Des élections législatives se dérouleront en Bulgarie au mois de juin. Elles pourraient permettre à ce pays par trop méconnu de résoudre sa crise politique endémique et d’entrer sur la voie du développement économique en un moment où cette très ancienne nation apparaît comme un facteur essentiel de la stabilité du sud-est européen.

On ne le répètera jamais assez : les principaux médias nous parlent de ce qui intéresse les gens de médias, sans souci de donner aux citoyens des informations complètes et suivies. Or la Bulgarie n’intéresse pas les médias. Pas de guerre civile, pas de conflit frontalier, une crise économique banale, des joutes politiques compliquées : c’est tout juste si on rappelle de temps à autre que le pays est candidat à l’entrée dans l’Union européenne, parmi d’autres « petits pays » qu’on fait attendre en les abreuvant de bonnes paroles.

En temps ordinaires, il n’y a donc aucune raison de se fatiguer. En cette période électorale, une brève présentation de la situation politique tarde à venir, dans le grand quotidien qui continue de faire abusivement référence. Elle tarde d’autant plus qu’un certain Siméon transforme profondément les données politiques, et qu’on trouve pénible, au Monde, d’avoir à commenter la démarche d’un roi chassé par les staliniens, d’un exilé acclamé lors de son retour par des centaines de milliers de manifestants (ce qui fait une belle proportion dans un pays de 8,5 millions d’habitants) et d’un démocrate exemplaire qui apparaît tout à coup comme l’homme des solutions possibles et paisibles aux problèmes du pays.

Lesquels ? Ceux d’une économie qui ne parvient pas à passer d’une structure collectiviste paralysante à une économie d’échanges libérés, et qui ne parvient pas à trouver son cap en politique économique alors qu’il lui faut reconstruire un partie de l’appareil productif et réorienter ses échanges extérieurs, naguère tournés principalement vers le monde soviétique. Ceci dans une zone géopolitique des plus troublées. D’où, depuis la chute du régime communiste, les périodes de fortes hausses des prix freinées par de durs plans de stabilisation, le chômage endémique (700 000 personnes sans emploi), la lenteur des réformes structurelles, l’exode des talents, la corruption, la misère qui frappe cruellement la plupart des retraités (ils sont environ deux millions) ruinés par l’inflation. « L’hiver, beaucoup de mes compatriotes doivent choisir : manger ou se chauffer » disait le roi Siméon lors d’une conférence prononcée le 10 mai à l’Institut français des Relations internationales.

A ces difficultés majeures, s’ajoute une conjoncture politique décevante. Certes, la démocratie parlementaire a été restaurée mais l’alternance entre les socialistes et une droite actuellement au pouvoir n’a pas produit les effets positifs que les candidats des deux camps laissaient espérer, et l’opinion publique s’est lassée : la démocratie apparaît à beaucoup comme un « jeu de dupes », selon les termes employés par le roi Siméon, l’abstention électorale est forte et un fossé profond s’est creusé entre la classe politique et le peuple bulgare.

Pourtant, les Bulgares ont réussi à maintenir un équilibre minimal, qui contraste fortement avec les catastrophes en chaînes qui frappent l’ancienne fédération yougoslave. Cet équilibre est dû à Jéliou Jélev, qui fut un remarquable président de la République, et à son successeur, Petar Stoïanov, qui paraît non moins avisé. Dirigé par un homme sage, le Mouvement des Droits et des Libertés qui recueille les suffrages des musulmans, mais aussi de juifs, d’arméniens et de tsiganes, n’est pas entré dans une logique identitaire et ne se situe pas dans une logique d’affirmation « ethnique » qui pourrait susciter de vives réactions.

C’est dans ce contexte que se situe la démarche politique du roi Siméon. Après maintes péripéties dont les lecteurs de Royaliste ont été informés, le Mouvement national Siméon II a été enregistré le 11 mai et devrait pouvoir participer normalement aux élections. Or ce parti recueille un nombre impressionnant d’intentions de vote et a reçu l’adhésion ou le soutien explicite de très nombreuses personnalités politiques de droite et de gauche. D’où l’hostilité virulente de la classe politique bulgare (à l’exception du Mouvement des Droits et des Libertés) qui agresse quotidiennement le roi Siméon et qui tient à son égard des propos parfaitement diffamatoire. On l’accuse même d’être lié aux anciens services secrets staliniens !

Ces réactions frénétiques sont à la mesure de l’angoisse éprouvée par des politiciens qui ne sont pas parvenu à redresser le pays. Le roi Siméon, quant à lui, propose au peuple un programme simple, audacieux, et qui semble susciter un vif intérêt chez les électeurs et chez les très nombreux abstentionnistes : lutte contre la corruption, par l’exemplarité des représentants du peuple et par des hausses de salaires, programme de développement portant sur les grandes infrastructures (autoroutes, deuxième pont sur le Danube) sur le potentiel scientifique et technique et sur les atouts de l’agriculture. C’est à la fois très concret et fort crédible en raison de la popularité du roi Siméon qui, sans poser la question des institutions, s’affirme comme homme d’Etat, pleinement dévoué à la nation bulgare et à l’ensemble de ses habitants.

***

Pour en savoir plus :

Jéliou Jélev, Bulgarie, terre d’Europe, Editions Frison-Roche, 1998.

 

Article publié dans « Royaliste » – 2001