Passons sur le volet pipole, puisque rien de sérieux en politique ne se fait plus sans y impliquer un acteur de cinéma. Passons aussi sur les subtiles spéculations électorales que les experts décortiquent avec délice : il faut bien que les élections aient lieu, et les accords entre socialistes et écologistes font partie du jeu. Passons même sur l’appât un peu usé des créations d’emplois hypothétiques et du bizness juteux, puisque le succès diplomatique ne se mesure plus qu’à l’aune des contrats signés. Mais une fois retirées toutes les paillettes de ces « coups médiatiques », qui sont souvent les seuls qui intéressent vraiment les analystes pontifiants de nos écrans et de nos journaux il faut se poser la seule question qui vaille : que doit-on penser de l’Appel de Manille.

La première bonne nouvelle, c’est que la méthode est bien celle qu’il fallait appliquer. L’idée de s’associer avec les Philippines pour demander à la communauté internationale de se mobiliser pour agir enfin face au changement climatique est excellente. Il était impératif de s’associer avec un pays en développement, un pays de surcroît parmi les plus affectés par les bouleversements du climat, pour que cette déclaration fût crédible. Voilà qui libère en effet la parole de la France et l’exonère des soupçons réciproques entre pays développés, accusés non sans raison de prétexter du climat pour poursuivre leurs politiques prédatrices, et pays émergents ou en développement qui font souvent preuve d’égoïsme sacré sur le thème : payez, ou laissez-nous d’abord achever notre développement. Grâce à cet Appel commun, les deux associés peuvent parler haut et clair.

L’autre bonne nouvelle, c’est la reconnaissance enfin officielle du sérieux des travaux du GIEC, (1) de la réalité et de l’ampleur du changement climatique, et de l’urgence absolue d’agir tant qu’il en est encore temps. Ce n’est pas rien. Par ailleurs, les discours de François Hollande, depuis que la France est en charge de la Conférence des Nations-Unies sur les changements climatiques (COP21), laissent espérer qu’il a pris toute la mesure des conséquences du réchauffement climatique, et qu’il est sincère quand il déclare urgent « d’agir pour que [nos] enfants, [nos] petits-enfants puissent tout simplement vivre sur cette planète. » (2)

Mais cela dit, quelle pauvreté dans cet appel ! Qui a bien pu produire un texte aussi plat ? Une liste de déclarations molles, un appel non contraignant aux bonnes volontés des pays, aucun engagement fort, ni promis ni demandé, dans les dix paragraphes de la déclaration (3) : l’objectif semble plus de préparer à l’avance l’opinion publique à un échec de la COP21 en décembre prochain, que de lancer une grande action internationale. Curieuse incohérence, entre des discours musclés et une action dans laquelle notre pays semble hésiter à s’engager vraiment. Cette timidité désolante laisse mal augurer du succès du sommet de Paris, ce qui serait d’autant plus triste que tout est en place pour lancer enfin le grand chantier dont le monde a besoin de toute urgence, et que c’est dans ces situations que la France, historiquement, donne toute sa mesure.

On nous rebat les oreilles depuis un mois de l’exemple, visiblement mal compris, de « l’esprit du 11 janvier ». Cette levée en masse des Français autour des principes qui les rassemblent, et qui n’a rien à voir avec une quelconque unité idéologique, montre sans équivoque que lorsque la cause en vaut la peine, ils sont, peut-être plus que les autres peuples, capables d’oublier leurs égoïsmes et leurs divergences pour faire corps et donner l’exemple de ce que l’on peut et doit faire. « Fraternité », dans notre devise, n’est pas toujours un vain mot. C’est la vocation historique de notre pays, que de lancer de telles initiatives et de se dépasser au nom de l’humanité toute entière. Mais pour cela, encore faut-il que l’effort soit compris et la décision sans équivoque. Alors, Monsieur Hollande, quittez votre costume de Gentil Organisateur, agissez en chef d’État, mettez-y vos tripes et prenez des risques : n’ayez pas peur, si vous leur prouvez que vous y croyez vraiment, les Français vous suivront.

François VILLEMONTEIX

(1) Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat.

(2) Le Monde, 26 février 2015.

(3) http://www.elysee.fr/declarations/article/appel-de-manille-a-l-action-pour-le-climat/

Editorial du numéro 1074 de « Royaliste » – 2015