Peu à peu, l’affaire Faurisson s’était effacée des mémoires. C’est maintenant par Henri Roques que le scandale renaît.

De tous temps, de prétendus chercheurs ont tenté d’établir les théories les plus folles, de nier les faits les mieux établis. Ils ne s’attiraient d’ordinaire que pitié ou mépris. Une thèse récusant le témoignage d’un officier nazi sur l’extermination des juifs et jetant par conséquent le doute sur la réalité de l’holocauste, serait à considérer sous l’angle des obsessions maniaques si elle constituait un phénomène isolé. Tel n’est pas le cas :

– la thèse présentée à la sauvette à Nantes, a été soutenue devant un jury composé de membres de l’extrême-droite, comme Thierry Buron, qui milita au Parti des Forces Nouvelles, Jean-Claude Rivière, qui appartient au GRECE, Jean-Paul Allard et Pierre Zind qui sont au moins sympathisants de ce groupe. – c’est au moment où le scandale éclate que la librairie gauchiste « La vieille taupe » s’offre des encarts publicitaires rappelant qu’elle diffuse des ouvrages révisionnistes, notamment ceux de Paul Rassinier. Cette librairie avait pris parti pour Faurisson, au moment où cet étrange professeur publia ses théories.

On retrouve donc l’alliance « objective » entre la pire extrême-droite et l’extrême gauche la plus ringarde, qu’Alain Finkielkraut avait analysée et expliquée dans un livre qu’il faut lire et relire (1). Bien sûr, la thèse d’Henri Roques est à proprement parler insoutenable, comme celles de Rassinier et de Faurisson. Bien sûr le doute n’est pas possible quant à la réalité des chambres à gaz et d’ailleurs Henri Roques et ses amis ont affirmé, devant l’ampleur du scandale, qu’ils n’avaient aucune intention maligne. Pourtant, le doute risque de se répandre, parce qu’il est soigneusement entretenu par des gens qui ont intellectuellement intérêt à nier l’extermination des juifs. Pour les uns, il s’agit de laver le nazisme de son plus épouvantable péché. Pour d’autres, il faut tenter d’établir une stricte égalité entre les totalitarismes nazi et stalinien. Ou encore de faire preuve de « lucidité », de bousculer les « tabous », de renverser les évidences. D’où la complicité de fait entre les deux extrémismes.

Ces jeux intellectuels seraient scandaleux, mais pas dangereux, si toutes les barrières au racisme et à l’antisémitisme demeuraient. Nous savons qu’elles sont en train de tomber et que tout le travail de remise en question de la vérité de l’holocauste accroît le risque d’une nouvelle explosion de racisme.

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(1)    L’avenir d’une négation, Seuil 1982.

(2)    Voir aussi : L’Allemagne nazie et le génocide juif, Seuil 1985.

Article publié dans le numéro 452 de « Royaliste » – 18 juin 1986.