Une crise et son enjeu

La Russie dans la crise économique et financière actuelle

 Jacques SAPIR

 Juin 2009

 

La Russie est en crise. Elle a été touchée par un double choc, auquel est venu s’ajouter les effets de la politique économique du gouvernement. Cette crise peut s’avérer de nature à remettre en cause un modèle de croissance trop exclusivement tourné sur les exportations et la dépendance vis-à-vis des marchés financiers internationaux.

 

La Russie a été tout d’abord victime de la crise de liquidités internationales. Cette crise a eu un effet particulièrement important sur l’économie russe en raison du faible niveau de son marché intérieur d’un point de vue financier. Cependant, si les banques de la catégorie supérieure ont été touchées, cela fut aussi du fait d’une politique qui a donné une priorité supérieure à la lutte contre l’inflation. Les déformations du système bancaire ont été renforcées par la politique du ministère des Finances, et en particulier à partir de 2006.

La Russie a aussi été touchée par la chute des exportations dans les secteurs hors pétrole et gaz. Pour les entreprises du secteur de la métallurgie, de la chimie et de la métallurgie non-f, les exportations représentaient un volume extrêmement important de l’activité. La chute de ce marché, suite au développement de la crise en Europe occidentale et en particulier dans le secteur de la construction, a eu des conséquences importantes sur ces trois secteurs.

Enfin, la Russie a été touchée par la chute des revenus pétroliers. Cette chute a été

spectaculaire du fait des prix du baril qui étaient montés à 147 Dollars dans un accès de pure spéculation. Cependant, dans ce domaine, il convient de ne pas trop donner d’importance aux chiffres qui fluctuent de manière extrêmement rapide. Le prix du pétrole est aujourd’hui remonté à plus de 60 US Dollar le baril. On est donc loin d’être dans la situation de 1998, et la situation des finances publiques n’a pas été mise en cause. L’écart avec les valeurs de l’automne 2007, soit 75 USD, apparaît somme toute faible. Cette crise aurait pu, et dû, être amoindri par la politique du gouvernement. Si ce dernier a très correctement fait son travail au niveau de l’endettement des grandes entreprises, il n’a pas su ou pas voulu changer le cours de la politique monétaire à temps. En montant les taux d’intérêt et en réduisant brutalement la masse monétaire, le ministère des Finances a accentué la crise. Certes, dans le même temps, des mesures correctrices ont été prises. Mais leur efficacité tarde à se manifester.

Cependant, on constate désormais les effets positifs de cette crise sur le taux de change. Elle a ainsi provoqué une baisse du taux de change, que ce soit par rapport au Dollar ou à l’Euro. En effaçant une partie de la surévaluation que l’on avait connue en 2007 et pendant le premier semestre 2008, elle va reconstituer les marges de compétitivité de l’industrie russe. Ceci, combinée à une politique relativement active sur la marché intérieur devrait ainsi permettre une sortie de crise d’ici la fin de 2009.

 

I.La crise en Russie : un choc inattendu ?

 

La crise économique mondiale a fini par toucher la Russie en septembre 2008. En dépit d’avertissements longuement répétés, le gouvernement n’a pas voulu consentir aux mesures qui auraient pu en limiter l’impact durant le premier semestre de 2008. Ce dernier a été très important et a touché non seulement les secteurs exportateurs mais encore l’ensemble de l’économie.

L’économie russe a ainsi connu un fort mouvement spéculatif durant le début de l’année 2008 qui a masqué l’accumulation de déséquilibres. Ces derniers ont été brutalement révélés par la crise de liquidité qui s’est propagée sur les marchés financiers internationaux.

 

Tableau 1

Source : Banque Centrale de Russie

 

Le choc a été particulièrement brutal, mais pas au point de surprendre les observateurs attentifs de la situation. Son ampleur a pu surprendre, mais il faut noter ainsi que la production industrielle Japonaise a reculé de près de 14% et que l’Allemagne elle-même a connu un choc de la crise de l’ordre de -7%[1].

Dans cette crise, on constate que la production industrielle est particulièrement affectée, de même que les importations. Ceci se traduit par le maintien d’un relativement fort excédent courant. L’investissement a aussi connu une forte baisse, phénomène que l’on constate par ailleurs dans la totalité des pays développés. Il convient cependant de noter que la baisse de – 15% de l’investissement survient après une très forte hausse, d’environ 20% pour les 6 premiers mois de 2008. On est ainsi ramené aux niveaux de 2007. La relative résistance de l’investissement s’explique probablement par la part élevée de l’État dans ce dernier. On pouvait ainsi estimer à près de 40% les investissements financés directement ou indirectement par la puissance publique. Ils ont alors joué le rôle d’une stabilisateur automatique alors que l’investissement privé quant à lui semble s’être plus fortement contracté.

 

Le revenu des ménages, qui a connu une très forte contraction dans les tout derniers mois de l’année 2008, a connu un début de rétablissement depuis le début de l’année 2009. Ceci semble être le résultat de l’accroissement des aides de l’État, en particulier de l’assurance chômage.

Mais, les ménages semblent avoir profité de ce rétablissement pour réduire leurs dépenses de consommation. On peut penser que, surpris par la crise, ils reconstituent une épargne de précaution. Ainsi, la consommation intérieure s’est contractée de manière sensible à partir du 1er trimestre 2009. Les indices des dépenses de biens et de services ainsi que ceux concernant le commerce de détail en témoignent.

 

Graphique 2

Evolution de la consommation des ménages

Source : Banque Centrale de Russie.

 

Cependant, la crise semble avoir été spécifiquement importante en Russie, pays où pourtant les marchés de produits dérivés étaient, si ce n’est inexistant, en tous les cas peu développés et ou l’endettement des ménages était restés embryonnaire. Dans ces conditions, c’est dans le modèle de développement adopté par la Russie qu’il faut aller chercher les raison des causes de cette crise.

 

La crise est donc venu frapper très brutalement la Russie. Le taux de chômage, qui avait connu son point le plus bas en mai 2008 avec 5,4%, a connu une forte hausse à partir de septembre 2008. Il a atteint au mois d’avril 2009 10,2%. Cette hausse spectaculaire a cependant été nettement plus sensible dans le secteur des services et de la finance. Dans l’industrie, le recours au chômage partiel a atténué en partie le phénomène. Cependant, le développement de la sous-traitance sur les grands sites industriels a entraîné de fortes différences dans les situations des ouvriers. Les sociétés de sous-traitance ont ainsi massivement licencié leurs ouvriers. Il y a bien une multiplication de statuts aujourd’hui sur les principaux sites industriels de Russie qui est un facteur d’inégalité face à la crise.

Par ailleurs, on a vu réapparaître les impayés salariaux. Ce phénomène a connu une publicité certaine avec l’intervention du Premier Ministre Vladimir Poutine le 7 juin 2009. Les menaces sur les sociétés recourant à ces impayés semblent avoir porté leurs fruits.

 

Graphique 3

Nombre de travailleurs touchés par des arriérés de salaires

Source : Service Fédéral des statistiques.

 

Le nombre de travailleurs impliqués dans ce genre de situation semble s’être stabilisé autour de 500 000, dont un peu plus de la moitié dans l’industrie.

 

Il y a eu trois raisons principales à ce choc, et la baisse du prix des hydrocarbures n’a pas été la principale. Ainsi, c’est la contraction des liquidités internationales et la baisse brutale des exportations qui ont certainement été les moteurs de cette crise. Il faut cependant en ajouter immédiatement une quatrième cause. C’est bien la politique monétaire du gouvernement qui a rendu cette crise particulièrement sévère en Russie. Dans une certaine mesure on doit y voir

une raison d’espérer. Alors que la politique du gouvernement est en train de changer depuis la fin du mois de mars 2009, on peut espérer qu’une politique plus adaptée sera bientôt mise en place.

 

II.La crise de liquidité.

 

Les entreprises et les banques russes avaient par trop accru leur exposition sur l’étranger. Ceci résultait d’une part du niveau élevé des taux d’intérêts en roubles et d’autre part du mouvement d’appréciation du rouble. Il en a résulté des chocs particulièrement importants avec la crise de liquidité internationale qui s’est développée à partir du milieu du mois de septembre 2008 et de la faillite de Lehman Brothers. Ces chocs, que l’on peut suivre à partir du début du mois de juillet 2008 (avec la crise de Fannie Mae et Freddie Mac), ont été ensuite presque ininterrompus de début octobre 2008 à fin janvier 2009.

Graphique 4

Chocs de liquidité en Russie de juin 2008 à janvier 2009

Source : Banque Centrale de Russie et CEMI-EHESS.

 

Il faut cependant signaler que ce graphique est – en partie – trompeur. En fait, les chocs de liquidité vont, en dollars, se faire moins violents en fin de période. C’est ce que ne montrent pas les données en Roubles, du fait de la baisse importante du taux de change à partir de novembre 2008 (Cf. : Graphique 4).

 

Les grandes entreprises et les grandes banques russes s’étaient ainsi endettées de manière très imprudente sur le marché international.

Graphique 5

Intradays en Roubles et en US Dollars

Source : Banque Centrale de Russie et CEMI-EHESS

Table 1

Dette de la Russie aux agents non-résidents

Données en milliards de dollars. Source : Bulletin of Banking Statistics.

 

 

Ce comportement s’explique pour partie par la politique du crédit qui a été mené en Russie jusque-là. La priorité donnée à la lutte contre l’inflation a certainement contribué à resserrer le crédit intérieur et en tous les cas n’a pas permis à un marché interbancaire digne de ce nom d’exister. Dans une situation où le rouble ne cessait de monter, il pouvait sembler plus intéressant de s’endetter à l’étranger. Mais, cette politique a aussi été le produit de l’imperfection des droits de propriété en Russie. Dans bien des cas, il a semblé raisonnable aux opérateurs de s’endetter à l’extérieur plutôt que de s’endetter en rouble, dans des conditions ou la sécurité des droits de propriété pouvait paraître ne pas être assurée.

 

Graphique 6

Comparaison des taux de change nominaux et réels du Dollar face au Rouble

 

La courbe du taux de change réel est obtenue par le calcul de la différence des taux d’inflation entre la Russie et les Etats-Unis.

La courbe du taux de change réel corrigée des gains de productivité est obtenue en appliquant au taux de change réel la différence entre les gains de productivité aux Etats-Unis (données du Bureau of Labor and Statistics) et en Russie (données de ROSTAT).

Source : Banque centrale de Russie et CEMI-EHESS

 

L’existence d’un surplus important des réserves de change a donné à ce calcul les apparences de la durée et de la stabilité. Il est ainsi devenu clair que le gouvernement devait jouer le rôle de préteur en dernier ressort une fois que la crise éclaterait. Il faut alors y ajouter les effets procycliques d’un taux de change libéralisé[2].

 

Le taux de change a connu une tendance à la réévaluation depuis fin 2004. Celle-ci ne fut au départ qu’une réévaluation en termes réels. Mais, à partir de 2006 et de la levée des dernières restrictions sur le compte de capital, on est arrivé à une situation ou le taux s’est mis à progresser de manière nominale. Ceci correspond parfaitement à ce que l’on connaît du comportement procycliques des capitaux[3]. Non seulement ces mouvements tendent à amplifier, dans un sens ou dans un autre les effets de la conjoncture sur les pays émergents, mais ils peuvent contribuer à leur déstabilisation. Ainsi, la forte réévaluation que l’on a connue en 2007 a certainement contribué à faire sauter les dernières barrières en matière d’endettement.

 

Table 2

Position d’investissement de la Russie

Données en milliards de dollars. Source : Bulletin of Banking Statistics.

 

On le voit fort bien en regardant la situation des grandes banques russes. Cette situation a largement contribué à la croissance des marchés financiers en Russie jusqu’au mois de juin 2008. Si l’investissement des entreprises russes à l’étranger a, ainsi, été favorisé, il ne s’est réellement mis à décoller que dans l’année 2007. La dette de la Russie, au sens de la dette privée, n’a réellement explosé qu’à partir de cette année-là.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Table 3

Position d’investissement du secteur bancaire

Données en milliards de dollars. Sources : Bulletin of Banking Statistics

 

Dans ces conditions, il était inévitable que la crise de liquidité déclenchée sur le marché nternational par la faillite de Lehman Brothers ait eu des conséquences particulièrement sérieuses sur l’économie russe. La chute des marchés financiers, mais aussi du rouble, a été particulièrement importante, l’une entraînant l’autre. L’économie russe a été victime de causes de son succès dans la période précédente. On peut considérer que celle-ci, du fait du comportement de ses banques mais aussi de ses grandes entreprises, s’est mise en situation de vulnérabilité.

Cependant, on peut s’interroger sur ses effets réels, quant on sait que l’investissement en Russie n’était que faiblement financé par le crédit bancaire.

 

Tableau 4

Sources du financement des investissements

Source : Banque Centrale de Russie

La contraction du crédit aux entreprises a en réalité peu touché le secteur de l’investissement. On constate que, même si elle se réduit, la part de l’autofinancement dans l’investissement reste élevée. Les crédits interentreprises continuent par ailleurs de jouer un rôle, certes réduit, mais qui est très important dans certains secteurs. Mais, les entreprises russes étaient bien plus dépendantes des crédits bancaires en ce qui concerne leurs fonds de roulement.

C’est bien l’interruption pratiquement totale, effectué en quelques jours voire en quelques heures, de cette forme de financement qui a posé le plus gros problème. Si les autorités ont directement lié l’octroi d’aides aux banques à la reprise immédiate de ces crédits, il y a eu un choc important sur les entreprises.

 

Il faut enfin considérer ce qu’a été la politique du crédit à la consommation des banques russes. On a noté une forte expansion de cette forme de crédit dans la dernière période, et en particulier de 2005 au début de la crise. Si l’on reste très en deçà des taux d’endettement des ménages dans les pays occidentaux, on a vu le crédit à la consommation se développer très rapidement depuis 2005. Il a pour l’essentiel pris la forme d’un crédit à la consommation classique, structuré autour de biens « lourds » (comme l’automobile) et d’un crédit hypothécaire qui a favorisé l’achat de logements.

 

Graphique 6

Evolutions des taux d’intérêts depuis 2006

Source : Service Fedéral des Statistiques

 

À partir de 2008, et en réalité dès avant la crise de liquidité sur le marché international, les banques ont commencé à fortement réduire leurs crédits à la population. Ce phénomène à prise une tournure dramatique, bien entendu, à partir du mois d’octobre 2008.

 

III.La chute des exportations et le marché des produits pétroliers.

 

L’autre facteur de cette crise ont donc été la contraction des exportations dans les secteurs industriels de l’acier, des métaux non-ferreux et des produits chimiques, ainsi que dans celui des produits pétroliers. Dans ce secteur, la stagnation de la demande s’est traduite par une chute brutale des taux, avec un écart de 110 dollars le baril entre les deux pics (de 147 US Dollars à 37 US Dollars). Cependant on est depuis remonté sensiblement au-dessus de 50 Dollars, et l’on peut penser qu’à l’été 2009 on se sera stabilisé au-dessus de la barre des 60 Dollars[4].

 

Dans le secteur de la métallurgie ferreuse, on doit faire une distinction entre Magnitogorsk et les deux autres producteurs, Severstal et Novolipetsk. Magnitogorsk semble moins souffrir du risque d’exposition au risque d’exportation car il sert principalement des producteurs russes. Par contre, pour Severstal et Novolipetsk, la part des exportations dans le total de la production dépasse les 60%. Cependant, Novolipetsk a démontré une résistance supérieure à son rival en raison de ses coûts particulièrement bas qui proviennent d’une intégration très satisfaisante dans la production du minerais de fer et du charbon.

Dans les deux cas, on a assisté à une chute d’environ 40% à 50% de la production, qui traduit bien la sensibilité de ces entreprises aux marchés d’exportation. Cependant, depuis le début de l’année, une nouvelle tendance est apparue avec un début de reprise de la production. On peut dire la même chose de l’industrie des métaux non-ferreux, qui connaît elle aussi, après une chute vertigineuse en décembre et janvier 2009, l’amorce d’un rétablissement.

 

Le même constat ne peut encore être tiré dans l’industrie chimique, en particulier dans les secteurs de la cellulose et celui des engrais. Ses marchés à l’exportation étaient situés dans les secteurs les plus touchés de l’industrie européenne, soit la construction. Ici, les chutes sont particulièrement importantes.

Dans ces secteurs, le choix a été fait de compter avant tout sur les exportations, et ce en dépit de besoins existants sur le marché intérieur. Le résultat a été un développement essentiellement tiré par les exportations, mais qui s’est avéré d’autant plus fragile au retournement de la conjoncture internationale que nombre de ces marchés étaient liés à celui de la construction dans les pays occidentaux. Le choix de l’exportation, s’il a été certainement une des conditions de la survie de l’industrie russe dans les années 1990-2000, a aussi été le choix de la facilité par la suite. Les difficultés que ces secteurs ont connues se sont reflétées dans l’industrie manufacturière, qui a été fortement touchée elle aussi.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Graphique 7

Arriérés de paiements salariaux, 2008 et 2009 en 2009

Source : Service Fédéral de Statistiques

 

On peut le constater à travers le phénomène des arriérés de paiements salariaux, qui ont finalement plus touchés les branches manufacturières que celles de l’industrie extractive. Il est certain que le ralentissement de la consommation des ménages a aussi été un facteur aggravant à cet égard. Cependant, ce dernier semble s’être plus manifesté par le report de

décisions d’achat de logements, entraînant un ralentissement de ce secteur. Il semble cependant avoir été relativement limité. On peut penser que par ailleurs il sera de courte durée, dans la mesure ou un plan de soutient à l’activité de ce secteur est entré en action à la fin du second semestre.

 

Graphique 8

Constructions de logements neufs

Source : Service Fédéral des Statistiques

 

Il convient, enfin, de na pas s’exagérer l’importance des problèmes issus des impayés salariaux. On a vu que ces derniers étaient limités quant au nombre de salariés qu’ils touchent. Ils le sont aussi en montant, sauf pour ce qui est des travailleurs des transports. On est donc loin de la situation des années 1995 à 1998 quant ce problème des impayés était devenu une caractéristique structurelle de l’économie Russe.

 

Dans le secteur gazier et pétrolier, le choc de prix a été moins important que prévu. Les producteurs avaient anticipé le retournement. Cependant, ils en ont sous-estimé l’ampleur. Ainsi, le choc du retournement des prix a été plus important qu’anticipé, mais moins catastrophique que prévu. Avec la remontée du prix à partir du mois de février, les principaux producteurs et distributeurs de produits pétroliers ont vu leur situation s’améliorer.

La baisse par l’État des taxes sur les exportations a aussi contribué à ce rétablissement. L’industrie pétrolière semble désormais avoir passé le pire de la crise. Pour ce qui est de l’industrie gazière, et l’on parle ici d’un seul producteur soit le géant Gazprom, il n’a pas encore été touché par l’effet de contraction des prix. Cependant, l’importance de la dette à court terme de Gazprom risque de poser un problème dans une situation où les capacités des entreprises à faire « rouler » leur dette sera limitée par la crise de liquidité. Il est donc possible que l’État soit contraint de procéder à une recapitalisation du géant gazier si les prix devaient par trop baisser.

 

 

Graphique 9

Arriérés sur 2009, par travailleurs

 

Source : Service Fédéral des Statistiques

 

Globalement, l’industrie russe n’a pas été touchée là ou on l’attendait. Le secteur du gaz et du pétrole se tire relativement bien d’affaires. Mais les autres exportateurs, en particulier dans le secteur de la métallurgie et de la chimie, ont beaucoup souffert. Ceci est susceptible de remettre en question le modèle de développement de ces industries, qui avaient fait confiance aux exportations pour porter leur croissance. Un développement plus important du marché intérieur aurait ici certainement amorti le choc.

 

Ceci pose de nouveau la question de la politique économique du gouvernement. La

vulnérabilité de l’économie russe à la crise de liquidité peut s’expliquer dans une large mesure par la politique anti-inflationniste des autorités. Il a semblé aux industriels qu’il serait moins coûteux de se financer en empruntant à l’étranger, compte tenu de la réévaluation du rouble, que sur le marché russe. Par ailleurs, le développement du marché intérieur russe, en particulier dans le domaine des infrastructures, a été largement contraint durant les années 2003-2007 ici encore au nom d’une politique anti-inflationniste. Ces deux conséquences d’une même politique ont accru la sensibilité de l’économie russe à la conjoncture mondiale et elles ont ainsi largement ouvert la voie à la propagation de la crise actuelle. On peut penser que si le marché intérieur russe avait reçu la priorité dans l’action du gouvernement dès les années 2003/2004 et non à partir de 2007 dans le cadre de la politique de diversification, l’impact de la crise aurait probablement été moins fort. De même, si la politique de l’État avait permis le développement d’un véritable marché intérieur des fonds prêtables, on n’aurait pas connu le même niveau de dépendance vis-à-vis des marchés financiers internationaux.

IV. Les effets de la politique économique du gouvernement russe face à la crise.

 

Confronté à la crise à partir du début du mois d’octobre 2008, le gouvernement russe a tout d’abord paré au plus pressé. Face aux difficultés rencontrées par les grandes entreprises à faire rouler leur dette dans une situation où la liquidité des banques était pratiquement nulle, il s’est substitué au marché défaillant. Les entreprises ont ainsi bénéficié de prêts étatiques importants, mais qui ont été très ciblés dans les domaines considérés comme stratégiques. Cette politique avait l’avantage de « déboucler » une partie de la propriété oligarchique. On a ainsi assisté à un retournement savoureux de situation. Alors qu’à la veille de la crise précédente, en 1996 et 1997, les oligarques avaient prêté de l’argent à un état en faillite contre les meilleurs de ses entreprises, on a assisté à un processus inverse dans le cours de l’automne et au début de l’hiver 2008. Ce sont ainsi des montants relativement importants qui ont été prêtés par l’État aux oligarques et, comme ces derniers sont dans l’impossibilité de le rembourser, il redeviendra directement ou par personne interposé, le propriétaire d’une série d’entreprises. Cependant, la politique de l’État ne s’est pas contentée de cette opération. Il faut constater qu’il a aussi agi à rebours des autres grandes autorités publiques[5]. La décision de monter les taux d’intérêts correspond à l’évidence à une volonté de stabiliser le rouble mais aussi à la volonté d’éviter une relance de l’inflation.

 

Tableau 5

Taux de refinancement de la Banque Centrale par périodes.

Source : Bulletin of Banking Statistics, Banque Centrale de Russie, Février 2009, Moscou mars 2009 ; Site de la BCR.

 

Cependant, cette politique n’a eu que des résultats très mitigés. On a assisté à une stabilisation du rouble, mais qui correspond plus à une tendance à la baisse du dollar. Par contre, il y a un effet dépressif très net sur l’activité intérieure et la consommation. Certes, des mécanismes de bonifications sur les crédits supportés par les ménages et les entreprises, ont été rapidement mis en place. Mais, là encore, on peut s’interroger sur leur efficacité, du moins dans l’immédiat.

En agissant ainsi à contre-courant des grandes Banques Centrales, la BCR a pris un double risque. Elle prend tout d’abord le risque de fragiliser sa propre économie, et d’enlever au plan de relance bien de son efficacité. Mais, elle prend aussi le risque d’accréditer la thèse d’une « fragilité » spécifique de la Russie que rien ne vient étayer. En ce sens, elle peut contribuer à des mouvements de capitaux très spéculatifs.

Depuis ces dernières semaines, on peut constater un reflux de ces taux. La Banque Centrale de Russie semble avoir compris qu’elle risquait, au moyen de sa politique, de perdre un instrument de la politique monétaire en obligeant les agents à « sortir » du cadre de son refinancement. Il est aussi vrai que l’amélioration de la situation sur les réserves de la banque Centrale rend moins nécessaire une politique par trop punitive.

 

Par ailleurs, l’engagement des autorités publiques et de la Banque Centrale auprès des banques a été considérable. Cet engagement devra être maintenu avec la montée de l’illiquidité au sein de ces dernières.

Dans de nombreux cas, les entreprises russes finançaient comme on l’a dit leurs fonds de roulement par le crédit. La violence de la crise actuelle va faire rentrer ces crédits dans la catégorie des « non-performing loans ». Ceci n’implique pas nécessairement qu’il s’agisse de cas d’insolvabilité. On peut penser que les banques avaient tendance à refuser à leurs clients des prêts sur plus d’un an, voire sur plus de trois mois. La consolidation de ces emprunts est certainement nécessaire. Mais, elle impliquera une recapitalisation des banques Russes.

 

Tableau 6

Injections de liquidités de la BCR et de l’État dans les banques

Milliards de Roubles

Source : Banque Centrales de Russie

 

Dans ces conditions, on doit se demander quel est l’objectif recherché par les autorités monétaires.

S’il s’agit de réduire la pression à la baisse du rouble, on peut se demander pourquoi on ne réintroduit pas des mesures de réglementation de la législation des changes. Une telle réglementation est, ou va être, réintroduite, à brefs délais en Ukraine et au Kazakhstan.

On peut donc penser que si des mesures de régulation de flux de capitaux doivent être prises en Russie, elles n’apparaîtront pas comme en mesure d’isoler radicalement le pays des mouvements internationaux, tout en lui assurant un meilleur contrôle sur le marché des changes.

 

Il faut signaler que, de ce point de vue, le gouvernement entend utiliser pour 2,7 trillions de roubles (soit environ 81 milliards de dollars) dont 60% doivent être dépensés avant le mois de juillet 2009. Cette somme n’inclut pas, par ailleurs, ce que le gouvernement et la Banque centrale ont déjà engagé depuis le troisièmes trimestre au profit des banques.

 

Ces sommes, qui sont certes inférieures à celles qui sont dépensées dans les principaux pays développés, n’en sont pas moins extrêmement importantes. Elles sont très largement supérieures aux sommes consacrées au plan de relance. En fait, et compte tenu de l’assèchement du marché interbancaire, ces montants représentent la quasi-totalité de l’approvisionnement en liquidité bancaire, mais aussi une source de refinancement particulièrement bon marché.

La somme de 2,7 trillions de roubles que l’État entend par ailleurs engager dans le soutien à l’économie réelle, et qui équivaut à 81 milliards de dollars ou 5,5% du PIB de 2008, est largement supérieure à ce que la BCR entend retirer de la circulation. On peut donc se demander quelle est la politique réelle de la Russie.

 

La politique publique apparaît comme marquée par une ambivalence entre le plan de relance relativement ambitieux du gouvernement, qui est substantiel, et l’attitude des autorités monétaires et du ministère des finances. Le renchérissement du loyer de l’argent exerce un effet dépressif sur la conjoncture en Russie. Certes, cette ambivalence est limitée par la pratique ou du moins par l’intention de pratiquer des bonifications de taux d’intérêts. Mais, dans la mesure où ces dernières sont longues à mettre en place, on est en droit de se demander quel est le but de cette politique.

 

V. La politique des autorités et les perspectives à moyen terme.

 

Dans la situation actuelle, il convient alors de replacer la situation de la Russie dans le cadre plus vaste des objectifs de son gouvernement et de considérer les perspectives à moyen terme. Il est en effet indiscutable que la Russie doit aujourd’hui faire des choix entre la croissance à court terme et des objectifs de nature politique pour ce qui concerne son environnement proche, et en particulier son objectif de faire du Rouble une monnaie de réserve régionale. Mais, ces derniers ne sont pas nécessairement ceux auxquels on peut s’attendre et la question du modèle de croissance adopté par la Russie est aujourd’hui à nouveau posé.

 

Une partie des mesures relativement contradictoires qui ont été prises ces derniers mois peut, semble-t-il, s’expliquer par l’effet des circonstances.

Le gouvernement de la Russie a vu dans la crise actuelle une occasion inespérée d’affirmer le statut de son pays au niveau régional. En effet, la situation Russe, pour dégradée qu’elle puisse paraître, apparaît comme très nettement supérieure à celle de ses voisins immédiats.

 

Cette relative supériorité de la Russie sur ses voisins immédiats a bien été remarquée par les opérateurs des matchés financiers[6]. La situation actuelle devrait permettre à la Russie de regagner sur la scène internationale le crédit auquel elle estime avoir droit.

 

C’est dans ce contexte que la Russie a présenté, ces dernières semaines, ses positions sur une réforme du système monétaire international dans le cadre du G-20. Une idée-force est la fin du rôle du Dollar comme monnaie de réserve. Il est clair que ce dernier voit actuellement sa position affaiblie par l’immensité du déficit budgétaire américain.

Les Droits de Tirages Spéciaux, ou DTS, deviendraient ainsi à terme la « super monnaie » de réserve. La position de la Russie n’est pas sans rappeler celle de la France au début des années 1960. Déjà, à l’époque, le gouvernement français avait cherché à contrôler l’usage discrétionnaire qui était fait par le gouvernement américain du Dollar. La proposition d’utiliser les DTS comme une « super monnaie » de réserve internationale avait alors été faite. Elle était restée lettre morte.

 

Ces propositions ont rencontré l’intérêt des autorités chinoises[7]. Elles aussi veulent une monnaie de réserve internationale qui ne soit pas liée à un Etat et un rôle plus important pour le Yuan. Elles considèrent que la prééminence du Dollar, pour eux qui en détiennent près de 2000 milliards, est susceptible d’engendrer des fluctuations incontrôlées, et incontrôlables, des taux de change à brève échéance. Cependant, compte tenu de la structure des droits de vote aujourd’hui dans le cadre du FMI, on peut s’interroger sur la capacité d’une telle proposition à déboucher sur de réels changements.

 

Les thèmes de la réforme ont ainsi une importance toute particulière, et ils doivent être compris comme des objectifs de relativement long terme, en particulier pour ce qui est de la position de la Chine. Néanmoins, ils ont aussi une importance non négligeable dans le cadre du court terme et pourraient se traduire par un accord sur des monnaies de réserves régionales.

Les tentatives de substituer d’autres instruments au dollar américain sont d’ailleurs à l’ordre du jour. Le Brésil et la Russie se sont joints à la Chine pour une déclaration selon laquelle ils allaient progressivement substituer aux bons du Trésor américains des bons multi-devises émis par le FMI[8]. Il s’agit d’une somme relativement modeste, probablement l’équivalent de 70 milliards de dollars. Cependant, elle va constituer une relative première pour ce qui concerne ces 3 pays.

Cette initiative est cohérente avec le souhait, qui a été exprimé par la Chine et la Russie, de voir les Droits de Tirages Spéciaux émis par le FMI se développer pour devenir une monnaie de réserve internationale. Telle avait été l’idée émise par le gouverneur de la Banque Centrale chinoise, Zhu Xiaochuan[9]. Cependant, cette option est aujourd’hui limitée par la structure des droits de vote au sein du FMI. Ainsi le Brésil, qui est pourtant la 10ème économie du monde, ne dispose que de 1,38% des votes, alors que la Belgique – qui fait à peine le tiers de l’économie Brésilienne – en détient 2,09%. On voit bien que faute d’une réforme générale du FMI, qui conférerait à ces pays la place qui naturellement leur revient, il est illusoire de penser que les DTS sont en mesure de jouer le rôle d’une monnaie internationale.

 

On constate donc une ambivalence dans le comportement de la Russie et de la Chine. D’un côté on constate une certaine volonté de rassurer les marchés, qui a été sensible dans l’intervention faite récemment par le Ministre des Finances, M. Alexis Kudrin[10]. De l’autre, on constate aussi des mesures qui ne peuvent que limiter les achats de dollars. Ainsi, la Chine, qui est devenu le 1er partenaire du commercial du Brésil, a obtenu que son commerce soit libellé en Yuan. La Russie a fait de même avec la Turquie et l’Iran pour le Rouble, et s’apprête à convertir en Roubles son commerce avec la Chine.

La déclaration faite le 16 juin 2009 au sommet des BRIC va dans ce sens, mais elle inclut aussi une autre dimension. Pour la première fois il est fait mention du projet de développer dans le cadre de l’Union Douanière Eurasienne une monnaie commune qui pourrait être appelée à se substituer au Dollar dans les échanges[11]. L’union Douanière Eurasienne, qui comprend notamment la Russie, le Kazakhstan et le Belarus, avait déjà demandé à négocier collectivement son entrée dans l’Organisation Mondiale du Commerce, ce qui est un fait sans précédent[12]. Cette demande est d’ailleurs de nature à interrompre les négociations entre la Russie et l’OMC, pour leur substituer un nouveau cadre[13].

 

On peut constater que la relative stabilisation du taux de change, combinée avec celle des marchés financiers, a eu des conséquences favorables sur l’économie russe. Dans cet esprit, on peut penser que les mesures prises par les autorités monétaires ont été justifiées. Cependant, comme on l’a déjà souligné, ces résultats – du moins pour ce qui est de la stabilisation du rouble – auraient pu être obtenus de manière différente.

On doit donc considérer la politique du gouvernement comme au service d’un objectif de puissance et de rayonnement. Cette politique n’est pas nécessairement injustifié dans la période actuelle, mais on peut penser que des résultats similaires, ou du moins convergents, étaient à la portée du gouvernement russe en employant une politique différente. En effet, quel que soit l’effet de la politique monétaire sur les matchés financiers, on peut douter de son efficacité à long terme si l’incertitude sur les taux de croissance et sur l’activité intérieure se maintient, voire se renforce.

 

La politique russe semble donc prise en tenaille entre un objectif de politique extérieur et un objectif de politique intérieur. Telle est la raison des incohérences que l’on peut trouver dans les mesures qui ont été prises ces derniers mois. On peut se demander si les autorités russes n’ont pas voulu aller trop vite vers la constitution d’une zone rouble. Cet objectif, qui est une des priorités du gouvernement, serait cependant mieux servi par une politique de relance et de croissance en Russie que par une politique visant à stabiliser le rouble.

 

VI. Quel modèle de croissance ?

 

Il faut donc ici revenir sur les perspectives de croissance qui perdurent en Russie en dépit de la violence apparente de la crise.

 

Comme on l’a déjà indiqué, le pouvoir politique peut compter sur une stabilisation du rouble et des matchés financiers et va mettre en place un plan de relance de l’ordre de 9% du PIB, et cela en ne tenant pas compte des sommes déjà déboursées pour le soutien aux banques ou le désendettement des grandes entreprises russes.

Dans ces conditions, et même si les résultats sont encore décevants en ce début de 2009, on peut s’attendre à ce que la situation s’améliore progressivement. On doit en effet prendre en compte l’impact de ce plan sur la consommation intérieure, que cette dernière soit collective ou qu’elle soit privée. De la même manière, il faut s’attendre à une stabilisation du rouble pour les mois qui viennent, en raison de l’évolution de la dette. Le fait que, contrairement à 1998, une bonne partie (environ 2/3) de l’endettement des agents russes soit un endettement à long terme joue aussi en faveur du gouvernement.

 

Un premier signe de cette amélioration a été en effet la baisse de la dette russe dans le 4ème trimestre de 2008 ainsi qu’au 1er trimestre 2009.

Cette évolution concerne tant la dette en devises que la dette en roubles. Elle a eu une dimension spectaculaire qui a surpris les observateurs car le mouvement a été de près de 90 milliards de dollars (1/6ème du total) dans la durée d’un semestre. Cette baisse de la dette a été l’un des résultats de la politique gouvernementale.

Tableau 7

Évolutions de la dette russe. (Chiffres bruts, en milliards de dollars)

Source : Banque Centrale de Russie

 

Elle a correspondu au processus de désendettement que ce dernier a mené au profit des entreprises et des banques de Russie. Il est très probable que ce processus va continuer dans le premier trimestre de 2009, et qu’il aura un effet stabilisateur sur le rouble. On constate par ailleurs que l’hémorragie des réserves de la Banque Centrale de Russie a cessé. Ces dernières se sont stabilisées à un niveau qui semble raisonnable.

Ceci correspond à une tendance à l’appréciation du rouble, qui cotait le 11 Mai 2009 32,5 roubles pour 1 Dollar US et à une stabilisation des réserves de change. Cette tendance, qui se manifeste aussi dans d’autres pays, a été appelée le « rebond des marchés émergents ».

Si elle se confirmait, elle viendrait interrompre, voire inverser, le processus d’ajustement du taux de change nominal au taux de change réel corrigé de la productivité. Les mécanismes qui ont conduit à la surévaluation du rouble restent en place, et en particulier en ce qui concerne l’absence de mesures de contrôle des changes. On ne peut ici que répéter les mises en garde

que l’on a déjà exprimées.

 

Un second signe de stabilisation doit être cherché dans la politique du gouvernement. Le Premier ministre tout comme le Président ont donné une large publicité au plan de relance que les pouvoirs publics ont consenti. Il contient des sommes importantes qui seront engagées dans le domaine des infrastructures.

Il convient de savoir qu’une partie importante de cette somme doit ainsi être dépensé d’ici le mois de juillet 2009. Même si on peut avoir des doutes sur la rapidité avec laquelle les autorités mettront en place ce plan, doutes qui se renforcent par le retard mis dans l’application des mesures concernant la construction automobile régionale, il n’y a guère de problèmes que les mesures contenues dans ce plan seront mises en oeuvre d’ici à fin de 2009. Dès lors, on peut arriver à deux scenarii[14] :

 

– Si la mise en oeuvre de ces mesures peut se faire rapidement, et en particulier avec l’engagement des dépenses prévues au budget d’ici juillet de cette année, on peut tabler sur une reprise relativement rapide de l’activité. Dans ce cas, et sous réserve d’un prix du pétrole qui ne soit pas inférieur en moyenne à 42 USD, on peut

s’attendre à un taux de croissance de 2,5%.

– Si la mise en oeuvre des mesures annoncées devait s’étaler sur toute l’année 2009,

ce qui correspond une perspective nettement plus probable, la croissance pourrait

n’être que de 1%.

 

Ces perspectives peuvent sembler indûment optimistes au vu des résultats de la Russie sur les derniers mois. Cependant, comme on l’a indiqué, un fort coefficient d’incertitude entoure les données fournies par le Ministère de l’Économie.

 

Enfin, en ce qui concerne les entreprises exportatrices, si ces dernières ont vu leurs ventes hors de Russie s’effondrer en novembre et décembre 2008, la chute de production s’est très nettement stabilisée par la suite. La part des exportations est revenu à 80% de son niveau moyen dans la période précédente. Si la part s’est stabilisée, c’est en partie grâce au niveau atteint par le taux de change. On constate que les exportations vers la Chine et les pays de l’Asie a recommencé à augmenter grâce, il faut bien le dire, à la dévaluation du rouble. Celleci semble devoir être un facteur déterminant de la reprise en Russie, ce qui confirme – à contrario – les dégâts causés par la surévaluation de la période de début 2006 à juin 2008. Dans le secteur des biens de consommation, on enregistre en effet des gains de production,

dont certains sont assez élevés, par rapport à 2008.

 

La production devrait donc se redresser nettement au plus tard en 2010 et ce faisant la Russie devrait apparaître comme sensiblement plus attractive.

On peut penser que dans le domaine industriel comme dans celui des ressources naturelles, il ne devrait pas y avoir de problèmes ; dans ce dernier secteur l’estimation des prix du pétrole pour l’année 2009 à 42 Dollars US semble basse. Il est bien plus probable que l’on sera vers 55 ou 60 Dollars le baril, voire au-dessus.

Néanmoins beaucoup de choses vont dépendre de la consommation intérieure. Le rythme de cette dernière, même si l’on ne doit pas s’attendre à une forte baisse, sera très nettement dépendant de la politique de l’État. La crise devrait aussi permettre à la Russie de faire évoluer son modèle de croissance et en particulier de se recentrer sur le marché intérieur et de mettre en place un vaste programme concernant l’efficacité énergétique.

 

Tableau 8 :

Degré d’ouverture de l’économie russe calculé par le coefficient de Balassa.

 

Données en milliards de Dollars. Sources : Données de la Banque Centrale de Russie et CEMIE-CHESS.

 

En ce qui concerne le modèle de croissance, le tournant vers les exportations a été excessif. Si l’on conçoit que ces mêmes exportations ont permis aux secteurs de la métallurgie, des minerais et des métaux non-ferreux, de la chimie des engrais et de la cellulose de survivre lors des années 1990, elles sont devenues désormais largement excessives.

En effet, le degré d’ouverture de la Russie au commerce international, calculé par l’indicateur de Balassa est tout à fait excessif. Les taux obtenus correspondent à un pays globalement extraverti et du type de la « petite économie ouverte ». Certes, ce taux a tendu à baisser depuis 2000. Ceci correspond d’une part au développement de l’économie Russe dans cette période, mais aussi, depuis 2006, à l’appréciation en terme nominal du Rouble. Cependant, la Russie a une taille qui devrait lui permettre d’avoir un coefficient nettement plus faible, et ce même en comptant sur l’effet des prix des hydrocarbures.

Dès lors, on peut penser qu’un retour au moins partiel de la Russie sur son marché intérieur s’impose.

 

C’est d’ailleurs les dépenses en investissement que l’on devrait voir se manifester les effets du plan de relance. Cependant, pour pouvoir être mis en oeuvre, un tel plan nécessite à la fois une protection aux frontières et un développement du crédit. Si la première condition est à peu de choses prés réalisée par la dévaluation du rouble, la seconde reste comme on l’a vue problématique.

On peut certes imaginer une combinaison de taux relativement élevés et de bonifications pour ce qui est du crédit intérieur. Il faudrait cependant pouvoir trouver les instruments de mises en oeuvre de ces bonifications dans des conditions qui ne reproduisent pas les effets d’un crédit si ce n’est administré du moins dans une large mesure sous le contrôle direct de l’État. Or, pour l’instant, l’expérience montre que l’administration économique en Russie est relativement inapte à de telles pratiques. Il a ainsi fallu prés de 3 mois pour que la liste des constructeurs nationaux que l’on voulait soutenir par une politique de taux d’intérêts largement subventionnés. On peut et l’on doit assurément rechercher les conditions d’une plus grande efficacité de l’administration économique, mais ceci n’incite pas à répéter l’expérience.

 

De la même manière, l’expérience du soutien aux banques russes, qu’elles soient privées ou publiques, n’a pas été pour l’instant un franc succès. On a vu, dans le tableau 6, de ce texte, l’ampleur des aides de la Banque Centrale et de l’État. Cependant ces mêmes banques ont

néanmoins brutalement réduit l’engagement de leurs crédits même si ce phénomène a été un peu moins sensible pour les banques publiques que pour les banques privées. Une telle situation a provoqué une forte réaction des autorités publiques, et en particulier du président Medvedev, qui a mis explicitement en cause les directions des établissements bancaires.

Cependant, on voit mal quelles sont les mesures que le gouvernement pourrait prendre pour faire évoluer la situation, si ce n’est de contrôler directement les banques

Tableau 9

Évolutions des crédits bancaires suivant l’origine (en Mlrd de Roubles)

Source : Banque Centrale de Russie

 

Qu’une mesure aussi extrême soit envisagée semble pouvoir se déduire de plusieurs

déclarations de dirigeants politiques. Cependant, ceci reviendrait à mettre ces banques sous la tutelle du Ministère des Finances, dont on a pu noter les hésitations dans la mise en œuvre d’une véritable politique publique de l’investissement.

 

On doit cependant noter une inflexion récente de la politique de la Banque centrale[15]. Depuis l’automne de l’année dernière, celle-ci s’est ralliée à la pratique de la « cible d’inflation » ou « inflation targetting », telle qu’elle est pratiquée par les Banques centrales des grands pays développés. En théorie, en choisissant un taux d’inflation-cible, la BCR admet implicitement que ses efforts pour faire baisser à tout prix l’inflation n’ont pas été couronnés de succès.

En effet, la politique de contrôle de la masse monétaire s’est avérée un échec[16]. Par ailleurs, le lien entre l’augmentation de cette dernière et le taux d’inflation apparaît comme des plus ténus, s’il existe[17]. Quant à l’augmentation du taux de change nominal, si cette politique a eu un impact réel – mais modéré – sur l’inflation, son impact sur le niveau de développement de l’économie a été beaucoup plus négatif.

Le tournant vers une politique dite « d’inflation targetting » est donc un changement dans la culture de la Banque centrale. Ce faisant, la BCR s’alignerait sur la politique de la FED. Dans cette politique, la Banque centrale se fixe un objectif d’inflation qu’elle cherche à atteindre uniquement par la manipulation du taux d’intérêt, et abandonne l’objectif de taux de change nominal qu’elle suivait auparavant. Cependant, la cible d’inflation prend une extrême importance dans un tel scénario.

Si la cible visé ne correspond pas à ce que l’on peut considérer comme le taux optimal, compte tenu des caractéristiques structurelles de l’économie, on risque soit d’avoir une politique trop accommodante, soit une politique de lutte contre l’inflation qui à nouveau sera excessive. Or, les objectifs fixés pour 2011 et 2012 apparaissent à cet égard irréaliste. La conséquence en serait une très forte augmentation des taux d’intérêts, avec les conséquences que l’on peut anticiper sur l’économie de la Russie. Par contre, si un objectif de l’ordre de 13% d’inflation était retenu pour 2009 et 2010, ceci aurait bien pour résultats de conduire à une détente des taux d’intérêts.

 

Un tel résultat serait incontestablement un progrès par rapport à la politique qui fut celle de la BCR jusque-là. Cependant, on peut se demander si une politique du taux d’intérêt ciblé (Interest Rate Targetting) ne serait pas supérieure et nettement mieux adaptée à la situation actuelle[18]. Il permettrait d’ajuster directement le taux d’intérêt à la demande d’investissement et de liquidité. Une telle politique serait certainement supérieure à la politique d’un taux d’intérêt dual qui est, semble-t-il, en train de se mettre en place en Russie. Elle se manifeste par la différence entre les taux de la BCR et les taux après bonifications accordées par l’État. Néanmoins, le risque de spéculation sur le taux de change réapparaîtrait avec une telle politique. Le risque évident est bien que les banques profitent du taux d’intérêt, que pratiquerait alors la BCR, pour spéculer sur les marchés des changes.

Une solution que l’on peut envisager serait ici de reprendre la question du taux de change et de sa réglementation. Il existe, en effet, des mesures qui permettent d’éviter que les banques ne mettent à profit une politique de taux relativement faibles pour spéculer contre le rouble. Ces mesures doivent cependant laisser la possibilité aux emprunteurs institutionnels des pays qui composeront à terme la zone rouble d’emprunter dans cette devise.

 

La constitution d’un large marché intérieur du crédit va déterminer la capacité de la Russie à devenir autonome dans ce domaine. Il y a aujourd’hui deux voies possibles pour la Russie.

La première consiste dans le développement d’un double système à partir du degré de priorité des activités à financer et correspond à une rationalisation de ce qui est fait actuellement. Quand ces dernières seront considérées comme de haute utilité au développement économique de la nation, le financement se fera par des taux bonifiés qui seront distribués par des banques publiques ou parapubliques. Quand ces dernières seront considérées comme moins prioritaires, elles seront financées à des taux relativement élevés par des banques privées. Un tel système entérinerait la coupure en deux secteurs du système bancaire et il mettrait le secteur des activités prioritaires dans une situation de dépendance vis-à-vis de l’état. Dans la mesure ou ce dernier disposera des liquidités suffisantes, il pourrait s’avérer une solution fonctionnelle. Cependant, il impliquera aussi une profonde réforme de l’administration

économique, marquée par des progrès considérables en qualité et en efficacité. Une seconde solution consiste dans l’unification du système de financement autour d’une politique monétaire accommodante et avec la transformation des très nombreuses banques régionales en des organismes capables de distribuer du crédit dans de bonnes conditions.

Cependant, une telle solution implique la construction d’un cadre réglementaire important pour limiter les effets délétères des innovations financières. Si un tel système exigerait moins de l’administration, et de ce fait pourrait être mis plus rapidement en oeuvre, il n’est pas sûr qu’il soit compatible avec une monnaie de réserve internationale. Un tel système, et l’exemple des pays d’Europe occidentale dans les années 1950 le confirme, n’est réellement applicable que relativement protégé de la spéculation internationale.

 

La volonté des autorités russes de constituer le rouble comme une monnaie de réserve au moins à l’échelle régionale va donc à l’encontre de cette seconde solution. On peut donc penser qu’une solution proche du premier système sera développée, ce qui fera peser sur l’économie le poids d’une administration qui est toujours largement dysfonctionnelle.

 

VII. Conclusion.

 

La crise a correspondu à un test de la croissance russe. Aujourd’hui, il est clair que le modèle suivi depuis les années 1990 d’une économie essentiellement exportatrice de matières premières, et très dépendantes des marchés financiers internationaux, ne saurait être perpétué sans soumettre l’économie Russe à des chocs conjoncturels relativement importants. Le groupe des principaux dirigeants de l’économie a aussi fait montre de son inaptitude à s’adapter. Les oligarques ont, dans une large mesure, fait la preuve à travers cette crise de leur incapacité à développer des modèles de gestion robustes et stables.

Les stratégies qui ont été adoptées depuis ces dernières années portent une responsabilité importante dans la crise, qu’il s’agisse de stratégies privées ou publiques. De ce point de vue, on ne saurait échapper à l’impression que ce sont bien des politiques publiques inadaptées, et en particulier la politique de lutte contre l’inflation, qui a induit du moins en partie, les stratégies privées dont on a analysé les effets quant à l’accroissement de la vulnérabilité de l’économie russe.

Si les difficultés actuelles n’appellent pas des remises en ordre du même niveau, et de la même ampleur, que lors du défaut de 1998 elles sont un signe indubitable qu’un changement important doit survenir dans la croissance.

 

Ce changement implique nécessairement une plus grande place accordée à l’État. L’une des conclusions que l’on peut tirer de cette crise est certainement l’inefficience des marchés, et surtout leur inefficacité relative dans une période marquée par des graves incertitudes. Il implique aussi un recentrage de la croissance sur le marché intérieur, qu’il s’agisse ici de financer la croissance ou de la porter par la demande. Ce tournant est aujourd’hui partiellement engagé et il se poursuivra certainement dans les mois à venir. Il faudra ainsi attendre les effets du plan de relance adopté dans l’industrie russe début février pour voir les chiffres de production remonter. La politique du gouvernement a consisté à attribuer des bonifications de taux qui, dans certaines conditions, font plus que compenser leur hausse par la Banque Centrale. Cependant, les délais qui sont pour l’instant de rigueur pour pouvoir bénéficier de ces bonifications font que leurs effets ne se sont pas encore fait sentir.

 

Il n’en reste pas moins que l’économie Russe à travers cette crise a aussi montré sa capacité à mieux traverser les difficultés actuelles que ses voisins immédiats. La pression, en interne mais aussi à l’extérieur, pour qu’elle prenne plus de responsabilités va donc s’accroître dans les mois à venir. Or, une telle prise de responsabilités peut s’avérer aujourd’hui incompatible avec une sortie relativement rapide de la crise, et ce au moment même où une telle sortie va peser lourd dans l’interprétation qui sera donnée du rôle de la Russie au niveau régional. Le véritable problème de l’économie Russe sera donc de trouver les voies lui permettant de s’affirmer comme un môle de stabilité, au niveau international mais aussi régional, mais sans compromettre les efforts faits pour faire évoluer son modèle de croissance vers une solution qui serait plus conforme à ses véritables besoins.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


[1]J. Clenfield, « Japan Economy Shrank 14.2% Last Quarter on Exports (Update2» , Bloomberg, 11 juin 2009, URL : http://www.bloomberg.com/apps/news?pid=20601068&sid=arcluzVNj_QM

 

[2] On avait pourtant largement expliqué le danger. J. Sapir, « Vozmozhnosti i Riski ‘Gavani Stabil’nosti’ » [Possibilités et risques d’un « havre de stabilité »] in Rossija v Global’noj Politike, n°2/2008, mars-avril. Consultable aussi sur le site,

http://www.globalaffairs.ru/numbers31/9482.html

 

[3]G. Kaminsky, C.M. Reinhart et C.A. Vègh, « When It Rains, It Pours : Procyclical Capital Flows and

Macroeconomic Policies », papier présenté à la 19ème Conférence sur la Macroéconomie, 13 août

2004.

 

[4] Depuis la fin du mois de mai, on est à un cours dépassant les 60 Dollars.

 

[5]J. Randow, « ECB Approaches Zero Rates by Stealth With New Weapon (Update1) », Bloomberg,

12 mars 2009, URL : http://www.bloomberg.com/apps/news?pid=20601109&sid=aLY.DItPRkCo&refer=home#.

R. Miller et S. Kennedy, « Central Banks Sacrifice Independence as Crisis Trumps Rate Cuts »,

Bloomberg, 9 février 2009, URL :

http://www.bloomberg.com/apps/news?pid=20601109&sid=a1J9feRdRMU4&refer=home

 

[6]E. O’Brien et L. Cochrane, « Russia Tops Stock Gains, Strengthening Putin as Ukraine Tumbles »,

Bloomberg, 2 mars 2009.

 

[7]RIA-Novosti, «China would consider measure toward a new international currency », Beijing, 23 mars, http://en.rian.ru/world/20090323/120689432.html. RIA-Novosti, « China supports Russia », 24 mars 2009, Beijing, http://en.rian.ru/business/20090324/120703288.html. L. Yamping, « China ‘Super Currency’ Call Shows Dollar Concern (Update1) » in Bloomberg, 24 Mars 2009, http://www.bloomberg.com/apps/news?pid=20601087&sid=aiS1BUOMzWdw&refer=home.

 

[8]J. Goodman et M. Forsythe, « El-Erian Says Summit Shows `Rebalancing’ as BRICS Buy IMF

Bonds », Bloomberg, 12 juin 2009, URL :

http://www.bloomberg.com/apps/news?pid=20601087&sid=atucH58_sh8s

[9]Li Yanping, « China ‘Super Currency’ Call Shows Dollar Concern (Update1) », Bloomberg, 24 mars

2009, URL : http://www.bloomberg.com/apps/news?pid=20601087&sid=aiS1BUOMzWdw&refer=home

 

[10] J. Fraher et J. Richter, « Russia’s Kudrin Signals No Alternative to Dollar », Bloomberg, 15 juin

2009, URL : http://www.bloomberg.com/apps/news?pid=20601087&sid=awOCMo25zbYY

 

[11] VESTI, compte-rendu en direct du sommet des BRIC, le 16 juin 2009. Déclaration d’Arkadi

Dvorkovitch, conseiller du Président de la fédération de Russie pour les questions économiques. Voir

aussi, RIA- Novosti, « Shanghai group backs Russian proposal on common currency », 16 juin 2009,

URL : http://en.rian.ru/business/20090616/155268544.html

 

[12]RIA-Novosti, (en anglais) « Russia, Belarus, Kazakhstan seek to join WTO as customs bloc », 11

juin 2009, 12h30.

 

[13] Déclaration du vice-Premier Ministre, Igor Shuvalov, le 9 juin 2009.

 

[14] Ces données correspondent à l’intervention du professeur V. Ivanter, directeur de l’Institut de

Prévision de l’Économie (Académie des Sciences de Russie) au séminaire de Grenoble le 2 avril 2009.

 

[15]CBRF, Osnovnye napravenija edinoj gosudarstvennoj denezhno-kreditnoj politiki na 2009 god i

period 1010 i 2011 godov, Moscou, Russie, 17 octobre 2008.

 

[16] Cette politique a d’ailleurs été abandonné dans les Banques Centrales occidentales. J. K.Galbraith,

« The collapse of monetarism and the irrelevance of the new monetary consensus », Policy Note, The

Levy Economics Institute, 2008/1, Annandale on Hudson, NY.

 

[17] J. Sapir, « Monetaristskaja terapija ne pokazana » [La thérapie monétariste est contre-indiquée] in

Ekspert, n°47 (2007), 17-23 décembre 2007, pp. 62-64. Voir aussi, J. Sapir « Kakim dolzhen byt’

uroven’ infljacii? (O znatchenii davnykh diskuccij dlja opredelenija segodnjachej strategii razvitija

Rossii) » [Quel niveau pour l’inflation] in Problemy Prognozirovanija, n°3/2006, pp. 11-22..

 

[18]L. Randall Wray, « A post-Keynesian View of Central Bank Independence, Policy targets and the

Rules-versus-Disceretion Debate », Working paper n° 510, The Levy Economics Institute, Annandale

on Hudson, Août 2007.