Cela se présente comme une enquête alors qu’on nous refile un équilibre en trompe l’œil. Nos confrères de « Télérama » sont d’excellents journalistes, mais, à la veille de Noël, ils ont pris leurs lecteurs pour des niais.

Il y a bien un article d’Irène Berelowitch qui expose honnêtement les thèses des partisans et des adversaires de la discrimination positive mais tout le reste n’est que propagande en faveur du passage de la télévision à la couleur : photo rigolote du visage noirci de David Pujadas à la Une, titres mobilisations (Pourquoi ça traîne ?), enquête à sens unique de Sophie Bourdais, et surtout l’éditorial de Marc Jézégabel qui donne la ligne générale – ce qui est normal dans un journal politique, et surprenant dans un hebdomadaire d’information sur les médias.

Quant à la question des écrans pâles (« il n’y a que des blancs à la télé ») Marc Jézégabel nous apporte la bonne nouvelle : « la controverse [sur la discrimination positive] a forcé les portes de l’étouffoir dans lequel le réflexe républicain la contenait ». En clair, un groupe agissant sous l’égide de l’Institut Montaigne a victorieusement contourné l’obstacle du principe d’égalité qui interdit notamment toute discrimination raciale.

On note que le principe républicain est rabaissé à un réflexe : ce qui signifie que tout ce qui constitue la tradition républicaine (l’idéal de la raison politique, le souci du bien commun, l’égalité comme principe de droit, l’exigence de justice, l’universalisme…) est considéré comme facteur d’oppression. Ceci posé, Marc Jézégabel masque son idéologie sous un prétendu réalisme : les principes doivent céder devant la nécessité de la lutte contre les discriminations négatives, lutte qui implique des discriminations positives : ce serait une question d’évidence, un impératif.

L’injonction ne nous impressionne pas. Même quand elle est relayée par un articulet de David Pujadas qui invoque aussi une obligation : « La discrimination positive ? On préfèrerait l’éviter, mais s’il faut en passe par là… ». Pauvre petite ruse : David Pujadas parraine l’association Averroès qui milite pour les écrans de couleur : il se résigne donc à suivre…ses propres convictions.

Suit une enquête fourmillant d’exemples destinés à prouver la trop longue absence de visages colorés à la télévision et à enregistrer les progrès accomplis sur les différentes chaînes et dans les séries les plus populaires. Mais ces progrès sont encore trop lents. On cite Dominique Baudis, qui refuse les quotas raciaux mais veut imposer une obligation morale quant à la préférence raciale. On présente Audrey Pulvar, noire présentatrice sur FR3, et Sébastien Fotin, noir Monsieur Météo sur TF1, comme des héros. On célèbre bien sûr la charte de la diversité signée par d’éminents patrons français.

C’est ainsi qu’une idéologie racialisante se diffuse sous prétexte de pragmatisme et que des secteurs commencent à être soumis à des normes de représentativité ethnique.

Cette idéologie est contraire à nos principes constitutionnels.

Ces pratiques découlent de la fabrication de catégories illusoires. Elles vont déchaîner d’innombrables revendications provenant de minorités autoproclamées. Elles vont provoquer le ressentiment des innombrables groupes qui se prétendront sous-représentés. Elles vont favoriser les fantasmes racistes et antisémites que l’on dénonce par ailleurs : certains disent qu’ils y a trop de blancs à la télévision ; mais d’autres affirment qu’il y a trop de juifs dans les médias.

On remarquera enfin que la promotion des blacks et des beurs sur les écrans, qui n’a aucune signification politique et sociale, fait oublier que les formations politiques minoritaires et les organisations syndicales, dont les messages ont du sens, sont de moins en moins visibles à la télévision. Les revendications ethno-raciales sont antidémocratiques. C’est là une autre évidence, que Marc Jézégabel devrait méditer.

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(1)Télérama, n° 2866 : « Enquête sur la discrimination positive – Et si on passait à la couleur ». Le point d’interrogation a été omis.

Article publié dans le numéro 851 de « Royaliste » – 2005