La tragédie du communisme soviétique est consommée, le Parti communiste français va mourir, le marxisme est cantonné aux disputes érudites… Est-ce la fin d’une idée grande et terrible ? Ou une somme d’épreuves nécessaires au recommencement d’une grande aventure politique ?

Un historien des idées qui se pencherait sur l’attitude de la Nouvelle Action royaliste à l’égard du communisme trouverait sans difficultés trois axes d’analyse :

Une confrontation sans concession avec le marxisme, pensée totalement extérieure à nous-mêmes mais toujours prise au sérieux ;

Un affrontement exempt de toute complaisance lorsque le Parti communiste représentait encore une grande force politique, un soutien militant aux dissidents de l’Est, puis le refus de souscrire aux déclarations vengeresses des intellectuels repentis.

Un accueil amical pour toutes celles et tous ceux qui, restés marxistes et militants communistes, voulaient mener avec nous une réflexion dépassionnée sur l’avenir de leur pensée et de leur projet.

Pourquoi, de notre part, cette attention empreinte de sympathie ? La fidélité à la Résistance y entre pour une part. Elle nous a permis de regarder les communistes français comme des patriotes épris de justice sociale, et pas seulement comme les brutes staliniennes qu’ils furent parfois, aux pires moments de leur histoire.

Nous n’avons pas eu tort pour la période de la guerre froide : dans ses mémoires, Dominique Desanti a montré avec une exceptionnelle finesse comment les communistes de la grande époque thorézienne pouvaient être saisis par le Parti sans perdre leur intelligence.

Mais avons-nous eu raison d’écrire après la chute du Mur de Berlin que le communisme avait un avenir ? Assurément non, si l’on se borne à observer la lente agonie du Parti communiste. Mais le marxisme fait preuve, à l’abri des projecteurs, d’une impressionnante vitalité et voici qu’une nouvelle génération communiste commence à apparaître dans le champ politique. Directeur du mensuel Bastille-République-Nation, Pierre Lévy est très représentatif de cette tendance. Après avoir milité pendant vingt ans au Parti, il a rejoint le Pôle républicain de Jean-Pierre Chevènement et il s’efforce, dans un ouvrage tout à la fois réfléchi et engagé, de reprendre le projet communiste dans ce qu’il a de plus enrichissant pour la nation française : le patriotisme populaire, qui s’oppose spontanément à toute dilution de la France dans le fédéralisme européiste ; la quête de justice sociale qui implique la défaite de l’oligarchie ultralibérale.

Cette grande ambition s’exprime dans un livre que nous conseillons évidemment à nos amis communistes et dans lequel les royalistes se retrouveront sans peine – quant à la critique de la gouvernance mondiale, du marché fictivement régulé, de l’aliénation de la souveraineté nationale dans un européisme anti-démocratique. Bien entendu, certaines affirmations prêtent à controverses, sur l’appréciation de l’Allemagne tout particulièrement. Nous nous y préparons d’autant plus volontiers que Pierre Lévy est un polémiste rude et moqueur, qui exerce son talent dans une impitoyable critique du huisme déclinant. De ce « parti à vivre et à rêver » qui fait la promotion de la Gaypride et pour lequel la drogue n’est même plus … l’opium du peuple car « il n’y a pas de société sans drogue », de ce « lieu de vie » où l’on masque sous un charabia post-moderne l’abandon du combat contre l’euro et l’acceptation des privatisations décidées par les jospinistes, il n’y a plus rien à attendre. Mais un communisme qui ne s’approprierait pas la valeur commune de justice et qui prendrait la liberté pour principe et pour fin ultime contribuera utilement au salut de la res publica.

Encore faudrait-il que les communistes se prononcent sur le régime politique capable de médiatiser la justice et la liberté – ce que nous attendons avec l’intérêt qu’on imagine.

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(1) Pierre Lévy, Camarades citoyens ! pouvons-nous abandonner la France ? Le Temps des Cerises / F-X de Guibert, 2002. Postfaces de Rémy Auchedé et Yves Vargas.

 

Article publié dans le numéro 790 de « Royaliste » – 18 mars 2002