Scandale à Toulouse ? D’abord et avant tout scandale à Paris : sans tirer aucune leçon de leurs erreurs et de leurs fautes passées, les grands médias diffusent et amplifient les rumeurs qui salissent, au risque de détruire des carrières et des vies.

Il y eut une « affaire Bérégovoy ». Il y eut une « affaire Gaudin-Léotard ». Il y eut une « affaire Dumas ». Accusé de malversations financières par certains journalistes, l’honnête Pierre Bérogovoy s’est suicidé et les crocodiles ont beaucoup pleuré. Accusés par un « investigateur » à la noix de complicité d’assassinat, Jean-Pierre Gaudin et François Léotard ont été rapidement lavés de tout soupçon. Après une chasse à l’homme d’une violence inouïe, Roland Dumas a été reconnu innocent par la justice, mais l’ancien président du Conseil constitutionnel raconte dans un livre récent (1) comment le harcèlement judiciaire et l’acharnement du Monde le conduisirent au bord du suicide.

Qu’importe les erreurs et les fautes passées ! A peine apparue sur le marché, voici une nouvelle rumeur bien sale transformée en « affaire ».

C’est ainsi qu’on a brièvement lu sur un site Internet d’informations générale qu’il y a avait une « affaire Baudis ». Faux ! Il y a à Toulouse une « affaire Alègre » qui concerne un maquereau local et qui porte sur divers crimes. Et il y a une mise au point de Dominique Baudis qui est venu sur le plateau de TF1 « pour affronter la calomnie, la prendre à la gorge » et pour dénoncer une « machination ».

Aux Mercredis de la NAR, voici quelques années, Me Soulez-Larivière nous disait que la victime d’une campagne de calomnies devait courber le dos pendant la tempête médiatique et attendre le retour au calme pour répliquer. Le président du CSA a préféré prendre les devants. Ce choix audacieux n’a pas eu les effets escomptés. Plusieurs journaux et les deux principales chaînes de télévision ont choisi de faire de l’audience. Il faut les comprendre, ces « grands professionnels » : depuis le temps qu’il attendaient une « affaire Dutroux ». Elle est peut-être là, à portée de la main. Comment pourrait-on s’embarrasser des déclarations du président du CSA ?

Pas de fumet – de scandale – sans feu… Sur la foi de cet adage remanié, le torrent de boue peut se déverser. Un examen minutieux de la saloperie ambiante dépasserait largement le cadre de ces colonnes. On se contentera d’un bref inventaire de l’ordure.

La « révélation » qui n’a rien à voir: « VSD a révélé l’écoute téléphonique judiciaire du 7 novembre 1996 de Wafaa, call-girl d’un réseau parisien démantelé, qui parle de (…) comme d’un client «sûr» de Toulouse qui «monte une fois par semaine ou tous les quinze jours», lit-on dans Libération qui, ayant lu VSD, donne de l’ampleur à un viol du secret de l’instruction à propos d’une écoute vieille de sept ans.

L’enquête en trompe-l’œil qui est alimentée comme d’habitude par des fragments de procès-verbaux. Un bout de photocopie, une photo salace qu’on peut repiquer n’importe où, cela suffit pour illustrer un article bidonné. Dans VSD (encore !), on lit les confidences d’une certaine « Maîtresse V. » : des gens connus organiseraient des soirées sado-masochistes. Bouleversante nouveauté agrémentée par des informations de premier plan : dans la Ville rose, « les boîtes échangistes n’ont pas connu de baisse de fréquentation » et il règne dans un bar libertin «une atmosphère presque bon enfant ».

L’hypocrisie totale : celle de Daniel Schneidermann (Le Monde), qui n’ignore rien de la présomption d’innocence d’une personne qui n’a même pas été entendue par un magistrat mais qui disserte sur « l’inattendue transpiration » de Dominique Baudis à la télévision ; celle d’Alain Rémond dans Marianne qui commente lui aussi la sueur qui inonde le front du président du CSA tout en avouant sa « honte » de céder au « poison du soupçon ». Comme si un journaliste de télévision devait commenter avec la même froideur un congrès du parti radical et une rumeur susceptible de le détruire…

La désinformation totale opérée par TF1 et France 2 reprenant les accusations d’un travesti toulousain dont on appris par la suite qu’il était mythomane.

Chaque année, en France, l’honneur de dizaines de personnes est ainsi jeté aux chiens.

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(1) Roland Dumas, L’Epreuve, les preuves, Michel Lafon, 2003.

 

Article publié dans le numéro 818 de « Royaliste » – 9 juin 2003