L’idéologie racialiste et la thématique de la discrimination positive, des minorités visibles et de la diversité ont été importées des Etats-Unis. Et c’est de Chicago que nous vient une réplique juste et décisive.

Walter Benn Michaels est professeur de littérature à l’université de l’Illinois à Chicago. Ayant montré dans un remarquable petit livre (1) que la diversité ruine l’égalité, il a l’extrême honnêteté de préciser en conclusion qu’il gagne 175 000 dollars par an et que l’à-valoir offert par son éditeur a joué dans sa décision d’écrire sur l’égalité. Il appartient à la couche supérieure des classes moyennes mais il ne se sent pas riche parce que le journal de sa classe, le New York Times, lui dit qu’il ne l’est pas. Walter Benn Michaels nous révèle aussi qu’il est Juif mais que « Dieu seul sait ce qu’il entend par là » car ce membre éminent de la upper middle class ne croit pas en Dieu. Notre professeur sait simplement qu’il n’y a pas de race juive car rien dans le génome humain ne permet d’établir la judéité d’une personne. Il y a bien une culture juive mais là c’est très compliqué car il y aussi des non-juifs qui aiment le saumon fumé et l’argent…

Cette présentation véridique et pleine d’humour résume le débat sur la « diversité » et met en évidence de redoutables confusions. D’une démonstration lente et savoureuse comme une sauce bien tournée, on retiendra les principaux arguments à opposer aux déclarations et rapports de Yazid Sabeg, nommé « Commissaire à la Diversité et à l’Egalité des chances » par Nicolas Sarkozy.

-Il est génétiquement démontré que la race n’a aucune réalité scientifique et que l’opposition blanc et non-blanc est une absurdité.

– Cela n’empêche pas certains Américains et leurs copistes français de définir des cultures racialement déterminées et de promouvoir certains groupes ethnico-culturels qui seraient victimes de discriminations.

– Cette représentation racialisante de la société donne bonne conscience à ses propagandistes : grâce à eux, toutes les différences sociales et culturelles seront respectées – celles des juifs, des noirs, des homosexuels, des blancs, des latinos, des riches et des pauvres.

– Dans la nomenclature des « minorités visibles » les différences de classes et les inégalités de patrimoines et de revenus sont effacées dans l’effusion générale : les riches respectent les pauvres.

Là est le piège : les pauvres ne veulent pas être respectés en tant que pauvres mais reconnus en tant que citoyens bénéficiant d’une juste politique de redistribution du revenu national. Autrement dit : les pauvres ne veulent pas être pauvres. C’est ce que les riches leur reprochent et voudraient leur faire oublier.

A propos, combien gagne M. Sabeg ?

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(1) Walter Benn Michaels, La diversité contre l’égalité, Seuil/Raisons d’agir, 2009. 7 €.

 

Article publié dans le numéro 986 de « Royaliste » – 2009