Réalisé par une excellente équipe d’historiennes et d’historiens, le premier dictionnaire de la France occupée ruine autant de gloires usurpées que de légendes noires.

Des notices rédigées par des spécialistes, une iconographie intéressante, une édition soignée : ce dictionnaire de la France occupée(1) est un bel et bon instrument de travail qui convient à tous les publics : spécialistes de la période, étudiants et lycéens, et plus largement tout citoyen soucieux d’une information solide sur une période récupérée par lambeaux dans la fantasmagorie médiatique.

Sans l’avoir voulu, parce que c’est eux une évidence, les auteurs permettent de retrouver une vérité première, que le masochisme ambiant s’efforce actuellement d’effacer : l’histoire de la France occupée n’est pas celle de la France coupable mais d’une nation qui vit sous l’Occupation et dans l’espérance de sa libération.

Cela ne signifie pas que les réalités du sentiment maréchaliste et de la collaboration active soient atténuées. Tous les aspects de la Révolution nationale sont exactement décrits et les principaux complices français de l’Allemagne nazie sont présentées : des plus connus (Jacques Doriot, Marcel Déat) aux oubliés comme Alphonse de Chateaubriand. Pas de relation épouvantée de leurs actes, pas de tonalité moralisatrice : est écrit ce qu’ils ont dit et fait – cela suffit. On ne trouvera pas non plus de vision « politiquement correcte » de la Collaboration : la notice concernant René Chateau, par exemple, rappelle l’importance du courant socialiste-pacifiste représenté notamment par Charles Spinasse et Claude Jamet.

La présentation de la Résistance en France occupée échappe elle aussi aux critères à la mode. La fidélité royaliste de plusieurs résistants est indiquée, une notice évoque les particularités de l’engagement trotskyste, les mises au point concernant Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir sont d’une précision cruelle.

Bien entendu, cet ouvrage rigoureux n’est pas totalement objectif : on croit discerner une très légère préférence pour la résistance gaulliste. Le rédacteur de la notice concernant Georges Guigouin a oublié de citer en référence l’ouvrage que Michel Taubmann a consacré au premier maquisard de France (2) et une réédition rendra à Paul Sérant l’ouvrage attribué à un certain Paul « Seyrant ». Vétilles !

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(1) Michèle et Jean-Paul Cointet (sous la direction de), Dictionnaire historique de la France sous l’Occupation, Tallandier, 2000.

(2) Michel Taubmann, L’Affaire Guingouin, Lucien Souny, 1994.

 

Article publié dans le numéro 753 de « Royaliste » – 26 juin 2000