Au moment où le racisme fait violemment retour en Europe et aux États-Unis, il importe de redécouvrir sa généalogie.

Aux États-Unis, les auteurs d’un ouvrage retentissant prétendent fonder sur des comparaisons de « quotients intellectuels » une infériorité de nature entre les Noirs et les Blancs… En Yougoslavie, au Rwanda, le fantasme ethnique provoque des horreurs sans nom, et la France n’est pas à l’abri du racisme qui se cache derrière les discours contre l’immigration…

Ces théories et ces comportements sont réputés « barbares », « archaïques », « réactionnaires ». Hélas, le racisme est une idéologie moderne, qui s’est lovée dans la pensée scientifique du XVIIIe siècle et la philosophie des Lumières avant de produire la logique nazie de l’extermination. Pour s’en convaincre, il faut lire ou relire l’ouvrage décisif que Léon Poliakov a consacré au « Mythe aryen » et dont il vient de préfacer la réédition.

Tout au long de sa recherche savante, le grand historien de l’antisémitisme nous invite à revoir nos catégories et à réviser nos jugements. Non, le racisme n’est pas un comportement archaïque puisque la pensée judéo-chrétienne, qui sépare l’homme et la nature, qui établit l’égalité entre les hommes, qui proclame des valeurs universelles, est fondamentalement anti-raciste. Non, le mythe aryen n’est pas une mythologie pour demeurés, mais une doctrine fabriquée par de vrais scientifiques et répandue par d’éminents intellectuels. Non, l’universalisme des Lumières n’est pas une garantie suffisante pour la personne humaine puisque de beaux esprits du XVIIIe siècle mirent en doute l’unité du genre humain…

Mais, à rencontre d’un discours qu’on entend souvent ces temps-ci, il serait inexact de rapporter le racisme à la seule modernité, d’en attribuer la paternité au seul humanisme anticatholique : c’est tout de même dans la très catholique Espagne du XVIe siècle que s’invente le concept de « pureté du sang » et que s’institue la première politique de purification ethnique…

Qu’on ne croie pas à une distribution des mérites et des fautes. Le racisme est un péché sur l’origine, une sempiternelle tentation dont la technique ne saurait nous délivrer. Comme le souligne Léon Poliakov dans une préface inédite, la télévision diffuse la violence, ses images la provoquent et l’entretiennent aux États-Unis, dans l’ancienne Yougoslavie, sans oublier la France. Lire Poliakov, c’est déjà résister.

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(1) Léon Poliakov, Le Mythe aryen, Pocket, coll. Agora, 1994

Article publié dans le numéro 631 de « Royaliste » – 28 novembre 1994.