Scandaleusement évacué avant le référendum, le débat sur les institutions politiques françaises va devenir crucial dans les prochaines années. Deux excellents constitutionnalistes permettent de s’y préparer.

Si la campagne sur le référendum avait eu lieu, il est certain que l’ouvrage de Christophe Boutin et Frédéric Rouvillois (1) serait devenu la référence obligée de toute confrontation digne de ce nom.

Les deux auteurs sont en effet professeurs de droit constitutionnels, bons historiens et remarquables pédagogues : en une centaine de pages, ils expliquent de manière toute simple la raison d’être du septennat, racontent comment est né le serpent de mer du quinquennat et dans quelles conditions un maître-esbrouffeur, un président oublieux de sa tradition et des socialistes obsédés par le désir de paraître « modernes » se sont réunis pour fabriquer le piège… dans lequel ils sont tombés.

Mieux : nos deux professeurs n’appartiennent pas à l’espèce des bénisseurs (de tout et de n’importe quoi) pusillanimes. Après avoir présenté les arguments des partisans du quinquennat, ils montrent pourquoi la réduction de la durée du mandat présidentiel est un acte antipolitique, par la négation de la durée propre à l’exercice du mandat présidentiel, et un choix dans la nuit – puisque les partisans du quinquennat sont incapables de nous en dire les conséquences, puisque le camp du Oui réunissait à la fois les partisans du régime présidentiel et les nostalgiques du régime d’Assemblée. Les slogans sur la « modernité » du quinquennat et sur son caractère « plus démocratique » sont quant à eux balayés de judicieuse manière.

Le paysage institutionnel étant débarrassé de ses brouillards polluants, on comprend, mieux que les quinquennistes eux-mêmes, le pourquoi du quinquennat : il s’agit de retrouver de manière plus ou moins conscience l’esprit premier du républicanisme, né au temps de la Révolution française, et qui a toujours été radicalement hostile à la personnification du pouvoir politique.

Dans la République (l’Etat de droit) il y a un débat entre monarchistes et républicanistes qui dure depuis deux siècles. La constitution gaullienne marqua la victoire du monarchisme républicain, qui est insupportable au républicanisme « bourgeois » (V. Giscard d’Estaing) et au républicanisme « de gauche ». Mais ce républicanisme se heurte toujours au même paradoxe : refusant tout chef de l’Etat, il renonce à la clef de voûte qui maintient l’édifice institutionnel et il plonge le pays dans une situation d’anarchie – douce ou violente. D’où la nécessité, récurrente, d’un retour à la monarchie – royale, ou gaullienne.

Autrement dit : la Constitution historique de la France (l’ancienne et la moderne) est monarchique ou elle n’est pas.

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Christophe Boutin et Frédéric Rouvillois, Quinquennat ou septennat ? Flammarion/Dominos, 2000.

 

Article publié dans le numéro 756 de « Royaliste » – 2 octobre 2000