Lorsque nous avons reçu Laurent Bouvet aux Mercredis de la NAR pour la présentation de La Nouvelle question laïque, en 2019, nous ne pouvions imaginer que ce serait la dernière fois.

Pour nous comme pour tant d’autres, Laurent était l’un des plus beaux espoirs de la jeune génération des penseurs du Politique. Nous l’avions regardé ainsi, lorsqu’il était venu nous présenter Le sens du peuple en 2012, appréciant sa haute culture et son impitoyable lucidité. Un dialogue s’est engagé ce soir-là, qui s’est poursuivi pendant près de dix ans, jusqu’à la cruelle maladie qui l’a emporté le 18 décembre.

Nous avions des désaccords mais, sans nous le dire, nous avions jugé que les controverses sur les questions institutionnelles pouvaient attendre. L’urgence était de bien comprendre ce qu’il avait à nous dire, de contribuer autant que possible à son travail critique, de réfléchir à ce que nous avions en commun.

Le commun, tel était le souci prédominant de Laurent Bouvet, au-delà des vives polémiques qu’il menait sur les réseaux sociaux. Il voulait rétablir les principes de la res publica que la gauche avait commencé d’abandonner en mai 1968 et qu’elle avait ensuite sacrifiés avant d’abandonner le peuple lui-même au Front national. Mais sa famille politique, qu’il appelait au sursaut, était devenue une “gauche zombie” – selon le titre du livre qu’il publia en mars 2017.

Cet universitaire ne se contentait pas de penser la République. Ancien militant du Parti socialiste, Laurent avait fondé le Printemps républicain en mars 2016. Nous avions salué avec sympathie cette initiative, qui valut à son fondateur et à ses camarades un déluge d’insultes et d’accusations diffamatoires. Laurent Bouvet fut nommément pris à partie lors de la trop célèbre Marche contre l’islamophobie du 10 novembre 2019 et, dans l’émission Quotidien, Yann Barthès se servit même de l’extrait d’une vidéo de nos Mercredis pour le fustiger.

Les traits empoisonnés qui furent décochés à Laurent Bouvet – notamment par Pierre Rosanvallon, si mal inspiré depuis qu’il a rejoint le Collège de France – ne l’ont pas empêché de publier des livres majeurs, éclairés par la thèse qu’il avait consacré à “la nouvelle question identitaire américaine”. Son livre sur l’identité culturelle, en 2015, a marqué le débat public et mérite toujours une lecture approfondie, puisque nous ne sommes toujours pas sortis de la tenaille identitaire formée par l’extrême droite et l’extrême gauche.

Face aux communautarismes, Laurent avait publié La nouvelle question laïque qui fut l’occasion de notre dernière rencontre. Au rebours du libéralisme américain et du droit européen, notre ami défendait une politique de laïcité, à distance des accommodements avec l’islam et du “laïcisme identitaire”.

Nous attendions la suite. Elle sera écrite par ses amis et ses élèves, qui feront fructifier l’œuvre de Laurent Bouvet.

La rédaction de Royaliste

Article publié dans le numéro 1225 de « Royaliste » – 2 janvier 2022