Polytechnicien à 21 ans, colonel des Forces françaises de l’Intérieur trois ans plus tard, chef national des Groupes francs des MUR (Mouvements Unis de la Résistance), libérateur de Toulouse, Compagnon de la Libération, Serge Ravanel est mort le 27 avril à l’âge de 89 ans. Bertrand Renouvin lui rend hommage.

Le nom de Ravanel est inscrit dans mes plus vieux souvenirs. Je ne peux dire mes plus chers souvenirs car ma mère, résistante, membre de Combat, évoquait souvent l’homme qui, après l’arrestation de mon père, lui avait succédé à la tête des Groupes francs. Mais c’était toujours avec sévérité car cette gaulliste de droite affirmait que Serge Ravanel était « communiste » et l’avait « caché » aux chefs de Combat. C’est ainsi que j’appris très jeune les soupçons et les rivalités qui existaient au sein de la Résistance et que certains se plaisent à souligner aujourd’hui. Les historiens ont depuis longtemps fait justice de la légende d’un Ravanel qui aurait été le chef de la République rouge de Toulouse…

Quand Jean-Pierre Vernant m’a présenté à Serge Ravanel lors d’une réception au ministère de la Culture, nous étions je crois aussi émus l’un que l’autre et j’avais été frappé par le sourire et la vitalité de ce sexagénaire aussi jeune, aussi fougueux, que le libérateur de Toulouse.

Il n’était pas de ces anciens combattants qui ne cessent de revivre leurs aventures militaires. De la Résistance et de la période de la Libération, nous ne parlions guère. Il respectait notre fidélité à l’œuvre du général de Gaulle. Lecteur de ses ouvrages (1), je n’ignorais rien de la froideur calculée dont le Général de Gaulle avait fait preuve lorsque le colonel Ravanel et ses hommes l’accueillirent dans Toulouse libérée… Nous ne revenions pas sur le passé parce que Serge Ravanel restait à tous égard un homme d’action, passionné par son époque et engagé selon ses convictions de toujours. J’ai eu le bonheur de le retrouver au Pôle républicain et nous avons participé ensemble à la campagne de Jean-Pierre Chevènement. Un soir, avec bien d’autres camarades gaullistes, communistes et royalistes, nous avons pris l’avion pour Toulouse où notre candidat tenait réunion. A l’arrivée, je lui ai simplement dit : « Alors, on revient à Toulouse » ? Il m’a pris le bras en riant mais nous savions tous deux que dans cette phrase anodine et ce geste banal, il y avait le discret symbole d’une fraternité entre le Résistant et le fils de Compagnon que la dureté de l’époque et l’espérance commune venaient encore renforcer.

Par la suite, je lui rendis visite – trop rarement. Il me recevait en compagnie de sa femme et nous passions tous trois une heure ou deux à discuter de l’actualité. Abonné à « Royaliste », il trouvait sans doute, comme Lucie Aubrac, que nous faisions de drôles de royalistes. Mais nous partagions les mêmes analyses et nous attendions avec la même impatience la rupture politique décisive qui ne s’est pas encore produite. La célèbre formule qui figurait sous le titre du journal « Combat », De la Résistance à la Révolution, n’était pas pour nous un glorieux souvenir historique mais un mot d’ordre à traduire aussi vite que possible dans les actes. Son amitié me montrait que nous étions sur la bonne voie ; elle nous encourageait à faire vivre les valeurs de la Résistance que Serge Ravanel, Lucie Aubrac, Frédéric Grendel et tant d’autres Français libres nous avaient transmises.

Celles et ceux de la Résistance disparaissent tour à tour. Pour nous, pour d’autres mouvements et d’autres associations, la charge de la transmission se fait chaque année plus lourde. Tandis que les historiens font librement leur métier, nous avons à faire vivre la Résistance selon l’esprit et selon cet « esprit de résistance » que Serge Ravanel a incarné jusqu’au bout de sa vie. « Pendant longtemps la France a été une référence dans le monde. En particulier à l’époque du gaullisme. Il serait dommage qu’elle ne devienne qu’une nation perdue dans l’anonymat » écrivait-il en conclusion de son premier livre.

Que madame Ravanel sache que nous lui resterons à jamais fidèles, pour que la patrie ne se perde pas.

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(1) Serge Ravanel, L’esprit de résistance, Seuil, 1995 ; Les valeurs de la Résistance, Privat, 2004.

 

Article publié dans le numéro 948 de « Royaliste » – 2009