Que se passe-t-il sous la chape de plomb posée par la dictature religieuse ? Et sous leurs voiles et manteaux noirs, que sont devenues les femmes d’Iran ? Au fil d’une démarche strictement bureaucratique, la vie, la liberté, la beauté, la poésie se révèlent.

Des barbus fanatiques, des femmes soumises, des moustachus inflexiblement machos et bigots, des peuples décervelés : les clichés diffusés sur nos écrans confortent l’image que les dictateurs de Téhéran veulent donner d’eux-mêmes.

Ces montages aussi faux que désespérants peuvent être détruits sans aucune peine : il suffit d’écouter ou de lire ceux qui ont vécu un temps plus ou moins long au sein de sociétés très répressives.

Quant aux réalités iraniennes, le livre de Nahal Tajadod comble toutes les attentes (1). Pour le savourer pleinement, peut-être faut-il rappeler que le peuple iranien – et pas seulement ses élites successives – portait avant le khomeynisme un héritage plurimillénaire, riche de mille raffinements de pensées et de mœurs. Dans cette civilisation, point hostile à la nôtre, des femmes au regard assuré et souvent moqueur jouaient un rôle essentiel.

Faut-il parler au passé ? Nahal Tajadod ruine le pessimisme mortifère. Fille d’une grande famille iranienne, admirable écrivain français (2), elle nous rapporte de Téhéran de bonnes nouvelles. Certes, la dictature est étouffante et particulièrement imbécile, certes d’innombrables Iraniens n’en peuvent plus de vivre en prison mais les islamistes n’ont pas détruit l’Iran : ni sa civilisation, ni la société, ni le peuple. La vie et la liberté pointent de mille manières émouvantes, merveilleuses – prometteuses.

Comment s’en aperçoit-on ? En allant demander un passeport iranien aux fonctionnaires compétents ou supposés tels. Banale à Paris, la démarche que raconte Nahal Tajadod prend à Téhéran les allures d’une épopée exaspérante et magnifique. Contrôle vétilleux des vêtements et effacement des maquillages à l’entrée de chaque administration, embrouillaminis bureaucratique à n’en plus finir mais, chemin faisant, on rencontre dix intermédiaires plus ou moins efficaces, on s’aperçoit que son sort dépend moins du règlement que d’une autopsie ou de la fourniture d’un œil – mais oui ! Des mèches blondes s’échappent des voiles, les peaux sentent bon sous les manteaux boutonnés jusqu’au cou, les plus jolis strings s’achètent dans un magasin de La Mecque, les femmes se dénudent sur Internet, les chauffeurs de taxi citent Hafez, le peuple continue de vivre avec ses poètes.

Les fanatiques ont perdu.

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(1) Nahal Tajadod, Passeport à l’iranienne, JC Lattès, 2007.18,50 €.

(2) Cf. Le Dernier Album des miracles. Chronique d’une famille persane, Plon, 1995 et Roumi le brûlé, Lattès, 2004.