Même quand les candidats ne pensent pas en politiques, il est possible de trouver dans le fatras de leurs allocutions l’explication de leur comportement, le sens de leur démarche et la pesante réalité des intérêts qu’ils défendent.

Aïe ! D’abord on se dit aïe. Car la publication d’un « journal de campagne » avant la fin de la bataille pour la présidence semble relever de l’écrit de circonstance tel que l’intellocratie parisienne aime à en publier. Textes écrits dans l’urgence (noble sentiment qui masque la nécessité de payer ses factures) et sous la pression de l’événement (à l’invite de l’éditeur soumis aux « contraintes de marché »). Ecrits légers, anecdotiques et médisants, qui permettent au membre de la bonne société de connivence de se parer des plumes du paon et de prendre la pose du moraliste depuis la terrasse d’une villa du Lubéron – où d’une villa du Gard quand on appartient, comme Jacques Julliard, à la couche inférieure de la haute intelligentsia.

Ouf ! Très vite on se dit ouf ! Car le livre de Marc Joly est tout le contraire de ce type de production. Et les traits polémiques que je viens de décocher ne sont pas inspirés par la jalousie mais par le désir de souligner ce que notre ami démontre savamment : les éditorialistes et les essayistes influents (Alain Duhamel, Alain Minc) ne sont pas de pures consciences morales flottant dans le ciel étoilé des Idées mais les membres d’une classe sociale (la bourgeoisie-bohême) qui défend ses intérêts et son idéologie. Comme ces intérêts (les gains financiers et symboliques sur le marché éditorial, la connivence avec les sources corruptrices) correspondent exactement avec le discours idéologique dominant, on comprend que ces messieurs (précités) et ces dames (Christine Ockrent) défendent acharnement leurs privilèges et regardent d’un très mauvais œil ceux qui voudraient faire turbuler le système. Non pas Arlette Laguiller, ni José Bové, mais un certain Jean-Pierre Chevènement.

Alors on dit bravo à Marc Joly, qui a écrit un livre tel que nous les aimons : riche de solides analyses qui prolongent le premier ouvrage qu’il a publié (2) et qui donnent une réelle intelligence de l’actualité sans que l’engagement militant soit fictivement mis de côté. Membre du Mouvement des Citoyens, ce qui ne l’empêche pas d’être parfois sévère avec Jean-Pierre Chevènement, notre auteur raconte la préhistoire du Pôle républicain et explique pourquoi ce rassemblement de rebelles animé par le souci du Politique se heurte frontalement à une oligarchie européiste et ultra-régionaliste. Le discours de MM. Chirac et Jospin (entre autres) est remarquablement décrypté et le sens de notre combat républicain n’en parait que plus clair. Je n’en dit pas plus : lisez !

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(1) Marc Joly, Le retour du politique, journal de campagne, ed. François-Xavier de Guibert, 2002.

(2) Marc Joly, Le souverainisme, pour comprendre l’impasse européenne, même éditeur. Cf. ma critique dans Royaliste n° 785, pp. 6-7.

 

Article publié dans le numéro 793 de « Royaliste » – 29 avril 2002