Un Premier ministre qui disserte sur le « patriotisme économique ». Une dame de la haute bourgeoisie socialiste qui évoque le « désir d’avenir ». Un ancien candidat à la Présidence, ayant fait campagne en 2002 sous le signe de la modernité, qui proclame tout à coup que nous avons besoin d’un « grand dessein »…

Ces fleurs de rhétorique, fabriquées à la chaîne par les conseillers en communication, ne sont pas tout à fait insignifiantes. A droite comme à gauche, les candidats potentiels devinent des angoisses, des attentes et des exigences qu’ils traduisent en slogans.

Avec le mélange de cynisme et de naïveté qui les caractérise, ils pensent que quelques formules bien frappées suffiront à passer les caps électoraux, au-delà desquels ils nous diront que la France vit au-dessus de ses moyens et que, faute de marges de manœuvres, il faut que le peuple français consente à de nouveaux sacrifices.

Comme ces messieurs et ces dames vont se mettre à l’écoute des Français tout au long de cette année préélectorale, nous allons faire semblant de croire qu’ils nous lisent pour les informer tranquillement de ceci :

Le dessein français, c’est la France elle-même. C’est l’aventure d’un peuple dans l’histoire qui se fait, non la contemplation nostalgique ou morbide du passé. Les plus avisés de nos penseurs (Régis Debray, Marcel Gauchet…) montrent que ni l’Etat ni la nation ne sont « dépassés » mais que notre collectivité et ses institutions continuent de porter promesse d’avenir commun. Le fait qu’on ne les voie guère à la télévision n’invalide pas leurs thèses mais confirme l’autodestruction des grands médias, qui ne médiatisent plus rien.

Dans sa grande majorité, le peuple français est constitué de citoyens qui, comme Max Gallo, sont fiers d’être français (1). La fierté, c’est un sentiment qui s’affirme en-deçà de l’orgueil et au-delà de l’humiliation. Georges Bernanos dit bien qu’il n’y a pas d’orgueil à être français et Max Gallo a raison de fustiger les misérables tactiques de repentance.

Nous ne ferons pas revivre les Français, protestants, catholiques, blancs, bleus et rouges, massacrés par d’autres Français. Mais nous tous avons à défendre, selon le meilleur de la tradition française, nos concitoyens aujourd’hui sacrifiés au nom de la concurrence et du profit, maltraités à cause de leur nom et de leur visage.

Ecoeurés par les discours compassionnels, nous savons que cette défense doit être assurée par l’Etat, selon les principes de la raison politique qui commande la justice sociale. Cette politique implique la nationalisation des secteurs stratégiques – à commencer par le crédit -, la protection tarifaire de l’Union européenne, la maîtrise de la politique monétaire commune, l’inflation salariale, le financement par déficit budgétaire de la croissance et du développement.

A l’encontre du nationalisme autoritaire et du communautarisme qui cherchent à imposer des stratégies d’enfermement rivales au risque de la guerre civile, la continuation du projet gaullien offrira aux Français une plus grande ouverture sur le monde.

Car si nous sommes fiers d’être français, c’est que d’innombrables étrangers se scandalisent que quelques-uns, parmi nous, en éprouvent de la honte.

Ceux qui écrivent ces temps-ci que notre patrie est partout brocardée sont aveugles et sourds, ou nous mentent. La France n’a cessée d’être aimée lorsque son peuple était livré à l’ennemi par un pouvoir de fait. Elle continue d’être regardée avec passion, sa langue est encore et toujours parlée avec bonheur dans maints pays que nos oligarques ignorent ou méprisent et les divers modes de coopération subsistant continuent de susciter des adhésions enthousiastes.

Parmi nos propres amis, ceux qui voyagent ou vivent hors de nos frontières savent que la meilleure manière de ne pas décevoir les amis étrangers est d’affirmer un amour discret de la patrie, qui implique fidélité au projet national et mise en valeur du rôle de l’Etat – toujours identifié au général de Gaulle.

Les témoignages d’admiration et de confiance qui nous sont adressés ne font qu’attiser notre impatience d’en finir avec une oligarchie qui voulait nous convaincre que sa propre agonie, qu’elle pressent, était celle de la France.

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(1) Max Gallo, Fier d’être français, Fayard, 2006.

 

Editorial du numéro 876 de « Royaliste » – 2006