Lorsque les choses vont mal – et tout va mal en ce moment pour le gouvernement – il faut bien comprendre que ce n’est jamais la faute de Laurent Fabius. Mais la cote de son rival ne s’en trouve pas pour autant rehaussée.

Même les plus distraits des socialistes l’ont remarqué : Laurent Fabius évoluait gracieusement dans la pénombre lorsque le Premier ministre affrontait, en premier ligne, la révolte des professionnels de la route.

Qui, du sérail, pourrait en être surpris ? Cet homme, c’est Parapluie qu’il se nomme. Ce prince de l’esbigne a encore été pris en flagrant délit de fuite dans l’affaire de l’épargne salariale : comme ce projet de loi mécontente de nombreux députés de la gauche plurielle, le très puissant ministre de l’Economie s’est défaussé sur la brave Marilyse Lebeanchu, discrète secrétaire d’Etat au PME. Quelle élégance, et quel courage !

Cela ne signifie pas, notez-le bien, que Laurent Fabius ne fasse rien de ses journées. Nul n’a oublié qu’il a récemment inventé un concept, la stabcroissance, qui est à l’économie ce que « l’abstention active » est à la politique : une manière de ne rien dire sur ce qu’il faut faire, qui est d’ailleurs parfaitement conforme à la philosophie du gouvernement depuis trois ans – l’agitation inerte, qui assure la tranquillité des fins de semaine.

L’inconvénient de ce laisser-faire, c’est qu’on est hypocrite lorsqu’on tire gloire des heureuses conjonctures, et que les irresponsables sont désignés malgré tout comme coupables lorsque la tendance se retourne. Ainsi, lorsque Le Monde du 8 juillet nous informait en gros titre que la France était « en pleine forme » économique, il était clair que le gouvernement n’y était pour rien puisqu’on nous expliquait que les Onze nageaient dans la même félicité en raison, notamment, de la faiblesse de l’euro. Mais quand, deux mois plus tard, Le Monde (22 septembre) nous apprend que les choses vont mal, et qu’elles allaient déjà mal avant le nouveau choc pétrolier (baisse de l’activité, déficit du commerce extérieur, baisse de la consommation) il n’y a, en bonne logique libérale-libertaire, aucune raison d’incriminer Lionel Jospin.

Mais cette logique n’est pas celle de l’opinion publique, qui se souvient que la gauche dissertait naguère sur son « obligation de résultats ». Or le seul résultat tangible, c’est que les socialistes nous ont livrés aux aléas de tous les marchés, aux mouvements violents et erratiques de toutes les spéculations. Les monnaies, les emplois, les crédits, les budgets, les matières premières, ne connaissent plus que la succession chaotique de brèves périodes d’euphorie, de trou d’air, de panique, d’embellie. Plus rien n’est maîtrisé, ce qui se vend sur le marché de l’information n’a plus de sens, aucune prévision n’est possible, sauf celles-ci : cet anti-système n’est pas viable, ce gouvernement est fichu.

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Article publié dans le numéro 756 de « Royaliste » – 2 octobre 2000