Face aux violences qui marquent ses réunions, Le Front national a beau jeu de crier au complot. Qu’il se rassure : ce n’est que le complot de la connerie militante.

On ne compte plus les villes où des salles ont été refusées au Front national et où des réunions de l’organisation national-populiste ont été attaquées par des groupes extrémistes. Faut-il applaudir des deux mains, ou se joindre aux manieurs de barres de fer ? Il importe au contraire de dénoncer une stratégie idiote, conçue au mépris des principes élémentaires de la démocratie.

Déjà, en octobre 1990, nous avions vivement protesté ici-même contre une pétition qui visait à faire interdire une réunion que le Front national devait tenir à Bagatelle. Notre argumentation n’a pas changé, et il faut la reprendre alors que les refus de salles se multiplient :

– ou bien le Front national contrevient à la loi par son existence même et par ses méthodes, et il doit être interdit. C’est là une décision qui relève du gouvernement et qui est soumise au contrôle du Conseil d’État. Le fait est que cette décision n’a pas été prise, ni même sérieusement envisagée.

– ou bien le Front national est une organisation qui est dans la légalité et sa liberté d’expression doit être reconnue, au même titre et dans les mêmes conditions que la liberté des autres organisations. Notamment, le droit de réunion doit être garanti par les autorités municipales – à moins de menaces sérieuses sur l’ordre public. Quant aux délits qui peuvent être commis pendant ces réunions (injures racistes etc.) c’est aux tribunaux qu’il appartient d’en juger.

Dès lors qu’on entre dans la logique de la violence contre une organisation légale, celle-ci peut à bon droit accuser ses adversaires de complot contre la démocratie et d’atteinte aux libertés publiques, surtout si ces violences sont commises en période de campagne électorale. Tel est le premier piège, dans lequel sont tombés les partisans des méthodes musclées. Le second piège, stratégique, est non moins visible. Souvenons-nous que les attaques de réunions du Front national ont commencé dès la première campagne électorale de J.-M. Le Pen et qu’elles ont eu comme effet attendu de transformer le Front national en victime. Souvent répétée, et systématisée cette année, cette même attitude produit immanquablement les mêmes conséquences : celui qu’on veut empêcher de parler recueille toujours l’intérêt et/ou la sympathie du public. Il faut dire et répéter qu’aucune violence n’entravera l’ascension du national-populisme et que les dirigeants du Front national sont trop intelligents pour répondre aux provocations. La lutte contre le lepénisme est politique, économique, sociale, militante assurément. Mais certainement pas « militaire ».

***

Article publié dans le numéro 575 de « Royaliste » – 9 mars 1992.