Le Front national a récemment présenté cinquante mesures pour « régler le problème de l’immigration ». Publicité mensongère…

A juste tire, nombre de personnalités et d’organisations de défense des droits de l’homme ont dénoncé le caractère raciste des mesures présentées par Bruno Mégret, qui réveillent dans leur détail, les années les plus sombres de l’histoire de la France et de l’Europe. Il est vrai que la remise en cause des naturalisations effectuées depuis 1974 marquerait le retour de Vichy puis que « l’État français » avait adopté une semblable mesure – à l’encontre des Juifs essentiellement. Il est vrai que le rétablissement du « jus sanguinis » reprend les principes de la législation maréchaliste sur une base implicitement raciste, et au mépris de la tradition française du droit du sol, qui est celle de la monarchie capétienne et celle de la République. Il est vrai que les mesures de ségrégation préconisées par le théoricien du Front national (suppression des allocations familiales pour les immigrés, discrimination dans le travail etc.) seraient contraires aux principes de notre droit. Preuve est faite, une fois de plus, des véritables sources de l’idéologie du Front national… Mais nous savons aussi que l’administration de ces preuves ne suffit pas à écarter les électeurs du Front national. Il faut donc argumenter (1), en soulignant trois impostures parmi beaucoup d’autres :

– Ces mesures préconisées ne relèvent pas d’une politique de l’immigration puisque le délégué général du F.N. précise qu’elles « ne concernent évidemment pas les ressortissants de la CEE et au-delà, ceux de notre communauté européenne de destin, de culture, de religion et de civilisation ». Les immigrés portugais (la plus importante communauté immigrée avec 846.438 personnes en 1985) peuvent dormir tranquille, et les immigrants russes, polonais, yougoslaves sont assurés d’être bien accueillis par le Front national. Dès lors, M. Le Pen n’est pas fondé à dire qu’il y a « trop d’immigrés ».

– Par voie de conséquence, les mesures préconisées par Bruno Mégret ne concerneraient que les ressortissants étrangers venus du Maghreb (environ 1,5 millions de personnes en 1985 sur 4,4 millions d’étrangers). La prétendue politique de préférence nationale serait donc une politique de préférence raciale, qui n’aurait que de faibles incidences quant aux effets attendus par le Front national (emploi) et sans aucun doute des conséquences fâcheuses pour notre économie : baisse du tourisme (en raison du contrôle sanitaire et du cautionnement obligatoire), disparition de certains commerces, crise de certains secteurs d’activités car les « Français d’origine » ne remplaceront pas automatiquement les « immigrés ».

– En outre, certaines des mesures présentées par les nationaux-populistes affecteraient des citoyens Français – et notamment tous ceux qui sont musulmans par tradition familiale ou par conversion puisque le F.N. prévoit d’entraver la construction de « mosquées cathédrales » et de réglementer l’ouverture des écoles coraniques et des centres islamiques.

Les analyses et les propositions du Front national ne résistent pas une seconde à l’examen. Mais l’histoire du nazisme et celle de la « Révolution nationale » montrent malheureusement que la culture du fantasme est d’un rendement immédiat. Quand un parti dit n’importe quoi, beaucoup peuvent y trouver leur compte.

***

(1) Pour une critique complète des thèses du Front national, cf. les deux tomes publiés sous la direction de P.-A. Taguieff, Face au racisme, La Découverte, 1991.

Article publié dans « Royaliste » – 2 décembre 1991