Longtemps occultée par la mythologie stalinienne de la guerre d’Espagne, puis redécouverte grâce à l’un des meilleurs films de Ken Loach, Terre et Liberté, l’histoire du POUM est désormais dans le champ de la recherche historique.

Pendant un demi-siècle, l’histoire de la guerre civile espagnole fut écrite par les vaincus. Du moins par certains d’entre eux, républicains de gauche et communistes d’obédience moscoutaire.

Nationalistes contre Républicains. Telles sont en effet les lignes du front militaire, qui masquaient les profondes divisions qui régnaient à l’intérieur des deux camps. On sait que le royaliste Bernanos dénonça dans un livre désormais classique l’imposture de la « croisade » franquiste. On a longtemps préféré ignorer les contradictions violentes qui marquèrent la République espagnole, sanctifiée par sa défaite face au fascisme et par le sacrifice de tous ceux qui combattirent pour la sauver.

Les enjeux politiques de l’historiographie de la guerre d’Espagne ayant disparu il est désormais possible d’examiner lucidement l’histoire politique de la guerre civile – magistralement défrichée voici une quarantaine d’années par Pierre Broué et Emile Témine dans un livre qui demeure une référence (1). Dans cette perspective critique, Wilebaldo Solano a publié une histoire du Partido Obrero de Unificacion Marxista (POUM) riche d’analyses, de portraits, de documents, et d’autant plus passionnante que l’auteur fut témoin et acteur de la révolution espagnole.

Car il y eut bien une révolution dans les débuts de la guerre civile, qui fut entreprise sur le territoire de la République. Mais aussi une révolution dans la révolution : celle qui opposa les socialistes révolutionnaires et les anarchistes aux communistes staliniens. Présenté par les communistes espagnols comme trotskiste, mais sévèrement critiqué par Trotski, le POUM fut sans conteste le fer de lance de ce socialisme révolutionnaire. Fondé le 6 avril 1935, ce parti qui compte 45 000 militants en décembre 1936 est la première organisation ouvrière de Catalogne et couvre tout le territoire de la République que ses miliciens défendent les armes à la main.

Wilebaldo Solano montre pourquoi Staline décide l’élimination de cette organisation qui est militairement défaite, comme ses alliés de la FAI-CNT, à Barcelone en juin 1937. Il éclaire les circonstances de l’assassinat d’Andrès Nin, fondateur du POUM, prestigieux militant internationaliste qui fut l’ami de Trotski, de Boukharine, de Victor Serge. Il évoque enfin les conditions dans lesquelles le POUM parvint à survivre, en dépit de la double persécution fasciste et stalinienne. Fidélité rigide, travail rigoureux.

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(1) Pierre Broué, Emile Témine, La Révolution et la guerre d’Espagne, Editions de Minuit, 1961.

(2) Wilebaldo Solano, Le POUM : Révolution dans la guerre d’Espagne, Syllepse, 2002.

 

Article publié dans le numéro 820 de « Royaliste » – 2 juillet 2003