L’affaire de la Mosquée de Paris concerne à la fois la souveraineté de notre pays et la représentation des musulmans de France.

A la fin des années quatre-vingt, l’Elysée et le ministre de l’Intérieur (Pierre Joxe) décidèrent de tirer deux conséquences d’un état de fait : la religion islamique étant la deuxième de notre pays, il importait qu’elle soit, comme les autres, animée par des religieux français et représentée par des musulmans français sans que pour autant les musulmans immigrés se sentent exclus. Par-là, le pouvoir politique souhaitait accélérer le processus d’intégration sur un point important, éviter les ingérences étrangères (algérienne en ce qui concerne la Mosquée de Paris, saoudienne quant au financement des nouvelles mosquées), et empêcher que l’expression religieuse musulmane soit confisquée par des minorités intégristes (une poignée de Pakistanais fit recette dans les médias lors de l’affaire Rushdie).

Après bien des difficultés tenant à la grande diversité des associations et des groupes musulmans de notre pays, Pierre Joxe parvint à créer en 1990 le CORIF (Conseil de réflexion sur l’Islam en France) dans l’espoir que cette organisation modeste parviendrait progressivement à acquérir une pleine légitimité et l’autorité nécessaire. C’est dans cette conjoncture qu’a éclaté l’affaire de la Mosquée de Paris. Créée en 1922 par le royaliste Lyautey et par le radical Herriot en hommage aux musulmans tués pendant la Grande guerre, cette mosquée est gérée selon des statuts de droit français qui avait été déposés à la préfecture d’Alger. Lors de l’indépendance le siège de l’association gestionnaire fut transféré à Paris, et le recteur Si Hamza Boubakeur, nommé par Guy Mollet en 1957, très favorable à l’Algérie française, resta en poste jusqu’en 1982. Très simple jusqu’à cette date, la situation se complique lorsque Si Hamza décide, en modifiant un article des statuts, de confier à l’Algérie la gestion de la Mosquée de Paris : l’Algérien Cheik Abbas devient donc recteur en 1982 et c’est le chirurgien algérois Tedjini Haddam qui lui succède en 1989. Les autorités françaises n’ont pas leur mot à dire sur ces nominations, décidées par Si Hamza, toujours présent à la tête de l’association gestionnaire, et par le gouvernement algérien.

La crise éclate lorsque le recteur Haddam entre au Haut Comité d’Etat algérien créé en janvier dernier. A juste titre, le CORIF souligne l’incompatibilité des fonctions religieuses exercées à Paris et des fonctions gouvernementales exercées à l’étranger, exclut M. Haddam de ses rangs et, constatant la vacance du rectorat, présente la candidature du français Yacoub Roty. Suit une période confuse, qui voit M. Haddam promettre sa démission du Haut Conseil d’Etat, puis décider de conserver ses doubles fonctions. Cette situation, qui est contraire à la souveraineté française, au principe de laïcité et aux objectifs de la politique d’intégration ne saurait être plus longtemps tolérée. La direction de la Mosquée de Paris doit être assurée par un musulman français, désigné par le conseil qui représente l’Islam en France. Le moment est venu d’une indispensable clarification.

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Article publié dans le numéro 575 de « Royaliste » – 9 mars 1992.