Les obscénités proférées par Dieudonné contre la commémoration de la libération d’Auschwitz et le prétendu « lobby sioniste » sont à l’extrême pointe de la campagne racialiste lancée par quelques groupuscules voici quelques années et qui se développe en ce moment de manière très inquiétante.

Est racialiste la thématique qui vise à redéfinir la nation française selon des critères raciaux établis sur l’apparence physique. Ecrivant cela, je m’expose à toutes sortes de critiques et d’accusations : néologisme douteux, paranoïa, néo-colonialisme, racisme… Les procès d’intention sont d’autant plus faciles que le racialisme prospère, avec le soutien de milieux bien-pensants, dans une extraordinaire confusion qui risque de provoquer des amalgames injustifiés.

Confusion : imprécateurs, pétitionnaires et journalistes post-modernes mêlent la mémoire de la « Solution finale » aux guerres coloniales, à l’exploitation des salariés, aux politiques de relégation sociale, aux conflits en Orient…

Bonnes intentions : il s’agit de prendre le parti des victimes, de toutes les victimes des horreurs commises par les nazis, les nationalistes, les colonialistes, les impérialistes, les capitalistes. Tous sont réunis dans une même condamnation, tous sont également coupables : l’Allemagne, la France, Israël, les Etats-Unis…

Cette folie de l’équivalence, qui réunit dans la même violence une communauté de bourreaux et dans la même souffrance une communauté de victimes aboutit à la destruction de la mémoire historique, du métier d’historien et de toute pensée sur l’histoire qui se fait. La politique en tant que telle est du même coup anéantie.

Cette séparation de l’humanité en deux camps est violement sélective car les représentants autoproclamés des victimes oublient, dans leur mémoire souffrante, les Noirs réduits en esclavage par d’autres Noirs et par des Arabes ; les Français d’Algérie, juifs, chrétiens et musulmans tués par le FLN ; les Israéliens qui meurent dans les attentats, les innombrables massacrés de toutes les récentes guerres en Afrique subsaharienne…

Nous n’avons pas affaire à une protestation humaniste, gentiment doloriste, demandant le droit à la reconnaissance historique des malheurs passés. Il suffirait alors d’envoyer les plaignants dans les bibliothèques publiques, riches de travaux de toutes sortes sur les traites négrières, la colonisation, la guerre d’Algérie, les camps de concentration..

A l’opposé de ce travail sur l’histoire et des controverses scientifiques, nous sommes confrontés à une campagne haineuse qui manipule divers fragments mémoriels en vue de promouvoir des groupes de pression.

Dieudonné n’est que l’expression odieusement caricaturale de cette opération. Ce provocateur est vertueusement condamné par les antiracistes patentés mais certains d’entre eux participent en toute bonne conscience à la campagne racialisante.

Nous avons vivement critiqué la propagande en faveur de la « discrimination positive » et de la promotion de « minorités » ethniques à la télévision. Nous dénonçons pour les mêmes raisons le soutien apporté par Libération (1) à l’Appel des indigènes de la République lancé par des militants de l’extrême gauche, des Verts, des intégristes musulmans qui voudraient établir un front des colonisés passés et présents contre la France encore et toujours criminellement colonisatrice aux Antilles, en Guyane, sur le territoire métropolitain (2).

Il y a bien entendu débat – y compris entre nous – sur le passé colonial et sur la politique gouvernementale outre mer. Mais nous voulons pas que nos concitoyens soient entraînés dans une logique de concurrence entre victimes. Dieudonné dit tout haut ce que les racialistes pensent tout bas : les Juifs ne méritent pas d’être considérés comme des victimes absolues ; ils sont disqualifiés par les « crimes sionistes » ; le « peuple noir » est autant, sinon plus, victime que le peuple juif.

Telle est la nouvelle variante du négationnisme.

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(1) Libération a titré sa Une du 22 février sur « Le malaise noir » ce qui laisse supposer l’existence en France d’un peuple noir, identifié, solidaire et uni dans la souffrance et la revendication.

(2) Cet appel est publié sur oumma.com

Article publié dans « Royaliste », numéro ?