Faut-il s’acharner à « vider l’océan du chômage avec la petite cuillère de l’insertion ? ». Telle est la question posée par l’animateur d’une importante association de la région nantaise. Sa réponse constitue un réquisitoire.

L’association se nomme Insertion 44. Comme son nom l’indique, elle est vouée à la promotion de l’insertion des personnes privées d’emploi auprès des entreprises. Co-présidée par le préfet de Loire-Atlantique et par le président du Conseil général, cette association était dirigée depuis 1998 par Guillaume Kopp, figure très connue dans le milieu associatif parisien et nantais. Sa tâche, manifestement, le passionnait. Or il a démissionné, en publiant les motifs de sa décision (1).

Tout en saluant le dévouement au bien public de nombreux partenaires de l’association – notamment les élus locaux – Guillaume Kopp dénonce les attitudes méprisantes de certains d’entre eux : « N’ai-je pas entendu des responsables parler de « fonds de cuve » ou de « noyau dur » (à propos des personnes dont ils ont la charge). Et d’autres évoquer les jeunes Trace (Trajet d’Accès à l’Emploi) comme on parle de linge sale. La délinquance n’est pas toujours là où on le croit… ».

Il a aussi le moralisme. « En Commission Locale d’Insertion, écrit Guillaume Kopp, « des professionnels portent sur leurs « publics » des jugements moraux à huis clos. Jugements qu’ils n’accepteraient pas pour eux-mêmes. Ne seront aidés que les « bons pauvres », ceux qui acceptent de se satisfaire d’un revenu de survie, de se plier à l’injonction de travailler dans les conditions du tiers-monde et qui font preuve « d’autonomie et de responsabilité » sans perspectives crédibles pour l’emploi de droit commun. Ce regard moralisant, ce discours infantilisant, cette insistance sur les travers et non sur les atouts dévalorisent lesdits « publics ». » 

D’où ce constat : « l’insertion consiste à rendre acceptable la régression sociale pour des millions de Français ». Or des syndicalistes reconvertis et des « hommes de gauche » reconvertis dans l’insertion sont devenus des gestionnaires de la précarité, qui acceptent de vivre cette dérive, mais aussi d’en vivre. C’est ce que ne pouvait supporter Guillaume Kopp : « Quand, plus tard, mes enfants me demanderont : qu’as-tu fait lorsque la solidarité nationale était en péril ? Je ne veux pas avoir à leur répondre : j’ai collaboré aux forces qui ont contribué à la détruire. Non, en quittant l’insertion, je veux résister à cette défaite sociale, qui est aussi une défaite morale et politique ».

L’article, qu’il faudrait citer en entier, a fait scandale. A tort. On doit toujours écouter ceux qui mettent les pieds dans le plat. Cela évite de prendre des coups sur la figure.

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(1) D.I. Le Journal Départemental de l’Insertion, n° 6, Janvier-février 2001. Dossier sur la mondialisation avec des contributions de Gérard Filoche et de Henri Guaino, notamment.

 

Article publié dans le numéro 771 de « Royaliste » – 30 avril 2001