Qu’on me pardonne le rappel d’une vieille évidence : nous prenons position dans le débat politique selon nos principes et nos projets. Cela signifie qu’on ne saurait nous juger selon les arguments émis par diverses personnalités, même lorsqu’ils paraissent coïncider avec les nôtres.

Nous sommes pour l’Union européenne, et nous voulons qu’elle accouche enfin de sa vérité institutionnelle – celle d’une union confédérale d’Etats nationaux. Nous sommes donc opposés à toute pulsion nationaliste – qu’elle soit de droite ou de gauche, française, croate, polonaise ou serbe. Nous sommes étrangers à toute forme de négation, qu’elle soit souverainiste, altermondialiste ou socialisante qui ne s’accompagnerait pas d’un projet européen clairement formulé.

Nous sommes pour l’Europe européanisante, de même que nous sommes pour « la France francisante, toujours en devenir, imprévisible, accueillant les promesses les promesses et les risques de la nouveauté pour inventer des solutions hier inimaginables » (1).

Cette dynamique ne rend pas seulement souhaitable une rapide intégration de la Turquie : elle nous porte à envisager concrètement l’entrée progressive dans la future Confédération des nations qui composaient l’ancienne Union soviétique (2).

D’où notre malaise face aux propagandes diverses qui sont en train de se développer. Indifférents aux discours de panique, nous avons déjà démontré que le nouveau traité reconnaissait les Etats et les identités nationales au mépris du « fédéralisme » qu’on nous présente encore comme une menace effective.

Quant à l’exercice de la souveraineté nationale, l’actualité prouve qu’il reste soumis à la volonté des dirigeants politiques. Le président de la République française n’a pas demandé la permission de la Commission, ni celle des membres du Conseil européen, pour s’unir avec le Brésil et le Chili dans la lutte contre la pauvreté. Et les partisans du « traité constitutionnel » qui demandent un référendum sur la Turquie et un débat avec vote à l’Assemblée démontrent que l’on peut consentir ou refuser des abandons de souveraineté selon des considérations tactiques.

A ce propos, il est étrange de voir tant de dirigeants politiques invoquer les droits du Parlement et la souveraineté populaire alors qu’ils ont accepté qu’une guerre soit menée contre la Yougoslavie sans que le Parlement ait donné son autorisation. La démocratie, c’est quand ça les arrange.

Il en est de même pour la construction européenne. Ceux qui proclament que le Non au référendum serait catastrophique pour l’Union vont multiplier les possibilités de blocage quant à son élargissement : tel est le paradoxe de François Bayrou. Les contradictions des partisans du Oui tournent à la confusion mentale lorsque Michel Rocard (Le Monde du 21 septembre) vante les mérites du « traité constitutionnel » tout en reconnaissant que « le nom qu’il porte, « Constitution », ne change rien au fait qu’en procédure, sinon par le contenu, c’est un traité classique ».

Un Oui réformiste pourrait être envisagé s’il s’agissait d’un traité classique. Mais le texte en débat contient des principes généraux qu’on ne pourrait contester à Strasbourg ou à Bruxelles sans ouvrir une crise majeure. Et pourtant, comment accepter le prétendu « principe de subsidiarité » qu’on peut interpréter dans des sens rigoureusement contradictoires ? Comment ne pas dénoncer, comme monstruosité, l’inscription de la libre circulation des capitaux (Article I-4) parmi les libertés fondamentales ? Comment ne pas voir que les normes que nous imposons avec arrogance aux pays candidats sont ouvertement violées par la plupart des pays membres (quant au déficit budgétaire, au montant de la dette publique) sous le regard d’un technocratie bruxelloise notoirement corrompue ?

Qu’on ne s’étonne pas de voir l’hystérie nationaliste gagner maints pays.

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(1) Gérard Leclerc, « L’essence et l’existence d’une nation », Le Figaro, 19 juillet 2004.

(2) A cet égard, la visite d’Etat effectuée en Azerbaïdjan, en Géorgie et en Arménie par Romano Prodi en septembre dernier constitue une démarche utile.

 

Editorial du numéro 845 de « Royaliste » – 18 octobre 2004

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pourquoi pas Oui ?

 

Idéologie inacceptable   contraintes insoutenables

 

 

Malaise devant l’européisme arrogant :

normalisation, mise au pas d’élèves turbulents selon les critères ultra-libéraux

viol des règles proclamées