Avant de partir à la chasse aux voix, commençons par faire un brin de cour… Pour séduire Waechter et ses amis, droite et gauche font assaut de cynisme et de naïveté.

Faut-il en rire, ou bien s’indigner ? Chacun choisira, selon l’humeur du jour, mais le fait est qu’il faut un culot d’acier pour se présenter avec des mines virginales devant le parti Vert au nom de Jacques Chirac ou de Pierre Mauroy. Les représentants de l’un et de l’autre peuvent jurer leurs grands dieux qu’ils ont toujours été des militants écologistes, ils ne feront pas oublier à leurs interlocuteurs que c’est Georges Pompidou qui a lancé le programme nucléaire français et que c’est le Premier ministre de 1981 qui a décidé, sans le moindre débat, d’en continuer la réalisation. S’il est vrai que le P.S. et le R.P.R. représentent deux variantes d’un même projet de développement économique, à quoi bon tenter d’ouvrir une discussion avec ceux qui récusent tout à la fois les concepts, les modalités et les objectifs de la gestion industrialiste ?

Bien entendu, chacun a compris d’entrée de jeu que le calcul des socialistes et des chiraquiens était parfaitement cynique, qu’il s’agissait pour les deux partis de récupérer des voix au second tour et pour les Verts d’obtenir le maximum d’avantages en matière de représentation électorale. C’est là que le cynisme de l’intention rejoint la naïveté de l’espérance. Pourquoi ?

– parce que les Verts sont moins que d’autres maîtres de leurs voix, qui iront au second tour vers leurs familles d’origine ou qui, pour les plus hésitantes, ne se reporteront pas sans une réflexion indifférente à la grosse artillerie démagogique.

– parce que, surtout, les Verts ne constituent pas un parti comme les autres. Cette fraction intégriste de la mouvance écologiste – qui prétend abusivement exprimer le souci écologique tout entier – est tout à la fois étrangère au sentiment patriotique, hostile à l’indépendance nationale dans ses différents aspects (diplomatie autonome, force de dissuasion nucléaire), à la tradition française de l’Etat. Pacifisme extrémiste, utopie planétaire et projets de réforme constitutionnelle (régime d’Assemblée et référendum d’initiative populaire) montrent que les Verts forment un mouvement antipolitique, qui se prétend porteur d’une vérité absolue, d’une conception totale du monde. Comment négocier sérieusement avec cette idéologie radicale, qui s’oppose de manière irrémédiable aux grandes familles politiques de notre pays ?

Nous ne regardons pas pour autant les Verts comme un « éco-fascisme » et le Front national, qui laboure depuis un an la terre écologique, a compris qu’il n’y avait rien à tirer du côté d’Antoine Waechter. Ce paradoxe apparent peut être expliqué par des remarques très simples. D’une part, on ne saurait qualifier d’éco-fasciste un parti qui est anti-nationaliste, antiétatique et, par ailleurs, favorable au droit de vote des résidents étrangers aux élections locales. Même si certains Verts glissent de l’antisionisme à l’antisémitisme, on ne peut sans injustice majeure accuser les waechtériens de racisme.

Mais il est vrai, d’autre part, que l’idéologie de la nature qui est professée par les intégristes de l’écologie ne peut être opposée au discours raciste (elle est aussi antipolitique que le racisme) et peut même le favoriser (puisque le concept de nature recouvre un fantasme de pureté et donne le spectacle de la sélection des espèces, de la lutte pour la vie etc.). Ce qui explique la récupération par les hitlériens du goût romantique pour la nature…

Au lieu de diaboliser les Verts, il importe de comprendre et de leur faire comprendre ce que leur naturalisme permet, et la logique d’extermination qui en a procédé. C’est évidemment moins simple, et moins commercial, que de crier au fascisme dès qu’un amoureux de la nature pointe le bout de son nez. Ne prenons pas non plus les Verts pour de doux rêveurs : la charge subversive de leur projet est certaine, leurs ambitions politiques sont avouées et leur radicalisme politique en fait des partenaires coriaces. Chiraquiens et socialistes feraient bien de se méfier.

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Article publié dans le numéro 567 de « Royaliste » – 18 novembre 1991