La classe dirigeante ne court pas à l’abîme : elle s’est presque tout entière abîmée dans les scandales. Et pourtant, les partis, clans et fractions continuent de régler leurs comptes comme si les citoyens-spectateurs étaient complices d’une partie truquée.

Interminable chronique des scandales. Le rythme s’accélère cependant : à chaque jour ou presque une nouvelle affaire, ou le rebondissement d’une enquête ancienne. Les groupes et  les personnalités mises en cause passent leur temps à comparer la nature des méfaits qui leur sont reprochés, et leur degré d’implication. Le trafic d’influence est-il plus ou moins grave que la manipulation des listes électorales ? Vaste débat.

Tandis que les chefs politiques discutent gravement des mérites comparés de la machine à vapeur et de la marine à voile – du quinquennat sec ou trempé dans une sauce à l’américaine –les gens de médias distribuent les bons et les mauvais points. Les citoyens, quant à eux, se partagent entre les cyniques (par désespoir), les fatalistes écoeurés, et les écoeurés indignés. C’est qu’ils ne peuvent rien faire : la plupart des Français ne sont pas actionnaires d’Elf, les étudiants qui apprennent que leurs cotisations à la MNEF ont permis de financer des activités d’une utilité sociale évidente (croisières sur yacht privé, écurie de course) ne peuvent pas se plaindre à leur principal syndicat puisque celui-ci vient d’être mis en examen, et les électeurs ne peuvent demander raison à leurs partis respectifs puisque tous sont également compromis dans différentes affaires.

Qu’importe, puisque Le Monde (10 juin) a désigné le responsable des malheurs publics : Mitterrand en personne, père de la Génération Mitterrand. On ne savait pas que Dominique Strauss-Kahn et Jean-Christophe Cambadélis avaient été de fervents mitterrandistes. Mais on se souvient que Lionel Jospin, ancien membre éminent du courant Mitterrand,  avait réclamé un « droit à l’inventaire ». Cet inventaire n’a pas été fait puisque, depuis six ans, ni la MNEF, ni l’UNEF-ID, ni diverses fédérations socialistes n’ont été purgées de leurs éléments douteux. En réalité, c’est la génération Jospin qui est en train de trépasser à la trappe, en même temps d’ailleurs que la maison Chirac et ses arrière-cours – la mairie de Paris et la Banque Rivaud. Pourtant, les guerres de clans continue (Tiberi contre Seguin) et la délinquance financière ne faiblit pas.

Pour tout remède, le président et le Premier ministre proposent un rythme quinquennal qui augmentera le nombre des campagnes présidentielles. Or nul n’ignore qu’elles se font pour partie avec de l’argent sale. On tourne en rond. On continuera de le faire jusqu’à l’effondrement final.

***

Article publié dans le numéro 753 de « Royaliste » – 26 juin 2000