En déclarant qu’être tué par une arme atomique, chimique ou classique revient au même, M. Le Pen semble énoncer une évidence assortie d’une condamnation morale des horreurs de la guerre. Mais en réduisant le débat à ses aspects techniques, M. Le Pen reprend le procédé qui faisait des chambres à gaz un « détail » dans l’histoire de la Seconde Guerre mondiale : bien des gens y sont morts, qu’importe la manière…

Poser une telle équivalence revenait à nier l’absolue spécificité du génocide du peuple juif, à inscrire la volonté nazie d’extermination dans une commune mesure. Appliquée à la guerre du Golfe, ce type de raisonnement aboutit à d’autres résultats pervers.

Il détruit les limites posées à la guerre par la morale chrétienne à laquelle il se réfère (usage de moyens proportionnés) et viole les interdits fixés par convention internationale. Ce faisant, il justifie par avance le recours aux armes proscrites. Dire que tout se vaut expose à faire prévaloir le pire.

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Article publié dans le numéro 553 de « Royaliste » – 25 février 1991