Quarante ans après la fin de la guerre d’Algérie, le président de la Ligue des droits de l’homme demande que justice soit rendue aux harkis. Mieux vaut tard que jamais…

Par décision du président de la République, un hommage national a été rendu le 25 septembre aux supplétifs ayant servi en Algérie.

Il est bon que la nation française se souvienne des dizaines de milliers de harkis (entre 60 000 et 80 000) qu’elle a abandonnés et qui ont été massacrés après l’indépendance. Il est juste qu’elle reconnaisse enfin l’immense dette contractée envers les rescapés, que Jacques Ellul désigna comme des « pauvres absolus » :  classés par les « Français de souche » parmi les immigrés algériens – avec ce que cela supposait d’indifférence et de mépris – considérés par les immigrés algériens comme des traîtres à la patrie, ils furent parqués dans des camps (notamment celui de Saint-Maurice l’Ardoise qui avait des « internés administratifs » favorable à l’Algérie française en 1961-1962) et condamnés à végéter.

Il fallut plusieurs révoltes pour que les pouvoirs publics se soucient du sort des anciens soldats et de leur famille (300 000 personnes) sans réussir l’intégration de ces citoyens français à la nation. Preuve, la plainte pour crime contre l’humanité déposée par d’anciens harkis contre l’Etat algérien, et contre l’Etat français accusé de complicité. Il serait indécent de discuter la pertinence juridique de la plainte, qui est avant tout un appel désespéré.

Il semble que cet appel est entendu puisque le président de la Ligue des droits de l’homme, Michel Tubiana, proclame (dans Libération du 14/09) que « la République a commis en 1962, en Algérie, un crime d’Etat ». Nous nous réjouissons de cette prise de conscience. Mais nous ne saurions taire notre malaise.

Sans méconnaître les massacres perpétrés par le FLN en 1962, Michel Tubiana omet de dire que l’Algérie est la première visée par la plainte pour crime contre l’humanité. Or il faut rappeler que le FLN s’était explicitement engagés, par les accords d’Evian, à ne pas exercer de représailles contre les « musulmans fidèles à la France ». Par naïveté, par facilité, par indifférence, les autorités françaises ont voulu croire que ces promesses seraient tenues.

Prononçant une condamnation de la République avant tout procès, Michel Tubiana omet de reconnaître les responsabilités de la Ligue des Droits de l’homme dans les multiples aspects de la tragédie vécue depuis quarante ans par les harkis. En ces temps de repentance, ce serait la moindre des choses que le président de la Ligue reconnaisse les silences et les complaisances coupables de son organisation. Les militants royalistes qui ont soutenu de manière discrète mais très active la première révolte des harkis en 1975 n’ont pas souvenir d’un engagement de la Ligue… Avant d’émettre des jugements définitifs, il serait bon qu’elle fasse, elle aussi, son travail de mémoire.

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(1) l’article de Frédéric Aimard : « Harkis : Une dette de la France », dans France Catholique, n° 2802, 21 septembre 2001.

 

Article publié dans le numéro 778 de « Royaliste » – 1er octobre 2001