La symbolique politique n’a rien à voir avec le symbolisme plus ou moins ésotérisant. Pauvre ou riche, elle singe ou exprime la légitimité du pouvoir.

Il y a les obsédés de l’efficacité, et les bons apôtres du réalisme. Il y a, au café du Commerce, ceux qui estiment que les « politiciens sont tous pourris » et d’autres, dans les réunions publiques – y compris les grand-messes socialistes – qui se livrent en toute bonne conscience laïque et républicaine à des cultes idolâtres. Il y a les maniaques de la communication, les gestionnaires résignés, les calculateurs ordinaires …

A tous ceux-là, le nouveau livre de Lucien Sfez (1) doit être vivement conseillé. Il faut surtout le recommander à la classe dirigeante (y compris au Premier ministre qui, à l’évocation de la symbolique, s’exclame qu’il en veut « le moins possible ! ») en précisant qu’il s’agit d’un texte bref ( 24 pages), à la typographie lisible et très agréablement écrit. On peut donc le garder dans sa poche, afin de le consulter chaque fois que, dans un débat politique, on entend parler de statistiques, de rapports de forces, ou de la meilleure manière de « vendre » un homme ou une idée. Car la politique n’est rien de tout cela. Elle est essentiellement symbolique, c’est-à-dire, au sens étymologique, qu’elle vise à rassembler selon la mémoire et autour d’une légitimité.

Cette dimension symbolique se vérifie bien sûr dans les emblèmes qui nous sont familiers – fleur de lys, abeilles impériales, drapeau tricolore – et dans les signes du pouvoir qui empêchent que l’on confonde le ministre et le banquier, le président de la République et le PDG d’une société. Mais il faut aller plus loin. Les grandes doctrines politiques, qu’il s’agisse de Rousseau, de Marx le matérialiste ou de la nouvelle religion communicationnelle, ne sont pas compréhensible sans le travail symbolique qu’elles accomplissent à leur insu. Et l’avènement de nos grands hommes d’Etat, malgré la crise des valeurs, ne se conçoit pas sans cette capacité à puiser dans la mémoire collective et à créer des événements significatifs au mépris de tout réalisme, qui fait que le général ou l’homme politique ordinaires en viennent à incarner la légitimité nationale.

En peu de mots, Lucien Sfez nous donne une grande leçon de politique qui est aussi un acte militant. Défense de la mémoire face au brouillage de la communication, de la politique en tant que telle contre ses mille et une réductions. Il importe que cette réflexion lucide et fidèle soit prise au sérieux.

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(1) La Symbolique politique, Que Sais-Je n°2400, P.U.F. 1988.

 

Article publié dans le numéro 501 de « Royaliste » – 27 octobre 1988