Les militants de tous bords sont particulièrement exposés à la paranoïa  : il est toujours tentant d’attribuer ses propres échecs à de noirs comploteurs. Pour les écrivains, c’est pire !

Le risque d’interprétation délirante est donc redoublé lorsque des militants se font auteurs de livres très engagés. Nous n’avons donc jamais dénoncé l’écrasante propagande qui a précédé le « passage à l’euro », ce qui ne réduit en rien la nature et l’ampleur du phénomène. A cet égard, je m’en remets au jugement d’un professeur de droit public qui observe que la campagne pour le lancement de l’Euro est « indépassable » dans son genre : « un bon connaisseur des pays de l’est avant l’effondrement du communisme a dit que, même en Bulgarie, on n’aurait pas osé aller aussi loin dans le matraquage médiatique et l’unanimisme obséquieux » (1).

Cette observation est consternante, quant à l’état de la démocratie. Mais elle donne aussi à espérer car la propagande totalitaire, appuyée sur un système répressif que nous n’avons pas eu à subir, a été incapable de détruire les nations de l’Est européen et d’anéantir le désir de liberté en chacun.

C’est dire que notre combat contre l’euro continue, afin de précipiter l’échec d’une opération technocratique conçue pour écraser les salaires, détruire la protection sociale et réduire au minimum l’administration publique. Il ne s’agit pas pour nous de sombrer dans le fétichisme monétaire, mais de défendre le Politique en tant que tel et la démocratie. Car il est illusoire de reconnaître que la « construction européenne » souffre d’un  « déficit de démocratie », ce qui donne à croire que le trou sera comblé. Les pays de la zone euro sont soumis à un despotisme qui s’affirme hors de tout consentement populaire et qui est inscrit dans les statuts de la Banque centrale européenne et des banques centrales nationales qui agissent hors de tout contrôle démocratique.

La mise en circulation de l’euro, sans que les peuples l’aient décidée, est destinée à accroître l’emprise despotique d’une minorité politico-financière sur les nations et les peuples. En France, l’Etat a successivement perdu le contrôle de la politique commerciale, de la politique budgétaire (en signant le Pacte de stabilité, lui aussi conclu sans consentement populaire), de sa politique monétaire extérieure, de sa politique du crédit, de sa politique des prix, de sa politique de change et les oligarques français nous annoncent que les Parlements nationaux seront bientôt contraints de renoncer à leur droit de fixer l’impôt.

Nous ne nous laisserons pas intimider par les « dates-butoir », nous ne céderons pas à une cette prétendue fatalité que brandissent toutes les propagandes totalitaires. Un peuple peut toujours briser la contrainte monétaire, mais c’est souvent par la violence comme on le voit en Argentine. Et le peuple français peut porter au pouvoir, l’an prochain, des dirigeants politiques décidés à réformer la Constitution, afin que le Parlement ne soit plus la chambre d’enregistrement des directives bruxelloises. Et le peuple français peut exiger, par la révolte si besoin est, que notre droit politique constitutif soit à nouveau respecté.

Car la conséquence du despotisme européen et de la contrainte monétaire qu’il cherche à durcir, c’est le viol de l’article 3 (« Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation ») et de l’article 6 (« La loi est l’expression de la volonté générale ») de la Déclaration de 1789 ; c’est le viol de notre Constitution dans son article 3 (« La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum ») dans son article 5 (le président de la République « est le garant de l’indépendance nationale »), et dans son article 20 : « Le Gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation ». Pas la BCE, Ecofin, l’Eurogroupe et « les marchés » : le Gouvernement français.

Le despote et sa monnaie ? Ou la France et son Gouvernement ? Le choix n’est pas difficile.

 

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(1) Jean-Marie Denquin, auteur d’un ouvrage dont nous rendons compte en page 8. Grâce au dévouement des militants de la NAR et aux efforts des éditions du Rocher, nous sommes certainement les moins à plaindre parmi tous ceux qui ont tenté l’an dernier de faire connaître leur hostilité à l’euro.

 

Editorial du numéro 785 de « Royaliste » – 7 janvier 2002