Opérations militaires à tous égards catastrophiques menées par l’OTAN contre la Yougoslavie ; taxation maximale appliquée à certains de nos produits par le gouvernement américain ; influence désastreuse exercée par les gestionnaires des fonds de pension anglo-saxons sur les décisions de nos industriels ; ouverture prochaine d’un nouveau cycle de négociations dans le cadre de l’Organisation Mondiale du Commerce ; menaces permanentes et multiformes qui pèsent sur la culture française et européenne. De toute évidence, nous voici exposés, en un même temps, à toutes les formes d’une hégémonie américaine qui procède d’une considérable puissance économique et guerrière, mais aussi du déséquilibre provoqué par l’effondrement de l’empire soviétique.

Opposés depuis notre fondation à l’impérialisme américain, nous n’avons pas attendu les événements de ces derniers mois pour appeler à la résistance contre la politique des Etats-Unis (1).

Nous avons à mener une bataille intellectuelle contre une idéologie étrangère à la culture européenne, fondamentalement racialiste, qui produit le contre-modèle d’une société de ségrégation sociale, impitoyable pour les faibles.

Nous devons livrer un combat politique contre une puissance impériale, vouée à la défense de ses seuls intérêts, poussée par sa logique propre à la domination, et redoutablement agressive comme on a pu le vérifier à maintes reprises – en Amérique latine tout particulièrement.

Nous sommes engagés dans une confrontation économique majeure, qui prend la forme d’une guerre commerciale, menée par un Etat passé maître dans le chantage, l’espionnage et la corruption – ce qui devrait exclure toute forme de complicité et de complaisance.

Nous participerons donc aux campagnes et aux manifestations organisées contre l’hégémonie américaine, et nous serons, comme par le passé, solidaires des peuples qui veulent se libérer de l’emprise des Etats-Unis.

Cette ligne de conduite est connue. Il faut encore la clarifier sur un point : pas plus qu’aux passions anti-allemandes qu’on cherche aujourd’hui à réveiller (2) nous ne céderons aux facilités du nationalisme anti-américain.

Nous n’avons pas participé aux manifestations organisées contre une chaîne américaine de restauration rapide car les réactions contre des produits alimentaires et culturels américains, aussi compréhensibles soient-elles, sont par trop épidermiques. Si la santé de la population est menacée, si certains produits doivent être surtaxés en réponse aux intimidations commerciales américaines, c’est au gouvernement français de prendre ses responsabilités.

Nous excluons toute forme d’hostilité à l’égard du peuple américain, lui aussi victime de la politique faite en son nom, et nous rejetons toute forme d’ostracisme culturel. Il serait désastreux que quelques firmes de New-York et de Hollywood dominent et normalisent totalement les marchés cinématographique et littéraire pour des motifs de rentabilité financière. Mais il serait absurde et scandaleux de proscrire le cinéma américain, la littérature américaine, la peinture américaine, qui participent de la culture universelle.

Notre combat est et restera strictement politique. Il n’interdit pas, au contraire, les débats que nous avons entre nous et avec nos amis sur la nature et sur l’évolution de la puissance des Etats-Unis. Il doit viser autant les Etats-Unis que les milieux dirigeants français et européens qui ont complètement intégré l’univers mental et culturel américain comme l’a montré Régis Debray (3) dans un article magistral, et qui se contentent de chercher une installation confortable à l’intérieur du système américain.

Entre la politique européenne de sécurité et l’OTAN, entre la coopération économique sur le continent européen et l’atlantisme, entre l’imitation des comportements américains et l’affirmation de la culture française et européenne, il faut choisir. La mobilisation des citoyens contre l’hégémonie américaine n’aura ni sens ni portée si elle n’aboutit pas au renforcement des Etats souverains, alliés pour leur délivrance.

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(1) Cf. la motion “ Combattre l’hégémonie américaine ” votée lors du 17è congrès de la NAR, Royaliste, n° 704, 23 mars – 5 avril 1998.

(2) cf.  l’éditorial du n°722

(3) Le Monde du 1er avril 1999.