venu de demander à l’Église sa caution et sa participation, au nom de la foi catholique et de la réconciliation nationale. La réponse eût peut-être été différente s’il y avait eu, comme pour le millénaire de la France, démarche commune du président de la République et du chef de la Maison de France quant à la commémoration du tragique événement…

La hiérarchie catholique ne s’est cependant pas tenue à l’écart des cérémonies du 21 janvier, comme l’atteste la présence de ses dignitaires en maintes églises. A lire les déclarations de Mgr Eyt à « La Croix » (21/1/93), cette présence semble d’ailleurs s’inscrire dans une visée à long terme. Ainsi l’archevêque de Bordeaux, qui a célébré une messe à la mémoire de Louis XVI et des martyrs de la Révolution, explique cette cérémonie comme « le second acte du Ralliement » : après la paix avec la République, la remise en mémoire « de ce qui, à première vue, s’y opposait ». Le souci d’apaisement complet est à tous points de vue louable, mais il faut prendre garde à la suite de l’entretien. Mgr Eyt reprend le jugement de Bonaparte et de Chateaubriand, qui estimaient que l’exécution du roi « avait une portée première religieuse, et secondairement politique ». Ce « contexte religieux et ecclésial », précise l’archevêque de Bordeaux, aurait longtemps été occulté car le parti légitimiste (entendez royaliste) aurait « confisqué » le sacrifice d’un roi qui aurait été tué en raison de sa fidélité au Saint-Siège.

Nous prenons bonne note de cette déclaration, en souhaitant que l’Église se maintienne dans une attitude équilibrée quant à l’histoire de la nation. Il ne faudrait pas, notamment, que la reprise en compte de l’héritage monarchique s’effectue dans l’ignorance feinte du principe d’indépendance du roi de France à l’égard du Saint-Siège et dans l’oubli d’une diplomatie qui ne fut pas obligatoirement conforme – Dieu sait ! – aux intérêts de la papauté. Nous aurons sans doute à préciser ces points majeurs lorsqu’il commencera à être question de la commémoration du baptême de Clovis…

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Article publié dans le numéro 595 de « Royaliste » – 22 février 1993.