Le « devoir de mémoire » (1) produit plusieurs effets négatifs. Le plus marquant, ces temps-ci, est la part d’ombre qui accompagne l’effort de « transparence ». Le négationnisme n’a pas disparu – il a pris d’autres formes. Les manipulateurs prospèrent sur le marché aux victimes. L’histoire de la France pendant la seconde guerre mondiale semble se réduire à quelques fragments de réalité.

La rafle du Vel’ d’Hiv’ est l’argument décisif dans le procès qui est intenté à notre pays : la France est coupable puisque des policiers français arrêtaient les Juifs. C’est exact. J’ajoute que des policiers français traquaient les Résistants français (ma mémoire familiale) et les exilés antifascistes – Espagnols « rouges », communistes et démocrates allemands et autrichiens.

Ces vérités là n’ont jamais été « occultées » comme certains l’affirment d’un air scandalisé et les diverses formes de la Collaboration n’ont jamais fait l’objet du moindre « tabou ». Après la guerre, à la maison, à l’école, ma génération vivait tous les souvenirs douloureux de l’Occupation : ceux qui étaient désignés comme « fils de collabos » en souffrent encore. Nous lisions dans les Mémoires de Guerre que 2 071 condamnations à mort et 39 900 peines d’emprisonnement avaient été prononcées par les cours de Justice : la France avait châtié les Français coupables.

Plus tard, les professeurs d’histoire ont enseigné à nos actuels dirigeants comment trouver, dans les complexités et les fureurs de la guerre, les facteurs décisifs. Ces leçons semblent avoir été oubliées et une révision s’impose à deux mois de la commémoration du 8 Mai 1945 :

Les fonctionnaires français qui ont obéi aux ordres émanant de Vichy n’étaient pas « La France » mais les agents plus ou moins contraints d’un pouvoir de fait, illégal et illégitime selon tous les principes de notre droit et de notre philosophie politiques. On ne peut d’ailleurs condamner les fonctionnaires français dans leur ensemble puisque nombre d’entre eux avaient été révoqués par Vichy en raison de leur « race » ou de leurs opinions et que d’autres, restés en poste, participèrent au noyautage des administrations publiques par la Résistance.

De fait, entre 1940 et 1945, le territoire métropolitain fut le théâtre d’une guerre civile d’intensité croissante entre les patriotes français et les auxiliaires français de la police et de l’armée allemandes. La création de la Milice par Vichy ruine la thèse d’un tiers parti.

Mais la France ne peut se réduire au territoire hexagonal amputé des départements annexés au Reich : il existe à l’époque un empire français et ces départements français d’Algérie où s’installa le Gouvernement provisoire de la République française.

Le Gouvernement d’Alger, légitime et oeuvrant au rétablissement de la légalité républicaine, tenait sous ses ordres les différents éléments de la France combattante.

Sous les ordres du général de Gaulle, l’Armée française a joué un rôle majeur dans les campagnes d’Afrique, d’Italie et de France. Le Débarquement de Normandie ne saurait faire oublier celui de Provence, la bataille d’Alsace menée par le général de Lattre, la bataille de Gironde engagée le 14 avril 1945 et gagnée par le général de Larminat…

Dans un article admirable, Maurice Kriegel-Valrimont (2) rappelle que les Forces Françaises de l’Intérieur ont hâté de plusieurs mois l’issue de la bataille de France et que, dès l’été 1944, la majeure partie de l’Hexagone a été libérée par les combattants français sans qu’y soient apparus les blindés alliés. Ce fait ne diminue en rien la gloire des troupes américaines et britanniques, ni le rôle décisif joué par l’Armée soviétique dans la victoire finale.

Des communistes comme Maurice Kriegel-Valrimont, des gaullistes comme Léo Hamon, des agents de police de droite et de gauche, héros de l’insurrection parisienne, les chefs, souvent monarchistes, de l’Armée française, la Main d’œuvre Immigrée et toute cette « foule militaire ardente, mais confuse et dépourvue » qu’évoque le général de Gaulle : telle fut la France, en guerre pour sa libération.

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(1) Cf. Royaliste n° 853.

(2) Libération du 10 mars 2005. A l’attention toute particulière de nos lecteurs qui enseignent l’histoire.

Editorial du numéro 856 de « Royaliste » – 2005