Dans le livre d’entretiens (1) qu’il a accordés à Henri Weill, un Compagnon de la Libération rappelle à ses contemporains et explique à la nouvelle génération ce que fut la Résistance française et ce qu’elle continue d’engendrer.

Journaliste et historien, Henri Weill a eu raison d’insister pour que Serge Ravanel, qui avait écrit ses mémoires voici bientôt dix ans (2), accepte de reprendre publiquement le fil de ses réflexions.

Le livre qui en résulte est deux fois nécessaire car il s’adresse à la fois aux générations qui ont connu l’Occupation ou qui en ont été durablement marquées et aux jeunes gens soucieux de découvrir les vérités de la France en guerre.

Les contemporains du jeune colonel des FFI qui libéra Toulouse en 1944 retrouveront les incertitudes des mois qui suivirent la défaite, quand presque tous les Français pensaient que le vainqueur de Verdun travaillait discrètement à la revanche militaire, puis une évocation précise des activités des combattants et de l’esprit qui les animait. Serge Ravanel ne sanctifie pas la Résistance mais il récuse les historiens médiocres qui invoquent une lucidité supérieure pour décrire un nœud de vipères en ignorant ou en récusant les témoins directs. A cet égard, il est heureux que l’ancien chef national des groupes francs des MURS (Mouvements Unis de Résistance), qui n’ignorait rien des conflits de la Résistance intérieure, balaie définitivement les accusations infamantes qui furent portées contre Lucie et Raymond Aubrac lors du procès Barbie.

Mais Serge Ravanel s’adresse moins à ses camarades et aux historiens de l’époque qu’aux jeunes gens qui cherchent dans la mémoire collective de la nation des principes actifs ou, si l’on veut, des valeurs. Qu’est-ce qui vaut la peine d’être vécu ? Pourquoi prendre à vingt ans le risque de mourir pour la patrie sans avoir le sentiment d’un sacrifice inutile, sans même que le mot « sacrifice » vienne à l’esprit ?

En termes simples, Serge Ravanel évoque un « génie » de la Résistance au sens premier du terme : une capacité à engendrer les idées qui susciteront l’entrée enthousiaste dans la lutte armée et qui présideront à la reconstruction du pays. C’est la France combattante qui engendra les médecins de haut niveau et les ingénieurs de l’aéronautique dont nous avons bénéficié après la Libération. Et c’est le Conseil national de la Résistance qui énonça la doctrine qui permit le développement économique et la mise en œuvre d’une politique de progrès social grâce à l’institution de la Sécurité sociale, aux nationalisations, à la planification indicative.

Serge Ravanel défend avec pertinence cette œuvre aujourd’hui sciemment détruite – sans cacher cependant les incompréhensions et les déceptions qui marquèrent la période de la Libération et les premières années de la 4ème République. Mais il n’est pas homme à se fixer sur une nostalgie et à cultiver ses amertumes. L’essentiel, c’est ce qui est sorti du creuset de la Résistance et qui continue de se transmettre. Il y a une éthique de la Résistance fondée sur le respect de la personne humaine ; elle interdisait les tortures et les exécutions sommaires. Il y a une exigence de solidarité née pendant les années de clandestinité ; elles permirent la rencontre d’hommes et de femmes qui appartenaient à des classes sociales très éloignées et qui cultivaient des doctrines antagonistes : démocrates-chrétiens, socialistes patriotes, communistes et royalistes fédérés par le général de Gaulle avaient en commun le même amour de la patrie et découvrirent qu’ils étaient moins éloignés qu’ils ne l’avaient cru quant aux révolutions à accomplir. Il y a la passion de la liberté, concrétisée dans une citoyenneté démocratique aujourd’hui menacée, entre autres, par les puissances financières. La Résistance engendra une presse libre et souvent brillante, dont il faut retrouver aujourd’hui l’inspiration…

Serge Ravanel donne à penser et à espérer. En ces temps d’épreuves, le don est précieux.

Maria DA SILVA

Henri Weill, Les valeurs de la Résistance, Entretiens avec Serge Ravanel, Editions Privat, 24 €.

Serge Ravanel, L’esprit de Résistance, Le Seuil, 1995. (cf. Royaliste n°…)