Notre hostilité à la réduction de la durée du mandat présidentiel fait-elle de nous des conservateurs d’un régime dépassé, cultivant la nostalgie gaullienne au point de négliger le projet politique qui nous est spécifique ?

Non, bien entendu  ! On sait que nous sommes tout uniment des citoyens attachés aux valeurs de la République, des monarchistes et des royalistes – la monarchie royale étant pour nous le moyen d’instituer et d’incarner le souci du bien commun.

Cette position rigoureuse gêne les autres adversaires du quinquennat. Les uns veulent effectivement conserver en l’état un régime politique que nous souhaitons voir évoluer de manière décisive. Les autres voudraient revenir à la pratique gaullienne originelle alors que nous voulons que le plein accomplissement de l’idée de légitimité.

Les libéraux conservateurs et les représentants officiels du gaullisme historique, qui ont toujours été embarrassés par les critiques de gauche relatives au « pouvoir personnel » et à la « dérive monarchique », ont donc toujours ignoré ceux qui, comme nous, tiennent notre monarchie élective pour un progrès et qui souhaitent royaliser la présidence de la République en rappelant que telle était l’intention du général de Gaulle. On devine que ces personnalités hautement respectables souhaitent que nous restions, le temps de la campagne, d’une discrétion de violette.

Conscient du trouble provoqué, nous ne garderons cependant pas le silence. Avec ou sans alliés, nous respecterons ce qui est pour nous l’ordre des nécessités.

1°/ Pour faire obstacle au misérable attentat perpétré contre la Constitution par MM. Chirac et Jospin, la première nécessité est conservatrice – mais en apparence seulement. Pour nous, la révolution institutionnelle a été accomplie par le général de Gaulle en 1958 et en 1962 : grâce à lui, la République française a retrouvé la dynamique de son droit politique millénaire et repris le projet constitutionnel des premiers auteurs de la Révolution de 1789. Il faut préserver ces acquis révolutionnaires, avec une volonté d’autant plus ferme que les institutions de la 5ème République sont les premières, en deux siècles, qui permettent de donner force, sens et mesure à l’action politique. Telle est la nécessité civique.

2°/ Il faut par conséquent sauver la mon-archie gaullienne, c’est à dire les principes d’arbitrage, de continuité et d’indépendance du chef de l’Etat, et la symbolique politique qui tient à l’élection septennale du monarque républicain – autrement dit de l’élu de la nation qui a le pouvoir de décision pour ce qui concerne le salut de la Res publica. Telle est la deuxième nécessité, monarchique.

3°/ Elle doit s’accompagner, au minimum, d’une volonté réformatrice qu’il faudra mettre en œuvre selon la logique de nos institutions. Dans l’ordre de la représentation, La Nouvelle Action royaliste a proposé que le Sénat soit élu à la proportionnelle intégrale. Quant à la rivalité au sein du pouvoir exécutif, elle souhaite que le Premier ministre ne puisse plus se présenter à l’élection présidentielle qui suit sa prise de fonctions. Il faudra aussi poser la question du Conseil Economique et Social… Telle est la troisième nécessité, novatrice.

4°/ Nous avons enfin à réfléchir à la réalisation concrète de la pensée gaullienne, au plein accomplissement des principes de légitimité et de souveraineté, qui permettrait d’en finir avec les conflits structurels, les carences symboliques, les failles dans la continuité, et l’ambiguïté de la fonction présidentielle.

Conforter la légitimité populaire par la légitimité historique, modérer le charisme personnel par la symbolique dynastique, donner au chef de l’Etat sa pleine indépendance afin de garantir la fonction arbitrale : voilà qui renforcerait le rôle du Premier ministre, élu de fait au suffrage universel, et qui se pourrait se vouer à la conduite de la politique nationale ; voilà qui permettrait au Parlement de réaffirmer ses droits puisque le chef de l’Etat cesserait de pénétrer dans le domaine propre au législateur. Telle est la quatrième nécessité, royaliste.

Ces nécessités ne forment pas un bloc, qui serait à prendre ou à laisser. Devant l’urgence, nous demandons à être écoutés, et autant que possible aidés, pour la défense civique, républicaine, de l’œuvre institutionnelle du général de Gaulle.

 

Article publié dans le numéro … de « Royaliste ».