Sociologue discret, Noël Cannat a quitté sans faire de bruit ce monde qu’il avait si souvent parcouru. Yvan Aumont rend hommage à cet ami qui avait exprimé avec force sa conviction royaliste dans son dernier livre.

Noël Cannat était un homme en tous points remarquable : digne d’être remarqué par la qualité et l’ampleur de sa recherche sociologique et, avant tout, par le souci qu’il avait des hommes – de tous les hommes vivants sur la planète, à commencer par les plus démunis. Pour les connaître, les comprendre, pour faire entendre la voix des pauvres et des exclus, Noël Cannat avait fait plusieurs fois le tour du monde. Au fil des années, il était devenu le meilleur connaisseur français et sans doute européen des bidonvilles.

Nous l’avions accueilli au retour d’un de ses périples, pour son premier livre (1). On ne parlait pas encore de mondialisation, mais Noël Cannat nous apparut comme un magnifique piéton planétaire. Il s’était déclaré « royaliste de gauche » à l’époque où les médias plaquaient cette étiquette sur la Nouvelle Action royaliste. Nous refusions cet amalgame, mais nous étions heureux de compter parmi nos amis des représentants d’une gauche authentique – celle qui prend parti contre l’injustice.

Là n’était pas l’essentiel. Au-delà de la fidélité partagée et des engagements militants, nous admirions Noël Cannat pour la rigueur de ses analyses, toujours nourries de connaissances concrètes qu’il nous présentait sous forme de photographies et de films, et pour la réflexion approfondie qui accompagnait chacune de ses enquêtes. Ce grand voyageur était aussi un formidable lecteur et le dernier livre qu’il a publié (2) témoigne de l’ampleur de sa recherche professionnelle et de son exigence politique et spirituelle.

Inlassablement, Noël Cannat décrivait une humanité prolétaire qui n’avait perdu ni la dignité ni l’espoir et qui était en passe de reconquérir ses pouvoirs. Il annonçait peu avant de mourir l’inversion de l’empire, autrement dit le bouleversement des rapports de force entre la minorité richissime et l’immense foule des pauvres. Mais à la différence des marxistes d’hier et des gourous d’aujourd’hui, Noël Cannat prenait soin d’indiquer le chemin de la libération : la refondation du politique, la restauration de l’Etat médiateur, si possible sous la forme des « Républiques dynastiques ».

Cher Noël Cannat… Il a rejoint ceux qui, trop vite disparus, nous donnaient  l’intelligence du monde. Pour nous, son œuvre demeure vivante, exemplaire, magnifiquement militante.

Yvan AUMONT

(1) cf. Noël Cannat, Sous les bidons, la ville… De Manille à Mexico à travers les bidonvilles de l’espoir,1988. Lire aussi : Le pouvoir des exclus (1990), La force des peuples (1993). Ces trois ouvrages sont publiés aux éditions de L’Harmattan.

(2) Noël Cannat, Prélude à l’inversion de l’empire, L’Harmattan, 2003.

 

Article publié dans le numéro 821 de « Royaliste » – 15 septembre 2003