Au lendemain du 29 mai, les premières réactions des oligarques européens indiquaient qu’ils n’acceptaient pas leur défaite (1).

Avec l’approbation de M. Barroso, le président luxembourgeois du Conseil européen avait alors le front de soutenir que les Français n’avaient pas rejeté le « traité constitutionnel » : ou bien ils avaientrefusé les « bonnes réponses » qu’ils n’avaient pas été capables de comprendre, ou bien ils avaient seulement voulu sanctionner leur gouvernement.

En conséquence, le Conseil européen de juin 2005 avait ouvert une « période de réflexion », permettant un « débat mobilisateur » pendant lequel la Commission aurait à jouer un « rôle particulier ».

Cette opération de propagande constitue la première phase du Plan B des oligarques français et européens. Elle a été marquée par les déclarations de M. Giscard d’Estaing, affirmant que la première partie « constituante » du traité avait été à peine contestée et qu’il faudrait prendre une « nouvelle initiative » après 2007. Un mensonge éhonté suivi d’une proposition hypocrite de relance du traité : c’était mal augurer de la période de « réflexion ».

De fait, il s’est vite confirmé que le débat annoncé portait exclusivement sur les procédés qui permettraient de berner les électeurs. La manipulation s’est précisée lorsque le chancelier autrichien a pris, le 1er janvier, la présidence du Conseil européen. En présence du président de la Commission européenne, Wolfgang Schüssel a déclaré le 9 janvier que« la Constitution n’est pas morte, simplement elle n’est pas en vigueur ».

En écho, divers oligarques ont lancé des propositions permettant d’effacer définitivement les référendums français et hollandais.

Bricoleur sans génie, Jacques Chirac propose qu’on applique des morceaux du traité sans se poser plus de questions sur la décision du peuple souverain.

Bien placé pour devenir le premier post-démocrate de France, Nicolas Sarkozy souhaite qu’un texte simplifié soit présenté pour approbation au Parlement français.

Inénarrable clown de l’oligarchie, Daniel Cohn-Bendit voudrait quant à lui« organiser un référendum européen à double majorité, celle des Etats et celle des citoyens » de manière à noyer les récalcitrants dans une marée consensuelle.

La deuxième phase du Plan B a débuté le 19 janvier à Strasbourg : la majorité des députés européens a approuvé un texte déclarant que « le maintien du texte actuel constituerait un résultat positif [au terme de la] période de réflexion » et souhaité que le « traité constitutionnel » entre en vigueur en 2009.

Les socialistes français se sont abstenus alors que les députés membres de l’UMP et de l’UDF ont voté pour le « traité ». Et, le 24 janvier, tous les députés de droite ont chaleureusement applaudi M. Barroso qui s’est déclaré « convaincu que le soutien de l’opinion publique en faveur de la modernisation des institutions, que prévoit le projet de traité constitutionnel, viendra en son temps, lorsque les conditions seront réunies, une fois la confiance restaurée ».

Ces déclarations, votes et acclamations constituent les preuves du viol délibéré de la Déclaration des droits de l’homme (article 3 : « le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation ») et des articles 2 et 3 de la Constitution de la 5ème République qui portent sur la souveraineté nationale et sur la souveraineté populaire.

La volonté exprimée par le peuple français le 29 mai n’est plus seulement ignorée ou méprisée : elle a été anéantie à Strasbourg avec la complicité muette des socialistes français sans que le président de la République et le Premier ministre réagissent.

Le viol de la Constitution est un crime. Ceux qui l’ont commis ou laissé se commettre devraient en répondre devant la justice. Ils s’en moquent car ils détiennent la toute-puissance et croient pouvoir agir en toute impunité. Telle est leur fragilité : leur orgueil les aveugle, leur mépris du peuple français et des règles fondamentales de la démocratie les fera un jour ou l’autre trébucher. A ce moment-là, pas de quartier !

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(1) Cf. l’éditorial de « Royaliste » n° 863, « Déni de démocratie ».

 

 

Editorial du numéro 875 de « Royaliste » – 2006