Survenant après la pénurie d’électricité en Californie, la faillite du groupe américain Enron démontre la folie de la dérégulation. Ce qui n’empêche pas les Quinze de persévérer dans leur volonté d’ouverture à la concurrence le secteur vital de l’énergie.

L’événement a fait, avec raison, les gros titres de la presse financière : le dimanche 2 décembre, le groupe Enron, qui avait accumulé les profits en spéculant sur le marché de l’énergie, a été mis en redressement judiciaire par un tribunal de New York.

Il s’agit là d’un séisme aux ondes de choc multiples et dévastatrices. Créé voici une quinzaine d’années, Enron figurait au cinquième rang mondial des compagnies énergétiques au vu de capitalisation boursière. Son chiffre d’affaires était de 100,8 milliards de dollars en 2 000, en hausse de 151% par rapport à l’année précédente et il avait réalisé l’année dernière un profit de 979 millions de dollars.

La cause de cette épastrouillante réussite ? Des opérations de courtage dans le secteur de l’énergie, aux Etats-Unis et dans le Royaume-Uni, principalement sur le marché de l’électricité, mais aussi sur celui du gaz. Enron achetait et vendait des produits énergétiques, les acheminait, spéculait en Bourse, vendait des métaux, du bois, investissait dans la fibre optique, offrait des contrats de couverture du risque météorologique…

En somme, cet énorme conglomérat faisait tout et n’importe quoi – jusqu’au moment où l’opérateur s’est pris au piège de ses propres opérations. L’action Enron, qui valait environ 80 dollars le 1er décembre 2000 était tombée à 0,36 dollars le 29 novembre dernier, en raison de pertes colossales au cours de cette année : la flamboyante machine à profiter aurait accumulé, selon les premières estimations, plus de 31 milliards de dollars de dettes !

Cette faillite, la plus grande de toute l’histoire américaine, aura des conséquences catastrophiques sur plusieurs secteurs économiques, aux Etats-Unis et en Europe. Certaines banques américaines (JP Morgan Chase, Citigroup) et britanniques sont durement touchées, des banques françaises vont perdre des centaines de millions de dollars, les pertes sont estimées à 2 milliards de dollars dans le secteur de l’assurance et de nombreuses entreprises (bois, papier, presse, télécommunications…) seront plus ou moins sévèrement touchées un peu partout dans le monde.

Telles sont, de l’aveu de la presse ultralibérale, les conséquences de la dérégulation des marchés de l’énergie, de la spéculation à tout-va et de l’opacité des montages financiers. Ce qui n’empêche pas Bruxelles de pousser à la destruction des services publics de l’énergie, sans vouloir reconnaître que les mêmes causes dérégulatrices auront en Europe les mêmes effets ravageurs qu’aux Etats-Unis.

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Article publié dans le numéro 784 de « Royaliste » – 24 décembre 2001